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Echanges commerciaux . Le premier volet d'un accord de libre-échange entre l'Egypte et l'Union européenne est entré en application. L'Egypte saura-t-elle tirer partie de cet accord, qui offre de nouvelles perspectives commerciales, mais qui expose aussi un marché jusqu'ici surprotégé ?

L'Europe, le nouveau défi de l'Egypte

Après cinq ans de négociations, deux ans d'attente, et deux ans et demi avant sa ratification par le Parlement européen et le Parlement égyptien, l'accord d'association entre l'Egypte et l'Union Européenne (UE) vient d'entrer en vigueur. Les deux parties ont signé un accord transitoire, donnant le feu vert à la mise en œuvre du volet commercial de l'accord, avant sa ratification par chacun des Parlements des pays membres de l'UE.

Depuis le début du mois de janvier, les exportations égyptiennes peuvent théoriquement pénétrer librement, sans taxes douanières ni quota, sur le marché européen. A l'exception des produits agricoles qui sont encore soumis à un système de quota. En revanche, au cours de cette première phase, seules les matières premières et les infrastructures industrielles européennes pourront faire leur entrée sur le marché égyptien avec des taxes allégées. « Cette première phase est à l'avantage de l'Egypte, qui ne produit pas de machines et d'équipements industriels. Cela permettra de diminuer les coûts de production en achetant les machines et les matières premières à des coûts inférieurs », explique Gamal Bayoumi, qui a suivi le montage du dossier du partenariat au ministère des Affaires étrangères.

« L'autre point positif de cette phase concerne surtout le volet agricole et l'industrie du textile. Elle permet en effet à l'Egypte d'exporter quelques produits agricoles qu'elle ne pouvait pas exporter, et l'augmentation des quotas de ceux qu'elle exportait déjà. De même, cet accord annule les quotas imposés sur les produits textiles », relève Ahmad Ghoneim, conseiller auprès du ministre de l'Industrie.

Apparemment, les avantages dont profitera l'Egypte sont conséquents. Or, l'industrie égyptienne doit encore faire beaucoup d'efforts pour être capable de faire son entrée sur le marché européen. Pour exporter, l'Egypte doit modifier les normes de ses industries, et les harmoniser avec celles de l'Union européenne.

En général, l'industrie égyptienne n'est pas compétitive, que ce soit au niveau des coûts de production ou de la qualité, même s'il y a des exceptions. D'autant plus que l'Egypte est exposée à une concurrence féroce. Le Maroc, la Tunisie, le Liban, l'Algérie, la Jordanie et la Palestine ont en effet déjà signé des accords semblables avec l'Union européenne. L'ouverture des marchés européens ne garantit donc pas le développement des exportations égyptiennes, elle ne fait que les faciliter.

Or, développer les exportations est l'une des seules solutions pour développer l'économie nationale, que le marché local ne suffit plus à alimenter. « Les usines ne produisent qu'à 20 % de leur capacité », confie Khaled Abdel-Azim, représentant de l'Union des industries.

Dans trois ans, la première phase sera terminée, et la deuxième commencera. Cette dernière stipule l'annulation sur six ans des taxes douanières sur les composants industriels. Quant à la troisième phase qui entrera en vigueur dans 6 ans, elle supprimera les taxes imposées aux produits finis au bout de sept ans. Enfin, la 4e phase s'étalera sur dix ans de la 6e à la 16e année et concerne surtout l'industrie de l'automobile. A terme, c'est donc une véritable zone de libre-échange qui sera ainsi créé.


Inquiétudes

C'est surtout les troisième et quatrième phases qui inquiètent les industriels égyptiens. La concurrence ne se limitera plus aux exportations égyptiennes sur le marché européen, car les producteurs égyptiens devront aussi affronter, pour la première fois, une compétition féroce sur leur propre marché. « On s'inquiète surtout pour l'industrie du textile et l'agroalimentaire. Il est difficile de concurrencer les Européens qui subventionnent leurs produits agricoles », relève Khaled Abdel-Azim. « Il est possible que des entreprises ferment. L'ouverture du marché fera des victimes. Mais les plus forts seront capables de se développer et de s'adapter », ajoute-t-il.

Le gouvernement est prêt à sacrifier certains secteurs, les plus faibles, avec pour ambition d'en promouvoir d'autres, qu'il juge plus capables de relancer l'économie. L'industrie du textile est un exemple flagrant. Le secteur de filature, qui fabrique des fils de qualité médiocre et à prix élevé, pourrait ainsi être sacrifié pour relancer l'industrie du prêt-à-porter.

Quant à l'industrie automobile, c'est là l'un des grands enjeux de ce partenariat. D'ailleurs, c'est la seule qui ne sera libéralisée qu'au bout de 16 ans. Dès le début des négociations de cet accord d'association, le gouvernement égyptien a décidé de protéger cette industrie.« L'industrie automobile est très fragile en Egypte. Elle ne possède pas les capacités nécessaires pour être compétitive et exporter. Nos usines doivent donc œuvrer tout de suite pour pouvoir résister à la concurrence. Mais il ne faut pas s'endormir en attendant la libéralisation de ce secteur, il faut réagir tout de suite », prévient Gamal Bayoumi.

« Pour survivre, l'industrie égyptienne doit parvenir à baisser ses coûts de production. Le gouvernement doit revoir les taxes qu'il impose à l'industrie. Si la situation actuelle persiste, l'économie égyptienne affrontera alors une grande crise », estime Khaled Abdel-Azim. Plus que jamais, l'économie égyptienne est aujourd'hui condamnée à se moderniser.

Marwa Hussein
Névine Kamel
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