Tandis que sur
le terrain, les troupes d'occupation américaines font toujours
l'objet d'attaques, (trois soldats américains portés disparus
dimanche à Mossoul (nord) après le naufrage d'un bateau et la
chute d'un hélicoptère dans le Tigre, un GI a été tué
dans une attaque au nord de Bagdad).
Les
Etats-Unis n'arrivent pas à mettre sur rails le processus de
transition politique en Iraq. En effet, alors qu'ils étaient
partis en guerre seuls, ou plutôt sans l'aval de l'Onu, les
Américains tiennent maintenant à faire revenir l'organisation
internationale en Iraq et à lui attribuer un rôle. D'autant
plus qu'il semble difficile que la crise politique actuelle
en Iraq, due aux réclamations des chiites qui veulent des élections
générales, soit résolue sans un engagement de l'Onu. Les chiites
ont d'ailleurs commencé à renforcer leur action à ce sujet et
à coordonner leurs positions pour plaider auprès de l'Onu en
faveur de la tenue rapide d'élections au suffrage universel.
Une rencontre a eu lieu dans la ville sainte de Najaf (sud)
entre le plus haut dignitaire chiite iraqien, l'ayatollah Ali
Sistani, et des hommes politiques chiites, a indiqué l'un d'eux,
Mouaffaq Al-Roubaï. Très influent au sein de la communauté chiite,
majoritaire en Iraq, l'ayatollah Sistani appelle à la tenue
immédiate d'élections au suffrage universel. Cette volonté contrecarre
les termes de l'accord signé le 15 novembre 2003 entre le Conseil
de gouvernement et l'Autorité provisoire de la coalition, dirigée
par les Américains, prévoyant qu'une assemblée transitoire sera
issue d'un mode de désignation indirecte.
Mais selon le Washington
Post américain, qui cite un haut responsable de l'Onu sous
couvert d'anonymat, l'Administration Bush serait ouverte à toute
modification du plan de transition en Iraq y compris le mode
de scrutin pour des élections, mais reste fixé sur la date limite
du 30 juin pour mettre fin à l'occupation américano-britannique.
Washington pourrait ainsi renoncer à l'idée des 18 comités électoraux
figurant dans le plan de transition adopté le 15 novembre. L'administration
a jusqu'à présent fait part de sa seule disponibilité à élargir
la participation à ces comités visant à élire des représentants
à une future Assemblée nationale qui ensuite choisira un gouvernement
et un chef d'Etat.
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Importunés ainsi
en raison d'une crise politique et d'une résistance qu'ils n'arrivent
pas à maîtriser, les Etats-Unis et leurs alliés britanniques
se trouvent aussi embarrassés à cause de la question des Armes
de Destruction Massive (ADM), qui refait surface.
David Kay, qui
dirigeait le groupe d'experts chargé de trouver des ADM en Iraq,
a indiqué dimanche qu'il ne pensait pas que Saddam Hussein détenait
de tels armements avant l'invasion de l'Iraq par les forces
américaines. « Nous avons conduit cette recherche pour
trouver la vérité, pas des armes de destruction massive et le
fait est que, jusqu'à maintenant, ces armes n'existent pas et
nous devons en comprendre les raisons », a-t-il déclaré
dans une interview à la radio publique américaine NPR
(National Public Radio). Tout en ajoutant : « Pour
résumer ce que je pense basé sur ce que j'ai vu, il est très
improbable que nous trouvions d'importantes quantités d'armes ».
Ces déclarations de Kay interviennent deux jours après sa démission
vendredi de ses fonctions. Il était rentré aux Etats-Unis fin
décembre et depuis n'est pas retourné en Iraq.
Les déclarations
de Kay contredisent les affirmations de la Maison Blanche qui
continue à affirmer que la guerre était justifiée pour mettre
fin aux programmes d'ADM de l'Iraq. La semaine dernière, dans
son discours sur l'Etat de l'union devant le Congrès, le président
américain George W. Bush, a une nouvelle fois défendu sa cause :
« Si nous n'avions pas agi, le programme de développement
d'armes de destruction massive du dictateur continuerait encore
aujourd'hui ».
La démission de
David Kay intervient en outre au moment où en Grande-Bretagne,
la polémique fait rage également sur la question des ADM. Lewis
Moonie, secrétaire d'Etat britannique à la Défense durant la
guerre américano-britannique contre l'Iraq, a qualifié dimanche
de « déficientes » les informations des services
de renseignement britanniques sur l'arsenal que le régime de
Saddam Hussein était censé détenir. « Il est très clair
qu'il n'y a rien en Iraq et qu'il (Saddam Hussein) avait
réellement détruit ses armes de destruction massive après le
conflit de 1991 ».
Le ministre britannique
des Affaires étrangères, Jack Straw, a lui défendu la décision
d'envahir l'Iraq, même si les ADM restent introuvables. « La
décision de lancer une action militaire pour soutenir la résolution
1 441 de l'Onu était justifiée le jour ou la Chambre des
Communes s'est prononcée pour, le 18 mars, et est toujours justifiée »,
a déclaré Straw à la presse, à son arrivée lundi à une réunion
avec ses homologues européens à Bruxelles. « Tout le
monde pouvait voir le non-respect par Saddam Hussein des résolutions
des Nations-Unies », a affirmé Straw, tout en ajoutant
que l'Onu elle-même avait estimé que « Saddam Hussein
et son régime représentaient une menace pour la paix internationale
et la sécurité ». Plus tôt, Jack Straw s'était déclaré
« déçu » que les inspecteurs en désarmement
et le Groupe de surveillance en Iraq (ISG) n'aient pas trouvé
de preuve des « programmes d'armes et des stocks d'armes »
de Saddam Hussein. Plaidant toutefois pour la justesse des présomptions
américano-britanniques sur les ADM, il a déclaré qu'« il
est évidemment décevant que les inspecteurs (...) n'aient pas
encore trouvé de preuves supplémentaires de ce que l'ensemble
de la communauté internationale croyait, et croyait réellement,
en ce qui concerne les programmes d'armement et les stocks d'armes »
du régime de Saddam Hussein. Le secrétaire au Foreign Office
a cependant tenté de justifier l'échec des inspecteurs à trouver
les ADM, sans reconnaître, à aucun moment, que ces armes n'existent
tout simplement pas. Il a ainsi fait une comparaison avec la
situation en Irlande du nord : « Après 30 ans de
recherches intenses, dans un territoire beaucoup plus petit,
sans la barrière du langage, on ne sait toujours pas où se trouvent
les stocks d'armes » détenus par l'Armée républicaine
irlandaise (IRA) ou d'autres organisations terroristes, a plaidé
Jack Straw.
Comme le président
américain, le ministre britannique des Affaires étrangères a
cependant répété que « la décision d'aller en guerre
en Iraq prise par les députés (britanniques) le 18 mars
était justifiée, sur la base des informations des services de
renseignement disponibles ».
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