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Presse. Le dinar iraqien a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps. Entre spéculation et trafic, la presse a souligné les conséquences de cet engouement nouveau sur l'économie des pays arabes.

La folie des devises arabes

Soudainement, le dinar iraqien attire l'attention des médias et avant eux, des acteurs économiques du pays. Certains commerçants ont même payé des milliards non seulement sur le marché égyptien, mais aussi jordanien, et parfois jusque dans les pays du Golfe. En Egypte, les spéculateurs se sont très vite concentrés sur les possibilités de gains rapides. L'éditorialiste Moustapha Bakri, explique dans l'hebdomadaire Al-Osboe : « Les Américains ont affirmé que le but de la propagation du dinar iraqien est de créer un intérêt commun entre les iraqiens et les peuples arabes les incitant à soutenir l'occupation américaine en Iraq ». « Tous ceux qui ont parié sur le fait que ce sont les Etats-Unis qui protégeront le dinar, perdront leurs paris », écrit Bakri. « Tous ceux qui sont en possession de dinars iraqiens, et attendent le faux rêve, se réveilleront face à une grande catastrophe lorsqu'ils découvriront qu'ils ne possèdent que du papier, et les épargnants américains ont pris leur argent et se sont envolés », affirme-t-il sur un ton très pessimiste. Et les yeux commencent à se tourner vers le dinar soudanais. « Déjà, de grands commerçants et des hommes d'affaires se sont lancés dans la vente de grandes quantités de dinars soudanais. Après l'iraqien, attendez le dinar soudanais », a conclu Moustapha Bakri dans son article.

Ce n'est pas tout ! « La livre égyptienne est devenue l'objet de toutes les offensives des devises arabes. Mais ce qui est étrange, c'est qu'au milieu du silence gouvernemental, et avec le recul du dinar iraqien, les courtiers et les spéculateurs des devises se retournent vers la monnaie libyenne », commente Réda Al-Mossallami dans Al-Osboe.

Des experts affirment, toujours dans dans Al-Osboe, que « ce qui se passe n'est autre qu'un plan destiné à faire croire que l'économie iraqienne se porte bien sous l'occupation américaine ». Par ailleurs, l'économiste Salah Salem, explique que « toute confiance en la monnaie iraqienne ne signifie pas la légitimité de l'occupation, car de toute façon la résistance se poursuivra ».

« Les Egyptiens spéculent avec le dinar de Bremer, sous la bénédiction du gouvernement », explique de son côté Ahmad Hachem dans son article d'Al-Osboe.

Certains estiment que l'Etat a une part de responsabilité importante dans la détérioration de la situation économique du pays. « Personne n'arrive à réaliser la gravité de la crise financière, ni la réalité de ce que peut endurer le pays. Le gouvernement ne doit pas se taire. Surtout avec la probabilité que l'Etat peut un jour être incapable de payer les salaires des fonctionnaires », écrit Abbass Al-Tarabili dans Al-Wafd.

Entre spéculation, malversation, mais aussi dettes, et fuite des capitaux, l'économie égyptienne se trouve donc au bord de la faillite. Avec « la fuite probable de près de 30 millions de dollars lors des 6 prochains mois, l'économie égyptienne devient celle de la débrouillardise (fahlawa) », écrit Magda Khedr dans l'hebdomadaire nassérien Al-Arabi. « Comment arrêter cette détérioration ? », s'interroge Ahmad Sabet dans le même journal. Telle est en effet la question.

Hoda Ghali
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Le règne de la passivité

« Le prix d'un kilo de viande de bœuf est passé de 21 L.E. à 27 L.E. et celui de la viande de mouton a augmenté de 27 L.E. à 34 L.E. Comment est-on supposé vivre avec ces prix, qui augmentent tous les jours et nos salaires qui stagnent ? ». Ou encore, « Le gouvernement Ebeid doit démissionner puisqu'il a échoué dans la résolution du problème de la hausse des prix ». C'est le genre de propos que l'on entend continuellement dans les rues égyptiennes ces derniers temps. Depuis la pénurie du dollar qui a commencé un peu avant le début de l'année 2000, la crise économique a commencé à se faire sentir dans la vie quotidienne. Celle-ci a encore pris de l'ampleur depuis janvier 2003, au moment où le gouvernement a décidé de laisser fluctuer la livre égyptienne. C'est là que les gens ont commencé à ressentir la crise, qui a affecté les prix, en hausse continuelle depuis.

Face à cette situation, le peuple égyptien se contente de se plaindre. Aucune véritable action n'a été mise en œuvre afin de défendre les consommateurs. La seule réaction est venue des partis d'opposition et plus particulièrement, du parti du Rassemblement, ancré à gauche, qui ont organisé la semaine dernière une manifestation de protestation devant le Parlement. Celle-ci, bien qu'elle ait touché une question qui intéresse tous les citoyens, elle n'a réuni qu'une trentaine de personnes. Ce nombre limité de manifestants était certes dû aux mesures de sécurité très strictes et à la présence massive des forces de l'ordre, mais aussi, et surtout, à la passivité des gens. Ceux-ci sont passés devant la manifestation, en se contenant de féliciter les organisateurs, sans même penser à se joindre à eux. La culture de protection du consommateur n'existe pas en Egypte. D'ailleurs, le citoyen égyptien n'a pas l'habitude de défendre ses droits. Tout ce qu'il fait, c'est se plaindre.

Pourtant, il existe près de 70 associations de défense des consommateurs dépendant du ministère des Affaires sociales, dont le rôle est précisément de « formuler une stratégie claire et définie basée sur les données disponibles concernant les consommateurs et les producteurs, tout en prenant en compte l'intérêt de la partie la plus faible ». Ceci sans compter les 200 ONG qui ont ajouté à leurs activités, celle de la défense des consommateurs. Or, ces associations souffrent d'un manque de financement, et surtout, éprouvent des difficultés à communiquer avec les gens. On dirait que les citoyens, qui ont appris depuis l'époque nassérienne à accepter tout ce qu'on leur impose, sans protester pour ne pas risquer un quelconque danger, continuent à réagir de la même manière. Le problème est que le peuple égyptien risque de continuer à garder cette attitude de manière durable. Car, s'il reste passif face à un problème qui touche ses intérêts les plus directs, il est difficile de croire qu'il sera capable de réagir face à tout autre danger.

Yolande Youssef

 

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