| Deux
mois après un sommet qui avait fait naître l'espoir
d'une relance du processus de paix, la situation
apparaît de nouveau bloquée entre Israéliens et
Palestiniens. Le ministre israélien de la Défense,
Shaoul Mofaz, a écarté lundi, pour l'heure, tout
retrait supplémentaire israélien de villes palestiniennes
réoccupées, après une embuscade la veille près
de Bethléem au cours de laquelle une Israélienne
et ses trois enfants ont été blessés. Israël avait
transféré, début juillet, aux Palestiniens le
contrôle de Bethléem ainsi que de secteurs réoccupés
de la bande de Gaza, à charge pour eux d'empêcher
les attaques anti-israéliennes à partir de ces
zones.
Les
déclarations de M. Mofaz sont intervenues au lendemain
d'une rencontre entre le ministre palestinien
délégué aux Affaires de sécurité, Mohammad Dahlane,
et un conseiller au ministère israélien de la
Défense, Amos Gilad, qui s'est achevée sans parvenir
à un accord notamment sur un retrait de Ramallah
et de Hébron.
M.
Dahlane avait demandé que le transfert concerne
notamment Ramallah, où le président de l'Autorité
palestinienne Yasser Arafat est bloqué par l'armée
israélienne depuis 19 mois, ce que l'Etat hébreu
a refusé. Ce refus a été justifié par le fait
qu'Israël ne peut pas se retirer tant que des
membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa arrêtés
par les services de sécurité palestiniens sont
maintenus aux arrêts dans le QG d'Arafat.
M.
Dahlane et le ministre israélien de la Défense,
Shaoul Mofaz, n'étaient pas non plus parvenus
le 30 juillet à se mettre d'accord sur le choix
des villes dont Israël devrait se retirer. Les
Israéliens proposaient les villes de Kalkiliya
et Jéricho, alors que les Palestiniens insistaient
sur Ramallah et Hébron.
Parallèlement
à la rencontre Dahlane-Gilad, le ministre palestinien
des Affaires étrangères, Nabil Chaath, s'est entretenu
avec son homologue israélien, Sylvan Shalom. Au
cours de ces discussions, le responsable palestinien
a averti que la construction par Israël d'une
ligne de sécurité entre Israël et la plus grande
partie de la Cisjordanie met en péril le processus
de paix.
Le
cabinet palestinien avait décidé samedi de lancer
une campagne internationale contre la poursuite
de la construction par Israël de la ligne de sécurité.
La direction palestinienne avait déjà réclamé
jeudi une réunion d'urgence du Quartette pour
le Proche-Orient (l'Union européenne, la Russie,
les Nations-Unies, les Etats-Unis) pour obliger
notamment Israël à arrêter la construction de
cet ouvrage.
Israël
a achevé jeudi dernier la construction du premier
tronçon (140 km) constitué d'un ensemble d'ouvrages
défensifs d'une largeur pouvant atteindre plusieurs
dizaines de mètres, comprenant une clôture électronique,
des pistes de patrouille, des fossés et, par endroits,
une muraille de béton de huit mètres de haut.
Destinée
officiellement à empêcher des « infiltrations
terroristes » en Israël, la ligne était
censée au départ longer la « ligne verte »
entre Israël et la Cisjordanie. Mais elle s'enfonce
de plusieurs kilomètres en territoire palestinien
pour protéger des colonies juives et elle pourrait
dessiner, à terme, une nouvelle frontière. Pour
ces motifs, les Palestiniens la dénoncent comme
un « mur de l'apartheid ».
Dans
une interview à un journal israélien, le secrétaire
d'Etat américain, Colin Powell, avait de son côté
averti vendredi que la poursuite de la construction
de la ligne de sécurité risquait de miner la Feuille
de route. C'est la première fois qu'un responsable
américain de ce rang critique publiquement et
aussi sévèrement la construction de cette ligne.
Toutefois,
un haut responsable israélien a indiqué que la
partie israélienne a informé les Palestiniens,
dimanche, que l'Etat hébreu n'avait pas l'intention
d'arrêter la construction de cet ouvrage. |