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Cinéma . La chaîne satellite ART et le site Internet egyfilm organisent un festival de films visant à redécouvrir le jeune cinéma.
20 esprits sur pellicules

Avec un film ambigu de qualité moyenne : Ismaïliya rayeh gay (Ismaïliya aller retour), ayant battu tous les records du box-office, le cinéma égyptien a connu un vrai tournant. C'était en août 1997, le film a rapporté plus de 20 millions de L.E. Même les spectateurs qui ont été derrière ce succès ne saisissent pas le secret du film. L'histoire trace l'itinéraire d'un jeune homme pauvre qui devient chanteur célèbre. Bref, une intrigue simple ayant un goût aigu de déjà-vu. Mais elle fait resurgir l'équation orientale éternelle du cinéma léger : narration simple, antihéros, un chanteur et un comique. Pourtant, à l'époque, les salles étaient quasiment vides et les chiffres de fréquentation étaient très bas, même lorsque passaient des films avec à l'affiche des monstres de l'écran comme Adel Imam et Nadia Al-Guindi.

Depuis, il y a eu l'avant et l'après-Ismaïliya aller retour. Tout a basculé : les stars, les réalisateurs, les styles de narration, les sujets et même le public. Les films des comédiens Mohamad Héneidi, Ahmad Al-Saqqa, Mohamad Saad, Ahmad Helmi, Karim Abdel-Aziz, Hani Ramzi et Mohamad Fouad rapportent chacun plus de 10 millions de L.E. Parallèlement, de nouvelles salles de cinéma bien équipées et garantissant une certaine qualité de son et d'image (Dolby et Dts) ont été installées pour répondre aux besoins du nouveau public, réclamant des cinémas d'un certain standard technique. Depuis 1998, plus de vingt nouveaux jeunes réalisateurs ont signé leurs premiers longs métrages. Alors que 10 seulement parmi ces derniers ont réussi à tourner un deuxième et un troisième film. Il serait donc nécessaire d'analyser les contenus et les styles présentés à travers ces films de jeunes.

Sur ces 20 réalisateurs, trois noms se sont fait remarquer : Sandra Nachaat, Ali Idriss et Hani Khalifa. La première s'avère la plus active de tous, ayant réalisé quatre films et accordant un intérêt particulier à la question de style. Evoluant progressivement d'une œuvre à l'autre, Sandra Nachaat passe de la beauté de l'image dans ses deux premiers films Mabrouk we Bolbol et Leih khaletni ahebak (Pourquoi as-tu fait que je t'aime ?), à la beauté de la narration dans ses deux fictions ultérieures : Haramiya fi KG2 (Voleurs en maternelle) et Haramiya fi Thaïland (Voleurs au Thaïlande).

Ali Idriss, pour sa part, est le seul de sa génération à avoir collaboré avec le grand Adel Imam. Il a fait, avec Al-Tagroba al-danémarkiya (L'expérience danoise) plus de 10 millions de L.E., un chiffre que la star du comique n'a jamais pu atteindre tout au long de son histoire. En dépit de la platitude du sujet, traitant de l'apparition d'une jeune Scandinave dans la vie d'un ministre et de ses quatre jeunes fils, le réalisateur a pu s'imposer de par un style loin des exagérations saltimbanques souvent d'usage chez Imam. D'ailleurs, ce style concis qui lui est propre a été mieux suggéré par son premier long métrage Ashab wala Business ? (Amis ou associés ?). La dernière partie de ce film qui esquissait l'opération suicidaire d'un jeune martyr palestinien était assez révélatrice des idées directrices d'Idriss. C'est vrai que pas mal de films tournés par des jeunes ont systématiquement abordé l'impérialisme américain et de l'obligation de libérer la Palestine, mais Ali Idriss s'est démarqué. Il s'est rangé loin de l'esprit propagandiste.

Quant à Hani Khalifa, il semble être le plus proche du cinéma nouveau réalisme des années 1980, notamment de par son premier et seul film Sahar al-layali (Veillées nocturnes), considéré comme l'événement cinématographique de l'an 2003. Très proche du style d'Atef Al-Tayeb, Khalifa accorde une grande attention au jeu des acteurs et à l'affichage des sentiments profonds de ses personnages. Voir donc Mona Zaki, Fathi Abdel-Wahab et Chérif Mounir au meilleur de leur forme, à travers ce film, n'était pas chose étrange. Depuis son projet de fin d'études à l'Institut du cinéma, Hani Khalifa accorde un intérêt particulier aux sujets sociaux.

Khaled Youssef se présente quant à lui comme étant le seul de sa génération à opter pour les films politiques très directs. Marqué par l'expérience personnelle du réalisateur qui était leader estudiantin, Al-Assefa (La tempête) et Gawaz be qarar gomhouri (Mariage sur décret présidentiel) ressemblent plus à des pamphlets politiques qu'à des films. Mélodrame ou farce, la volonté de présenter des slogans politiques chez Khaled Youssef dépasse tout.

Rami Imam et Mohamad Yassine sont restés tous les deux emprisonnés dans le monde de leurs héros-stars. Le premier s'est montré un très bon exécuteur des demandes de son père Adel Imam, en signant Amir al-zalam (Le prince des ténèbres). Il a dû copier plusieurs films américains à la fois.

Mohamad Yassine s'est plié de son côté aux astuces plaisantes et invraisemblables à la Mohamad Héneidi. Dans son dernier film Askar fil moaskar (Soldats dans le camp) où il a perdu la fraîcheur de son style qui a auparavant qualifié son premier film Mohami kholea (L'avocat des femmes).

Film thaqafi (Film culturel), écrit et réalisé par Mohamad Amin, a établi un certain équilibre entre le cinéma commercial et le cinéma personnel. Un équilibre qu'Ihab Lamei a manqué dans Min nazret ein (D'un seul regard) oscillant entre le film de commande et l'exercice de style. Seul Atef Hatata avec son Abwab moghlaqa (Les portes fermées) a pu signer un film en marge des règles du marché, mais qui n'est pas sans plaire aux normes des festivals, tributaires des films à portée sociopolitique et au style froid. Même si cela a bien marché, il n'a pas pu tourner un deuxième film depuis 5 ans.

Par ailleurs, le rédacteur de cet article n'est que l'un de ces jeunes réalisateurs, ayant passé de l'extrême expérimentalisme dans Omar 2000 à l'extrême simplicité plate dans Ezzay al-banat tehebak (Comment faire pour être aimé des filles) selon les termes de la critique Magda Maurice.

A travers leurs 40 films environ, les nouveaux réalisateurs se sont déclarés peu rebelles. La recherche de nouveaux styles ou genres cinématographiques se fait rare. Cela s'applique également aux partisans du style personnel et des visions singulières du monde.

Ahmed Atef

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