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Algérie . La crise entre le gouvernement et les aarchs (tribus kabyles) est en voie de règlement grâce à un accord conclu vendredi par les deux parties.

Apaisement en Kabylie

Pure coïncidence ? Sans doute non. C'est dans une tentative de garantir la tenue du scrutin présidentiel d'avril prochain dans le calme, et d'éviter les risques d'un boycottage possible par les Kabyles que le gouvernement a conclu un accord avec les aarchs (tribus kabyles) sur la révocation, réclamée par les tribus, des élus en Kabylie issus des élections législatives et locales contestées de mai et octobre 2002.

La figure de proue des aarchs, porte-parole de la délégation, Belaïd Abrika, marquant sa satisfaction, a indiqué vendredi à la radio que cette révocation « effective à partir du 20 janvier » demanderait « quelques semaines ».

Les élus révoqués sont ceux des conseils municipaux, régionaux et les députés des régions de Tizi-Ouzou (Grande Kabylie, 110 km à l'est d'Alger) et Béjaïa (Petite Kabylie, 260 km à l'est). Dans les régions comme Bouira (120 km au sud-est d'Alger), Sétif (300 km à l'est), Boumerdès (50 km à l'est), les révocations ne toucheront que les secteurs berbérophones qui avaient répondu à l'appel des aarchs. En Kabylie et dans les secteurs berbérophones voisins, la participation à ces élections n'avait pas atteint les 10 %.

Les deux parties, en pourparlers depuis début janvier, butaient sur cette question sensible parmi six points devant être résolus avant toute négociation globale pour résoudre la crise kabyle, perdurant depuis près de 3 ans. Cet accord est qualifié de « protocole additionnel » à celui du 6 janvier qui avait permis de résoudre les cinq autres. Il s'agissait, en particulier, de l'arrêt des poursuites judiciaires contre les délégués des aarchs et des manifestants, la libération des délégués emprisonnés et une amnistie fiscale pour les commerçants de Kabylie.

Ainsi, la satisfaction de ces six points, exigée par les aarchs, ouvre désormais la voie à une négociation sur le fond, avec des discussions pour la mise en pratique de la plate-forme d'El-Kseur. Elle contient les quinze revendications fondamentales des aarchs pour mettre fin à la fronde contre le pouvoir central en Kabylie, notamment un plan d'urgence de développement économique. La plate-forme avait été adoptée, dans le feu des émeutes, le 11 juin 2001 dans la petite ville d'El-Kseur, près de Béjaïa. Les autorités avaient alors estimé que certaines exigences de cette plate-forme, considérée comme « non négociable » par les aarchs, étaient « irréalisables », en particulier la mise sous l'autorité des élus des corps de sécurité.

Toutefois, l'accord de vendredi se heurte à l'opposition du Front des Forces Socialistes (FFS, opposition) qui l'a violemment dénoncé, estimant qu'il constitue un « arrangement ». « L'arrangement qui vient d'être concocté participe de la mise en place du dispositif politico-administratif nécessaire à l'assaut imminent qui se profile contre la République », a indiqué le FFS, présidé par le leader historique Hocine Aït Ahmed. Le FFS « met en garde » contre une relance de « la machine meurtrière en Kabylie » risquant d'aboutir « à la dislocation de la nation tout en livrant la Kabylie à des vendettas aux conséquences incalculables », a ajouté le communiqué du FFS. Les relations entre ce dernier et les tribus kabyles ont toujours été exécrables. Des heurts ont souvent opposé des militants du FFS et des aarchs, notamment lors de la campagne des élections locales auxquelles le FFS avait décidé de participer, remportant des mairies qu'il va devoir abandonner. Des permanences du FFS avaient été brûlées, ainsi que des mairies conquises par ce parti. Le FFS n'avait pas participé aux dernières législatives, en mai 2002.

Une sous-préfecture a été saccagée vendredi soir à Tazmalt, en Kabylie, près de Béjaïa (260 km à l'est d'Alger), un fief du FSS, par des opposants à l'accord. La mairie de Tazmalt, tenue par le FFS, était fermée samedi en raison d'un mouvement de grève. Outre Le FSS, le Front de Libération Nationale (FLN, ex-parti unique), qui avait remporté la majorité des sièges en Kabylie aux législatives de mai 2002, considère lui aussi que l'accord « viole la Constitution ».

Une dizaine de candidats déclarés ou potentiels à l'élection présidentielle d'avril prochain, regroupés dans « un front contre la fraude », ont aussi estimé que la révocation des élus constituait « la fin du Conseil constitutionnel ».

La presse privée a souligné également que cette décision apparaît en contradiction avec la loi. Pour L'Expression, le gouvernement, qui « a tergiversé durant trois longues années », « accède aujourd'hui aux revendications des aarchs » qu'il avait refusées et jugées anticonstitutionnelles. Ce « soudain revirement » risque de créer plus de « complications que n'en a engendré le problème kabyle ces dernières années », met en garde ce journal.

Rania Adel
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