Il
y a quelques jours, le président Moubarak s'est
réuni avec des intellectuels et des écrivains.
A cette occasion, j'ai soulevé une question que
j'estime importante en ce moment : des activistes
de la société civile dans le monde entier revendiquent
des alternatives à la mondialisation du néolibéralisme.
J'ai dit au président : « Autrefois,
il y avait l'Orient et l'Occident et il y avait
entre eux le non-alignement ... Maintenant,
il y a les gens d'en haut et les gens d'en bas.
Les gens d'en haut à Davos, en Suisse, et 100 000
personnes d'en bas sont à Bombay, en Inde. Je
ne pense pas qu'il soit convenable que nous nous
trouvions avec les premiers et que nous ignorions
les seconds ».
Le
président était tout à fait d'accord avec mon
point de vue, reconnaissant l'apparition d'une
ambivalence d'un nouveau genre. D'une part, le
Forum économique mondial qui a tenu ses discussions
annuelles du 21 au 25 janvier, réunissant les
principales personnalités du monde des finances,
des affaires et de la politique qui soutiennent
le capitalisme du néolibéralisme. D'autre part,
le Forum social mondial a tenu du 17 au 21 janvier
sa quatrième session annuelle à Bombay, en Inde.
Ce forum a attiré quelque 100 000 altermondialistes,
un chiffre record. Chacun des deux forums a prétendu
être le plus à même de servir les intérêts des
pays en voie de développement et d'éradiquer le
sous-développement.
Selon
le Forum économique mondial, la mondialisation
va de pair avec le lancement du capitalisme du
néolibéralisme et sert les intérêts des pays en
voie de développement de trois côtés au moins.
Premièrement, elle ouvre les marchés, ce qui renforce
le développement économique et par conséquent
élève les niveaux de vie. Ensuite, la mondialisation
réduit les prix des importations, ce qui permet
aux pays pauvres d'acheter les produits qu'ils
ne peuvent produire. Enfin, la mondialisation
contribue à la destruction des régimes despotes
et corrompus en encourageant l'établissement d'un
Etat de droit.
L'application
de ces critères a démontré son efficacité, même
dans un Etat communiste comme la Chine. Les niveaux
de vie se sont multipliés par six en deux décennies.
Les Chinois produisent aujourd'hui, reconnaissons-le,
un large éventail de produits. D'autre part, le
gouvernement répond mieux aux besoins de ses citoyens.
Les
défenseurs de la mondialisation critiquent le
Forum social mondial car il dénonce la mondialisation.
Selon eux, l'être humain peut avoir une conscience
sociale et être concerné par le sort des pauvres
tout en soutenant la mondialisation.
Cependant,
les défenseurs du Forum social mondial mettent
en avant que les politiques liées au libre-échange
n’ont fait qu'accroître la pauvreté, la marginalisation
et l’intolérance. Ils défendent le retour au plein
emploi, c’est-à-dire donner la priorité
à l’être humain avant le gain matériel, abolir
la loi de la jungle et le principe de Darwin.
Ils pensent que l’Etat doit garantir à chaque
citoyen un logement et l’eau potable. Ils estiment
aussi que la mondialisation engendre des mutations
économiques et sociales basées sur la réalisation
de profits pour une minorité et non pour la majorité
du peuple. C’est-à-dire que les riches deviennent
plus riches et les pauvres plus pauvres.
Le
Forum social mondial réunit des personnes des
quatre coins du monde pour la lutte anti-mondialisation
et l’échange d'idées, d'expériences et de stratégies
visant à élaborer des programmes d'action communs.
Une partie du rôle de ce forum est d'être une
alternative aux idées du Forum économique mondial.
Ce dernier poursuit un chemin contenant un ferme
défi aux valeurs humaines.
Le
message du Forum économique mondial est clair
et pressant. Il ne peut être négligé par les dirigeants
du monde et leurs médias. Les valeurs démocratiques
que sont la justice, le maintien de la paix et
l'hostilité à la violence — exprimées par
la charte du Forum social mondial — ont trouvé
à Bombay un large épanouissement. Le Forum a réuni
des militants qui luttent contre la propagation
du sida en Afrique, des militants américains anti-guerre
et des femmes afghanes qui s’opposent fermement
à toute sorte de fondamentalisme. 100 000
activistes représentant 2 500 ONG se sont
réunis à Bombay, la plus grande ville de l’Inde.
6 000 activistes venaient du Brésil, 2 000
de l’Allemagne et 1 300 de la France. Parmi
les participants à ce forum figuraient l'Iranienne
Chérine Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix,
ainsi que le penseur égyptien Samir Amine.
C’est
la première fois que des réunions anti-mondialisation
se tiennent dans un pays asiatique. Bombay, la
capitale financière de l’Inde, a été choisie afin
que ce mouvement, dont la direction fut longtemps
l'apanage des Européens et des Latino-Américains,
devienne un rassemblement mondial au sens propre
du terme, un rassemblement regroupant les secteurs
du monde les plus pauvres. Tous les participants
au forum avaient insisté sur la nécessité d'élargir
l’agenda du forum pour que ses discussions ne
se limitent pas à des sujets obscurs qui ne font
pas la différence entre une société et une autre.
A titre d’exemple, l’impérialisme économique et
l’hégémonie. L’agenda de Bombay a abordé l’occupation
américaine de l’Iraq, ainsi que de nombreux problèmes
relatifs à la société indienne. A savoir les produits
génétiquement modifiés, les problèmes du racisme
et de la main-d’œuvre infantile, le système des
castes et les intouchables en Inde ...
On
avait reproché au forum de l'année précédente,
tenu à Porto Alegro (Brésil), qu'il s'était montré
disposé à accepter les aides de certains donateurs.
Cette année, il y avait une insistance commune
à refuser de telles aides. Tous les participants
étaient aussi d'accord pour que le Forum parvienne
à de nouvelles conceptions de la pensée visant
à créer un monde meilleur pour l'être humain.
Une pensée plus humaniste, plus fidèle à la paix.
Le slogan du forum, « Un monde alternatif
est possible », ne signifie pas qu'il
demeure une possibilité, mais qu'il peut se transformer
en réalité palpable.
Il
y avait de nombreux points d'entente entre les
participants au Forum social mondial de Bombay.
Cependant, ceci n'a pas empêché l'apparition d'un
autre forum social représentant le courant radical
de l'altermondialisme. Il s'est donné le nom de
« Bombay — La résistance 2004 ».
Il a regroupé les organismes de gauche qui ont
estimé que le forum original n'était pas suffisamment
de gauche.
Des
branches du Forum social mondial sont apparues
partout dans le monde. Plus de 300 branches dans
20 pays. Le prochain forum doit se tenir à Porto
Alegro et le suivant probablement en Afrique.
Nous souhaitons que les ONG en Egypte et dans
le monde arabe en général pourront rejoindre le
mouvement d'une manière digne des peuples arabes. |