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Abdallah Al-Achaal, spécialiste des relations internationales, explique les enjeux de la restructuration de la Ligue arabe.
« Une réforme pourrait ressusciter un ordre
qui semble avoir pris fin 
»
Al-Ahram Hebdo : Est-ce que la Ligue arabe a vraiment besoin d'une révision globale ?

Abdallah Al-Achaal : Il existe dans les pays arabes une tendance qui laisse croire que le problème émane de la Ligue arabe et que sa réforme ou sa restructuration engendrerait une renaissance de la nation arabe. Dès le début, une tradition avait régi les relations entre la ligue et ses Etats membres en vue de réaliser des objectifs communs. La ligue était l'organisation qui reflétait le système dans chaque pays, mais l'interaction différait d'un pays à l'autre. Ainsi, la ligue a eu à affronter différemment des crises interarabes et des dangers extérieurs. Et du traité de paix égypto-israélien à l'invasion iraqienne du Koweït, puis l'occupation américaine de l'Iraq, l'organisation est passée par de rudes épreuves avec toujours en arrière-plan son impuissance face à Israël. Il y a donc un problème structurel, un problème d'approche.

— Les dirigeants arabes sont-ils conscients de ce problème qui ravage leur maison ?

— Les différentes initiatives proposées au comité de suivi du sommet arabe reflètent un intérêt à l'égard d'une action arabe commune et une prise de conscience des souffrance du monde arabe. Mais les pays arabes ne sont pas tous poussés par la même motivation. Certains agissent par acquis de conscience ou par parade, d'autres par véritable préoccupation. Ils semblent cependant unanimes à estimer que le problème n'est pas celui de l'organisation, mais qu'une réforme pourrait servir de locomotive pour ressusciter un ordre qui semble avoir pris fin il y a bien longtemps.

— Qu'est-ce qui a fait que la ligue ait perdu son rôle de pivot des années 1960 ?

— Son rôle était lié à celui de l'Egypte. Quand Le Caire a été mis à l'écart de l'organisation en 1979, il y a eu un dysfonctionnement. L'Egypte était à l'époque la concrétisation et le leitmotiv, le corps et l'esprit de la ligue. Une telle situation ne pouvait pas durer aussi longtemps, parce que lorsqu'un pays devient le chef de file, cela provoque une marginalisation des autres. Les attitudes des pays membres étaient cohérentes. Aujourd'hui, ils n'adoptent pas la moindre position commune. Peut-être uniquement sur le papier.

— Qu'est-ce qui a provoqué cette contradiction ?

— Chaque pays réagit selon son propre intérêt pour éviter des affrontements, notamment avec les Etats-Unis. Ainsi, lors du sommet du Caire en octobre 2000, ils avaient décidé une aide financière d'un milliard de dollars pour soutenir les Palestiniens. Aujourd'hui, aucun pays n'ose mettre un sou dans ce fonds, car il est considéré par Washington comme un financement du terrorisme. C'est pourquoi, la ligue ne doit pas fonctionner à travers les sommets et adopter des résolutions qui ne sont jamais appliquées. Le mieux serait que les membres se mettent implicitement d'accord sur leur position et que celle-ci soit annoncée par le secrétaire général comme étant l'opinion de l'organisation. Ceci éviterait de mettre les pays arabes dans l'embarras et leur permettrait de réagir avec dynamisme et efficacité. Mais actuellement, nous sommes dans une situation insolite et détériorée.

— Comment évaluez-vous l'initiative égyptienne de réforme de l'organisation interarabe ?

— La proposition en elle-même reflète l'intérêt qu'accorde l'Egypte au rôle de la ligue, mais son examen montre qu'elle n'est pas réaliste. Elle risque de faire que la ligue devienne comme les partis politiques égyptiens, qui sont presque identiques. A titre d'exemple : la Cour pénale arabe. Pourquoi créer une cour régionale tant que l'internationale existe ? De plus, les régimes arabes préfèrent l'arbitrage d'un tiers étranger plutôt que d'une institution arabe. A l'exemple du litige territorial entre le Qatar et Bahreïn, tranché par le Conseil de la Coopération du Golfe (CCG). Or, Doha a rejeté la décision du CCG, arguant du fait que l'Arabie saoudite s'est alignée sur Manama et a préféré recourir à la Cour internationale de justice. Une cour arabe paraît un apport de pure forme. De même, le mécanisme de prévention ou règlement des conflits. A part le problème entre l'Iraq et le Koweït, il n'y a pas eu de véritable conflit militaire interarabe. Certes, il existe des différends politiques ou des tensions, mais ils ne sont jamais allés jusqu'à l'affrontement militaire, que ce soit entre l'Algérie et le Maroc, entre l'Arabie saoudite et le Yémen ou entre l'Egypte et le Soudan.

Nous sommes donc dans un cercle vicieux. Le niveau des relations arabes doit être apte à un réglement. Mais tant que chaque Etat membre ne respecte pas le droit dans son propre pays, comment pourrait-il le faire sur le plan régional ?

— Qu'en est-il de la création d'un Parlement ou d'un Conseil consultatif arabe ?

— C'est tout à fait pareil, comment créer ce type d'institutions, alors que la démocratie n'existe pas dans chacun des pays arabes pris séparément, ou bien elle varie d'un pays à l'autre, de l'absence totale à la simple et pure forme. Ce n'est pas comme le modèle européen où la démocratie individuelle existe, le courage de s'opposer au gouvernement n'y est pas rare. C'est trop de naïveté et une manière d'ignorer la réalité.

— Un changement de la procédure de vote pourrait-il apporter plus de dynamisme à l'action de la Ligue ?

— Le système de vote n'est pas un problème en soi. L'adoption des résolutions à l'unanimité n'a pas empêché l'intervention au Koweït en 1991 en dépit du refus de certains pays. De même, cette année, la résolution unanime qui rejette toute attaque militaire contre l'Iraq n'a pas empêché le déclenchement de la guerre.

— N'y a-t-il jamais eu d'exemple de coopération interarabe ?

— Si, mais elle se sont limitées aux simple accords. Les ministres de l'Information ont par exemple fixé 100 millions de dollars pour mettre en application une stratégie d'information commune. Ce qui n'a jamais eu lieu, car ils se contentent des théories. Où sont les accords dans les domaines économique, culturel ou même artistique ? Les seuls grands accords qui ont été mis en application concernent la sécurité. L'accord de Riyad en 1954 sur l'aide judiciaire ou celui de 1998 sur le terrorisme. La coordination entre les pays arabes s'est bornée à la simple remise de présumés terroristes ou criminels politiques.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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