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Festival
du théâtre expérimental . Délestée
des lourdeurs du théâtre d'avant-garde, cette 15e
édition devrait réussir à toucher le public en abordant
des thèmes qui lui sont familiers. |

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La scène se rapproche du public
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| L’Internet,
les médias et les chaînes satellites, la guerre en Iraq, l’homme
et le soufisme, sont quelqu'un des thèmes des spectacles
égyptiens présentés cette année dans la 15e édition du Festival
du théâtre expérimental, qui se déroule jusqu'au 11 septembre.
Toutes traitent de sujets d’actualité très en vogue ces jours-ci.
Plus aucun argument donc pour accuser ces pièces de théâtre,
qu’elles soient de danse, de chant, ou simplement des spectacles
dramatiques, d’être éloignées des préoccupations du public,
comme c'était le cas lors des premières éditions du festival.
Il y avait alors un véritable « grand écart »
entre le public et ces spectacles « expérimentaux »
qui, à force de chercher à renouveler les thèmes et les expressions
corporelles, se réduisaient en fait à une pale imitation du
théâtre occidental d’avant-garde. Une raison pour laquelle
on entendait souvent des commentaires du type C’est bizarre,
Je n’ai rien compris ou encore Je ne suis pas habitué
à ce genre de théâtre. Mais la situation a changé ces
dernières années avec des pièces égyptiennes qui puisent dans
le patrimoine culturel, tout en abordant les sujets d’actualité.
Le changement est particulièrement palpable dans cette 15e
édition.
www.alnouba.com
est le titre de la pièce montée par Nasser Abdel-Moneim
et présentée par le théâtre Hanaguer. Il s'agit d’une
adaptation par Hazem Chéhata de trois romans d’Idriss Ali :
Donqola, Al-Noubi et Jouer sur les montagnes
d’Al-Nouba. Le spectacle est basé sur une idée moderne
à travers le personnage d'Awad qui crée un site Internet pour
son village natal Al-Nouba. La mise en scène rappelle le monde
de l’Internet et des ordinateurs. « Le monde de l’Internet
est rapide. On passe d’une phrase ou d’une photo à l’histoire,
d’une page à l’autre d'un simple clic ; et c’est ainsi
qu’on crée un monde en entier ou un site », explique
Nasser Abdel-Moneim. « Le spectacle est basé sur des
scènes rapides et successives, comme des scènes cinématographiques
coupées », souligne le metteur en scène. « Comme
on trouve dans le roman une multitude de voix et de points
de vue, je travaille également sur la multitude des voix dans
cette pièce. Aujourd’hui dans le théâtre, il n’est pas question
d’avoir un seul point de vue qu’on essaye d’imposer au spectateur.
C’est lui qui doit juger et à lui de choisir », ajoute-t-il.
Toujours dans
le domaine de la communication, on passe à un autre sujet
privilégié et très souvent réduit à la caricature, à savoir
les médias et les chaînes satellites, et la propagande de
leurs programmes. Dans le spectacle de danse théâtre de Karim
Al-Tounsi « Numb », un sketch entier ridiculise
l’attitude des speakerines des chaînes satellites. Un spectacle
qui a connu un grand succès lors de sa présentation en mai
et juin au Centre Français de Culture et de Coopération :
par la danse et les différents sketches, Al-Tounsi réussit
à donner un côté humain à la pièce. |
Un parfum de poésie
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| Si les médias
servent de support à l'un des sketchs du spectacle d’Al-Tounsi,
la pièce de Khaled Al-Sawi Al-Leab fil demagh en fait
son thème principal. Un spectacle dans lequel il aborde d’une
manière satirique la guerre des Américains contre l’Iraq.
La politique des Etats-Unis est ridiculisée à travers le monde
des médias et du talk-show. « Dans notre troupe Al-Haraka,
les spectacles qu’on présente doivent être en rapport avec
les événements qui nous entourent politiquement et socialement,
en adoptant toujours le point de vue de l’homme ordinaire
pour mieux s’approcher du public ».
L’homme
et sa vie d’aujourd’hui, ses conflits, ses souffrances, le
bien et le mal : un thème universel baigné dans une ambiance
lyrique et soufie dans deux spectacles remarquables :
« Masques, toiles et destins », mise en scène
de Hani Al-Métanaoui d’après le texte de l’Iraqien Qassem
Mohamad, et Les Idoles, écrite et mise en scène par
Saïd Soliman. Chacun d’eux crée une scénographie et une ambiance
bien particulière.
Dans le premier,
la scénographie est basée sur la gestuelle et le mouvement
des corps des danseurs qui portent toujours leurs masques.
Un travail de groupe forme ce spectacle poétique où parfois
l'on retrouve des références à la poésie soufie de Salah Abdel-Sabour,
à celle de T. S. Eliot et d’autres références universelles.
Il n’y a pas d'intrigue précise, mais les moments du danger
et du conflit sont intenses, rythmés par les pas des danseurs
et les bâtons qu’ils tiennent en main. Al-Métanaoui a choisi
d’ajouter un côté mélancolique et spirituel au spectacle à
travers une seule voix, celle d’une chanteuse qui chante a
capella, des phrases sur une tonalité parfois trop faible.
Quant à la pièce
Les Idoles, le metteur en scène crée un spectacle lyrique
et de chant. Le bien et le mal, l’amour entre l’homme et la
femme et entre l’homme et Dieu, tout se traduit par le chant
des acteurs et la manipulation des voix d’un chœur fait des
mounchédines. Le folklore y est présent par les
danses de la troupe de derviches tourneurs Al-Tannoura. |
May Sélim |
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« Cette
année, le niveau des pièces arabes est remarquable » |
Critique
et professeur de théâtre à l’université de Varsovie, le Polonais
Zbigniew Taranienko, membre du
comité de sélection des spectacles étrangers participant au
Festival du théâtre expérimental, nous révèle son évaluation
pour le festival. |
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Al-Ahram Hebdo :
En tant que membre du comité de sélection, quels sont vos
critères pour choisir les spectacles qui participent à la
compétition officielle ?
Zbigniew
Taranienko : En fait, il n’y a pas de nombre déterminé
de critères. Il y a toujours des discussions entre les membres
du comité. Cela dépend aussi de la formation de chaque membre.
Mais généralement, on cherche dans ces spectacles un nouveau
théâtre, un spectacle qui aborde le réel et la vie contemporaine
sans le refléter tel qu’il est. La performance doit être non
traditionnelle. On cherche aussi une nouvelle scénographie
et une nouvelle utilisation de la scène. Même chose au niveau
de l’écriture ; il est intéressant de trouver d’autres
matières qui nourrissent le spectacle outre l’œuvre théâtrale
écrite par un dramaturge et prête à être jouée sur scène.
Il faut élargir ce domaine. Le spectacle pourrait être basé
sur une nouvelle dans les journaux, ou sur une écriture collective,
etc. En tant que membres du comité, nous avons de l’expérience
et nous connaissons les réalisations du théâtre dans le monde.
Mais si nous appliquons ces critères à la lettre, certains
spectacles seront sous-évalués. Par exemple, certains pays
arabes n’ont pas une longue histoire dans le théâtre, comme
les pays européens. Il faut donc choisir avec tolérance.
— Comment trouvez-vous la prestation
des pays arabes dans le festival cette année ?
— Le niveau des spectacles des pays arabes cette année
est remarquable. C'est la raison pour laquelle nous avons
choisi un nombre important de spectacles arabes pour participer
à la compétition officielle, dans cette édition et contrairement
aux éditions passées. Je trouve que les représentations arabes
ont maintenant moins tendance à être des spectacles trop réels
qui ne s’intéressent qu’à refléter le réel et la vie quotidienne
aveuglement. Ces traits dévalorisaient les pièces, mais n'existent
pas heureusement dans celles que j’ai vues jusqu'à présent.
Le plus important est que ces pièces de théâtre présentées
dans le festival sont sorties de leurs cadres local et régional
vers l’universel en abordant les relations de l’homme, sa
pensée et sa philosophie, à travers une utilisation pertinente
des éléments du théâtre. Je ne comprends pas l’arabe, mais
cela ne m'a pas empêché de remarquer que le folklore ou patrimoine
arabe est bien intégré dans ces pièces. Cela n’empêche pas
que je critique certaines pièces que nous n'avons pas choisies
pour participer à la compétition officielle parce qu’elles
imitent et transmettent naïvement la vie quotidienne dans
une sorte de bavardage inutile et sans valeur.
— Vous participez au Festival
du théâtre expérimental depuis 5 ans, tantôt comme interlocuteur
dans les colloques (1998, 2002), tantôt comme membre du jury
en 1999 et cette année en tant que membre du comité de sélection.
Où en sont le festival et plus généralement l'expérimentation ?
— J’ai remarqué que le festival, au cours des années
passées, a commencé à s’intéresser à la vie réelle et aux
faits réels. Je pense qu’il sera de plus en plus intéressant
au cours des années à venir, et que le niveau des spectacles
sera beaucoup plus élevé. On ne peut pas nier qu’il y a du
progrès. Je ne peux pas évaluer l’expérimentation ou la vie
théâtrale en Egypte, de même que je ne peux pas les évaluer
en Pologne ou en Europe. Je ne m’intéresse qu’à certaines
tendances. Je ne pense pas que le terme « expérimentation »
soit approprié pour décrire la vie théâtrale. C’est un terme
qui appartient aux sciences. Et dans ce sens, l’expérimentation
exige des résultats. Il faut donc trouver les conséquences
ou les résultats de ces expériences théâtrales.
Par contre, l'artiste lui-même doit toujours se sentir en
état de création et d’expérimentation pour évoluer. C’est
une expérience très personnelle pour ensuite arriver à appliquer
sa pensée sur son théâtre et c’est ce qui arrive actuellement
dans le théâtre moderne en Europe.
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Propos
recueillis par
May Sélim |
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