Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Echanges commerciaux. Sélim Al-Talatli, directeur du Programme de Modernisation de l'Industrie (PMI), fait le point sur les enjeux de cet accord.

« Nous devons aider les entreprises
à accroître leur compétitivité
 »

Al-Ahram Hebdo : Le volet économique et commercial de l'accord d'association entre l'Union Européenne (UE) et l'Egypte vient d'être mis en application. Qu'en attendez-vous ?
Sélim Al-Talatli : La partie économique de l’accord consiste dans la mise en œuvre d’une zone de libre-échange entre les deux parties. Ainsi, tous les produits industriels et manufacturés exportés d'Egypte, rentreront dans l’UE librement, exemptés de toutes taxes, sans quotas, ni frais douaniers. Il en va de même pour les produits européens importés en Egypte. Cependant, les produits égyptiens accéderont au marché de l'UE immédiatement, alors que les droits de douane imposés aux produits européens vont subir un démantèlement progressif au cours des 12 prochaines années. Cela à l'exception des voitures, dont les taxes douanières seront supprimées au bout de 16 ans. Ce délai permet aux industries égyptiennes de se moderniser et de s’adapter, car les droits de douane représentent une protection. Les droits de douane représentent une part importante des revenus de l'Etat. On doit chercher à les remplacer progressivement par un autre type de taxes par exemple.

— Théoriquement, les portes du marché européen sont grandes ouvertes dès aujourd'hui aux produits égyptiens. Mais est-on réellement capables de pénétrer ce marché ?
— La compétition sur le marché européen est très forte. L’Union européenne a d’autres partenaires qui ont signé des accords de partenariat avec les mêmes conditions que nous, comme les Marocains, les Algériens, les Jordaniens, les Tunisiens et les Turcs. Tous ces pays cherchent à accéder au marché européen. De même, nous affrontons la concurrence des producteurs européens eux-mêmes, et de celle de bien d’autres pays du monde. La compétition est donc vive. Ils nous ont ouvert le marché, mais cela ne veut pas dire qu’on pourra le faire. Nous pourrons le faire si nous sommes compétitifs. C’est-à-dire, des prix concurrentiels, une bonne qualité, une industrie qui répond aux normes techniques européennes. Il faut également que nous ayons la capacité d’identifier les segments du marché qui nous intéressent. C’est-à-dire qu’est-ce que l'on peut vendre, à qui et qui sont nos concurrents ? Par exemple, allons-nous vendre des tee-shirts ou bien des chemises ? A des boutiques ou à des supermarchés ? La stratégie marketing différera selon ces choix. Il s’agit également de respecter les délais donnés. Quand vous êtes engagés à exporter 30 000 chemises avant fin février, il faut respecter cet engagement. C'est à ce moment de l'année que les grossistes mettent en vente les produits du printemps et de l'été. Après cette date, c’est trop tard.

— Quelle est la situation de l’industrie égyptienne ?
— L’industrie égyptienne a vécu longtemps protégée. Elle est très majoritairement tournée vers le marché intérieur, puisqu'à peu près 95 % de la production industrielle s'écoule sur le marché local. Elle ne subit donc pas la pression de la compétition internationale. Cette orientation vers le marché intérieur a fait que l’industrie égyptienne connaît un certain nombre de faiblesses. Nous n’avons pas une organisation qui nous permette de respecter nos délais, la qualité de nos produits ne répond pas aux normes ou aux exigences du marché européen, et nos prix ne sont pas très compétitifs. Nous sommes donc dans un état de faiblesse. C’est là le rôle du Programme de Modernisation de l’Industrie (PMI). Il doit aider les entreprises à améliorer leur compétitivité pour qu’elles puissent profiter des opportunités de ce partenariat. Mais, ce n’est pas suffisant. Il y a également des facteurs que les entreprises ne maîtrisent pas, et qui dépendent de l’environnement d’investissement. Par exemple, le coût de l'électricité, les services bancaires, les taux d'intérêt élevés, le coût des transports, de la main-d’œuvre, le niveau d'éducation, etc. Le potentiel est donc là, mais pour le concrétiser, nous avons besoin de réaliser beaucoup d'efforts.

— A votre avis, quels devraient être les efforts fournis par les entreprises égyptiennes ?
— La modernisation de ces entreprises n’est pas un but en soi. Cela ne veut pas dire qu'après cela, ces entreprises seront à jamais compétitives. Le marché change, les conditions, les prix aussi, ainsi que les concurrents. Le monde bouge. La modernisation doit être un processus continu. L’objectif final du PMI est de donner aux entreprises la capacité d'être continuellement concurrentielles. Premièrement, l’entreprise doit avoir la capacité d’observer les changements au niveau mondial. Par exemple, si un producteur fabrique un produit pour 100 L.E., et parvient à réduire ce coût à 80 L.E. Ce n'est pas ça l'essentiel. La question doit être : A quel prix mes concurrents fabriquent-ils ce produit ? S’ils le vendent à 50 L.E., baisser les coûts de production de 100 à 80 L.E. ne servira donc à rien. Deuxièmement, l’entreprise doit avoir une flexibilité suffisante. Par exemple, s’orienter vers de nouveaux marchés, changer rapidement de technologie, etc. Tant que nous n'aurons pas cette flexibilité, nous ne pourrons pas survivre dans ce monde de compétition acharnée. Ceux qui vont survivre dans ce monde ne sont pas les plus forts, mais les plus rapides.

Il s’agit vraiment d’un changement de mentalité, de normes. Et non pas seulement comme on le répète toujours : plus de protection, plus de subventions du gouvernement. On a besoin de gens combatifs, un peu plus indépendants, et qui veulent la compétition. Finalement, c’est une nouvelle attitude qu’on cherche à transmettre aux entrepreneurs.

— Quels sont, selon vous, les secteurs les plus prometteurs de l’industrie égyptienne ?
— Il y a bien des secteurs qui possèdent un grand potentiel. Citons à titre d’exemple, le secteur textile. L'Egypte possède le coton à fibre longue qui n’existe nulle part ailleurs. Un avantage énorme à condition d’avoir de bonnes filatures et une industrie développée du tissage. Or, cette dernière n’est pas bonne. Mais, nous savons traiter ces problèmes ; nous possédons les usines, la technologie, les machines. L’histoire du tissage en Egypte remonte au début du siècle dernier. Il y a le savoir-faire, nous ne sommes pas nouveaux dans ce domaine. Il est vrai qu’il y a un fossé entre l’industrie égyptienne et l'industrie européenne. L'Egypte exporte du coton brut ainsi que des produits finis issus de textile pour moins d’un milliard de dollars par an. Ce qui n’est rien. Tandis qu'un petit pays comme la Jordanie exporte pour à peu près 800 millions de dollars, la Tunisie exporte pour plus de 3,5 milliards de dollars.

Le deuxième secteur est celui des produits agro-alimentaires. L'Egypte produit une grande variété agricole. L’enjeu est de transformer ces produits et de ne pas les vendre tels qu’ils sont. Des industriels égyptiens comme Faragello et Juhayna exportent déjà des jus.

Le troisième secteur est celui du marbre et du granit. Il y a environ 260 couleurs différentes en Egypte. Une telle variété n’existe pas ailleurs non plus. Or, qu’est-ce que l'on fait ? On exporte du marbre brut aux Chinois, qui le façonnent, et l’exportent. C'est également le cas pour l’industrie du bois et de l’ameublement. Il y a beaucoup de travail manuel, de sculpture ou de gravure du bois, il y a un potentiel extraordinaire dans la ville de Damiette. Là encore, que faisons-nous ? Nous vendons le bois brut en France et en Italie où il est fini, habillé de jolis tissus, puis revendu en Egypte. Dans tous les autres secteurs, il y a aussi des opportunités et des gens qui sont capables d’exporter.

— Certains industriels risquent de subir le contrecoup de la mise en application de cette première phase ...
— C’est un cercle un peu vicieux. Celui qui fait de la confection réclame la baisse des tarifs douaniers sur la filature et le textile provenant des pays tels que la Turquie ou la Corée, afin d'être concurrentiel. A ce moment, les producteurs de filature et du tissage vont pleurer. Vous nous avez enlevévotre protection, nous ne pouvons plus être concurrentiels. Le gouvernement doit arbitrer. Dans la filature, il y a seulement une trentaine d’entreprises, mais il y a 5 000 entreprises de confection et des milliers d'ouvriers.

Qu’est-ce qui est le plus important ? Qu’est-ce qui va apporter plus d’argent à l’exportation ? Qu’est-ce qui crée beaucoup d’emplois ? La priorité est à quoi ? Il y en a ceux qui vont en bénéficier et ceux qui vont subir le contrecoup de cet accord. Mais, il faut faire attention, ceux qui vont bénéficier de la première phase du partenariat vont subir le choc lors de la libéralisation des produits finis au cours de la troisième phase.

Propos recueillis par
Névine Kamel
Marwa Hussein

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631