Le Symposium
d’Assouan a commencé il y a dix jours déjà. Treize sculptures
sont en cours d'exécution. Les artistes caressent le granit.
Ils n'ont pas encore découvert le secret du bloc qu'ils
doivent transformer en une simple sculpture ou en un chef-d’œuvre.
Certains avaient déjà leurs modèles de plâtre ou de terre
cuite à l'arrivée. Ils avaient préparé à l'avance les
esquisses et les plans précis du travail. Alors que d’autres
se laissent guider par le hasard, donnant le dernier mot
à la pierre. Cette année, il y a beaucoup de nouveaux
venus, dont Gerardo Arribas (Espagne), Jo Fontaine (Suisse),
Ian Newbery (Suède), Erica Van Seeters (Hollande) et Carlos
Dorrien (Etats-Unis).
Dans
le cadre de l'année spéciale Egypte-Italie 2003/2004,
le Symposium d’Assouan reçoit pour la première fois le
sculpteur italien de renom Mauro Staccioli, en tant qu'invité
d’honneur. Ce dernier est venu au symposium afin de travailler
une œuvre qui sera placée au centre du Vieux-Caire, près
de la mosquée Amr Ibn Al-Aas, à Fostat. Il a choisi cet
emplacement pour installer sa sculpture car il représente
à ses yeux la rencontre par excellence des civilisations
et des religions. D’autre part, le sculpteur égyptien
et commissaire du symposium, Adam Hénein, partira pour
l’Italie afin de travailler sa sculpture sur un site privilégié.
Le Français
Patrice Belin participe lui au symposium pour la quatrième
fois. Cette année, il présentera sans doute un nouveau
projet. Il a travaillé durant les deux éditions précédentes,
en pleine montagne, à proximité du Musée en plein air,
où il a sculpté son Naos (sorte d’autel creusé
dans un bloc).
Léonard Rachita,
un autre Français d'origine roumaine, revient en force
cette année avec un projet qu’il prévoit de tailler en
pleine montagne, lui aussi. Son séjour à Assouan sera
une l’occasion de choisir minutieusement avec les organisateurs
un bel endroit au bord du Nil afin d’installer sa sculpture
de forme oblique, taillée l’an dernier.
Parmi les
Egyptiens, on peut compter quatre jeunes sculpteurs ayant
déjà participé à l’atelier du symposium et qui ont expérimenté
le granit pour la première fois l’an dernier, à savoir :
Chaabane Abbass, Nathan Doss, Ahmad Askalani et Ihab Al-Labban.
S’ajoute
à ces noms, celui du sculpteur Chérif Abdel-Badie, fils
du grand sculpteur naïf Abdel-Badie Abdel-Hay, lequel
a déjà participé au symposium lors de la 5e édition, en
l'an 2000.
Par ailleurs,
le commissaire général du symposium, Adam Hénein, étudie
actuellement la possibilité de mettre en œuvre deux projets
ambitieux : un stage technique réservé aux jeunes
étudiants des écoles d’artisanat et la collaboration d'artistes
naïfs, dont le rôle était jusqu'ici réduit à aider les
sculpteurs professionnels du symposium.
En effet,
le Symposium d’Assouan, au cours de ses éditions précédentes,
a lancé plusieurs projets à l'instar de la mise en place
d'un centre permanent de sculpture à Assouan, lequel permettra
aux artistes de travailler tout au long de l'année. Il
s'agit d'un projet subventionné par le ministère de la
Culture et le gouvernorat d’Assouan, qui s'est engagé
à offrir le terrain nécessaire pour la construction du
campus. « De son côté, le ministère de la Culture
a déjà préparé le budget. Le projet est fin prêt ;
il n'est guère question de l'annuler », souligne
le décorateur Salah Maréï, membre du comité supérieur
du symposium. Ce centre n'a rien à voir avec le Musée
en plein air, fondé en 1998 afin d'exposer les œuvres
de grands formats issues du symposium.
Né en même
temps que la première édition, l’atelier du symposium,
visant à entraîner les artistes à travailler la pierre
dure du granit, sera suspendu pour les 9e et 10e éditions.
Pourtant, cet atelier constituait une belle occasion pour
les sculpteurs égyptiens qui expérimentaient le granit
pour la première fois. Tous les ans, entre 3 à 5 sculpteurs
égyptiens étaient désignés par le commissaire afin d'y
prendre part. Il s'agissait pour eux d'une étape préliminaire
au symposium.
D'ailleurs,
plus de 20 sculpteurs y ont été formés. « L’arrêt
de cet atelier est dû à des problèmes budgétaires ;
c’est un arrêt temporaire. Car l’atelier est d'une grande
importance pour le symposium », explique
Maréï. Adam Hénein confirme : « Le symposium
n’est pas un institut d’enseignement à 100 %. Aucun
symposium de par le monde ne forme trois sculpteurs de
granit par an. Or, nous l'avons fait grâce à cet atelier.
Suspendre l'atelier pendant deux ans sera l'occasion de
faire une pause, de réfléchir et de mieux organiser les
ateliers à venir ».
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