Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Les analyses de Heykal
de Heykal

 

L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Les analyses
de Heykal
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
La toute puissance militaire
Par Mohamed Hassanein Heykal

Dans le numéro d'août du mensuel Wéghat Nazar, Mohamed Hassanein Heykal analyse le rôle de l'armée dans la puissance américaine. L'institution militaire est pour lui le principal instrument de l'actuelle Pax americana.

En général, les observateurs concentrent leur attention sur la vitalité des interactions politiques entre la Maison Blanche et le Congrès ou entre l’Administration républicaine ou démocratique et les médias. Par contre, personne ne s’intéresse beaucoup au rôle de l’institution militaire américaine dans le processus de prise de décision surtout lorsque l’armée y joue un rôle.

Il est certain que les Etats-Unis ne sont pas un pays dirigé par les militaires. Au contraire, c’est le pays qui jouit le plus de la démocratie et de la liberté. Cependant, ceci n’empêche pas que l'institution militaire y tient un rôle capital. Le droit est le pilier de la liberté. Pour imposer la loi, il faut un pouvoir qui la fasse respecter. C’est là que vient le rôle de la force comme le dernier recours d'un Etat de droit.

La fondation et l’instauration de l’Etat américain ont imposé dès le départ la création de forces armées capables de contrôler le flux des groupes d’immigrés et d’aventuriers assoiffés de richesse et armés jusqu’aux dents. De plus, ces forces armées devaient jouir d’une grande puissance pour pouvoir faire face aux éléments de la société américaine en conflit dans la période de la gestation de l’Etat. Ceci signifie que les Etats naissants ont besoin d’armées dès le premier instant de leur création. Dans les sociétés traditionnelles, la fondation des armées régulières vient plus tard, car la préservation de la sécurité et la garantie des lois étaient du ressort des chefs de familles et des tribus, des seigneurs des fiefs et des rois jusqu’à la fondation de l’Etat moderne avec une armée professionnelle. C’est-à-dire que ce qui a pris des siècles en Europe s’est réalisé durant quelques décennies en Amérique en raison d'une conjoncture différente.

Lorsque le mouvement américain d’indépendance a commencé et s’est transformé en l’une des plus importantes révolutions de libération dans le monde, il a été dirigé par le général George Washington qui est considéré jusqu’à nos jours comme le héros de l’indépendance américaine, en plus du fait qu'il soit le premier président de la république.

Après l’indépendance, les dangers qu’affrontaient les Etats-Unis n'ont pas disparu. En effet, les grandes puissances européennes étaient toujours présentes dans le continent américain. Il incombait donc à l’Etat américain, récemment indépendant, de rester sur ses gardes derrière des forces armées chargées de défendre l’indépendance naissante. Notons que les menaces n’étaient pas minimes. En effet, l’armée britannique est soudainement revenue à la charge et a occupé Washington en 1812, c’est-à-dire près de 20 ans après l’indépendance.

Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque les espoirs de l’avenir imposaient l’unité en Amérique du Nord dans le cadre d’un seul Etat puissant capable de faire face aux crises et aux mutations, les Etats-Unis ont vécu l’expérience de la guerre de sécession avec ses maux, ses souffrances et ses amertumes. Cette guerre a opposé deux armées : l’armée du nord et l’armée du sud.

Par la suite, durant la première moitié du XXe siècle, les armées américaines ont participé de manière intense à deux guerres mondiales. Il s’agissait de conflits de vie ou de mort entre les anciens et les nouveaux empires européens.

Etant donné que la seconde guerre mondiale s’est terminée par l'usage de l’arme nucléaire par les Etats-Unis, les premiers à l'utiliser, la nouvelle grande puissance a pris en main l’avenir du monde pour façonner son destin au gré de ses politiques. Il ne lui restait plus dans ces circonstances qu'a se débarrasser de deux puissances qui ont émergé lors de la seconde guerre mondiale tentant chacune de se donner la plus grande indépendance dans la prise de décision. La première était l’Union soviétique dotée d'une force de dissuasion nucléaire. La seconde était le mouvement de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine, animé du rêve d’indépendance et de développement, et capable de mobiliser la Terre, de Djakarta à Casablanca.

Durant cette période, les militaires américains étaient à la tête des Etats-Unis. Premièrement, ils étaient les auteurs de la grande victoire contre le nazisme allemand et le fascisme italien. Deuxièmement, ils étaient les gardiens de la force nucléaire. Troisièmement, ces dirigeants étaient effectivement présents avec leurs armées dans les endroits les plus stratégiques d’Europe, d’Asie et de la Méditerranée, que ce soit au Sud ou au Nord. Sur ces emplacements, ils ont mené la guerre, obtenu des victoires et personne par la suite n’a osé leur demander de se retirer.

A un moment donné, trois grands commandants militaires américains dominaient pratiquement le monde :

— A Washington, le général George Marshall qui était le secrétaire à la Défense de Roosevelt, nommé au département d’Etat durant le mandat de son successeur Truman et qui a proposé le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe occidentale.

— A Paris, le général Dwight Eisenhower était le dirigeant général des armées alliées qui ont affronté l’Union soviétique à travers le rideau de fer, selon l’expression du premier ministre britannique Winston Churchill.

— A Tokyo, le général Douglas Mac Arthur était chargé de la reddition du Japon et d'une réorganisation de l'Asie selon les souhaits américains.. L’empereur du Japon recevait ses ordres de ce militaire américain arrogant sans aucune objection, car les radiations des bombes nucléaires lancées sur Hiroshima et Nagasaki tuaient des milliers de sujets de l’empereur à chaque lever de soleil et à chaque bouffée d’air !

Bref, ceci signifie que ce sont les militaires américains qui ont bâti l'esquisse de la souveraineté américaine. Lorsque le projet impérial américain a commencé à avancer sérieusement vers ses objectifs dans des conjonctures internationales propices, ses partisans, dont la majorité faisait partie du Parti républicain, ont décidé que le général Dwight Eisenhower était le seul homme capable de diriger les Etats-Unis dans ces conditions.

En l’espace de deux ans, Eisenhower avait cédé son poste à Paris à son adjoint le général Omar Baradly, pour devenir président de l’Université de Columbia à New York. Une étape transitoire le préparant à la vie civile.

Lors des élections présidentielles de novembre 1952, c’est-à-dire 7 ans après la fin de la seconde guerre mondiale et deux ans après s'être initié à la vie civile, Dwight Eisenhower écrasait le candidat démocrate, Stevenson.

C’est ainsi qu’au début de l’indépendance de l’Etat américain, comme au début de l’Empire américain, le pouvoir était entre les mains d’un militaire. Le premier a mené la guerre pour l’indépendance, et le second pour l’impérialisme.

La suprématie militaire était le fondement de la théorie d’Eisenhower. L’institution militaire, tout au long de son mandat, était satisfaite. A cette époque il n’y avait pas de barrière ou d’obstacle entre le militaire et le politique.

Ensuite, Eisenhower a cédé la place à J. F. Kennedy. Les fils ont alors commencé à s’enchevêtrer, et la situation s’est encore compliquée lorsque le président John Kennedy a décidé d’intervenir au Vietnam. Par la suite, la situation s'est enlisée et la guerre s’est élargie durant l’ère de son successeur Lyndon Johnson. Lorsque vint le mandat de Nixon, la relation entre les militaires et les hommes politiques était devenue un véritable problème. Il y avait un choc entre les opinions et les théories, les caractères et les personnalités. Et lorsque le mandat de Nixon s’est achevé par le scandale du Watergate, l’institution militaire américaine ne cachait pas son mépris des hommes politiques.

Dans tous les cas, l’institution militaire américaine durant les périodes de recul politique, pensait qu'elle était responsable de la sécurité américaine et du large empire américain. Elle a alors opté pour une politique de multiplication des armes et pour leur perfectionnement . En fin de compte, c’est la course à l’armement qui a permis aux Etats-Unis, dotés d'énormes ressources, de briser l’Union soviétique et de la pousser à un échec économique et politique humiliant.

C’est ainsi que la fin de la guerre froide s’est confirmée par l’effondrement de l’Union soviétique d’une part, et par le vif recul des mouvements de libération nationale dans le tiers-monde, et notamment dans le monde arabe, d’autre part. C’est aussi comme cela que l’armée américaine a gagné dans la guerre froide comme dans les guerres qui l’ont précédée. Une nouvelle ère mondiale a commencé, une paix impérialiste américaine qui impose ses réalités à tous bon gré mal gré.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631