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Presse . Les élections du syndicat des journalistes ont consacré la victoire d'un candidat qui n'est pas PDG d'une maison de presse. Les journalistes parlent d'une ère de changement.
Les défis d'un syndicat

La nouvelle a sonné comme un coup de semonce. Après 20 ans de domination des PDG des grandes maisons de presse, la donne a changé. Les résultats des élections du syndicat qui se sont déroulées mercredi 30 juillet ont provoqué une véritable secousse dans les milieux de la presse. Le scrutin a consacré la victoire de Galal Aref, journaliste d'Akhbar Al-Yom, sur Salah Montasser, éditorialiste d'Al-Ahram et ancien PDG du magazine October. Aref, de tendance nassérienne, a obtenu 1 758 voix, contre 1 475 pour son rival. Les 12 sièges du Conseil d'administration ont été remportés en majorité par les candidats nassériens et islamistes (4 nassériens, 4 islamistes et 4 indépendants). Aref s'était déjà porté candidat à deux reprises à la présidence du syndicat face à Ibrahim Nafie, rédacteur en chef et PDG d'Al-Ahram, mais sans succès.

Le scrutin du 30 juillet a fait suite à une succession d'événements qui ont menacé la cohésion du syndicat. Tout a commencé lorsque la Cour administrative a émis le 16 juin un verdict annulant les deux précédents mandats du président et du Conseil d'administration du syndicat. Suite à ce verdict, de nouvelles élections devaient se tenir le 25 juin, mais elles ont été interrompues par un deuxième verdict de la Cour administrative pour cause d'erreurs dans les procédures électorales. Le 19 juin, un troisième verdict est émis par la cour interdisant à Ibrahim Nafie de se présenter aux élections. La direction du syndicat décide de faire appel de cette décision devant la Haute Cour administrative (instance suprême de la justice administrative) et obtient gain de cause. Le 24 juin, la Haute Cour autorise Nafie à se porter candidat. Mais Nafie a décidé finalement de renoncer à ce droit.

« Le Syndicat des journalistes a gagné une nouvelle bataille. Elle était cruciale et aurait pu détruire l'avenir du syndicat comme ce fut le cas avec d'autres corporations professionnelles », a déclaré Ibrahim Nafie à l'issue des élections.

La victoire de Galal Aref inaugure donc une nouvelle ère et marque une réelle volonté de changement dans les rangs des journalistes. « Les résultats de ces élections sont significatifs à plusieurs niveaux. Les journalistes ont voulu insister avant tout sur leur liberté et leur indépendance », souligne Salah Issa, le rédacteur en chef du journal Al-Qahira. « Il y a eu un grand changement cette fois-ci. Le président du syndicat est indépendant pour la première fois depuis 20 ans, et les jeunes dominent le conseil. Il reste à concrétiser ce changement dans les faits. Ceci ne sera pas possible sans l'aide du gouvernement qui doit respecter l'indépendance des journalistes et ne pas entraver leur action. Or, le gouvernement n'a fait preuve d'aucune volonté de changement au cours des années passées », précise Salah Issa. Il assure que le nouveau président du syndicat n'a que 2 ans devant lui pour réaliser de vrais changements. « Cette période est très courte et ne suffit pas à mon avis ». Selon Issa, deux facteurs aideront le nouveau chef du syndicat à avancer. Le premier est l'absence des entraves posées par le gouvernement et le deuxième est le soutien des journalistes eux-mêmes. « Galal Aref doit unir les journalistes autour de lui pour créer un front fort qui peut résoudre leurs problèmes. En outre, il ne doit pas entrer dans un conflit avec le gouvernement pour garantir son aide. Je crois qu’Aref est une personne logique et équilibrée dans ses positions ».

Issa pense également que le Conseil du syndicat est équilibré et englobe plusieurs tendances. Magdi Mehanna, ancien rédacteur en chef du quotidien Al-Wafd, qualifie la victoire de Galal Aref d'« étape importante », mais le nouveau président du Syndicat a du pain sur la planche. De nombreux journalistes réclament en effet une amélioration de leurs conditions de travail et des garanties réelles pour l’exercice de leur métier. « De surcroît, Galal Aref devra bien diriger la relation entre le Syndicat et le gouvernement. Il devra bien diriger le Conseil d'administration pour ne pas donner la chance aux conflits d'émerger entre ses membres, car ce genre de désaccords peut détruire toute chance de changement ». Pour Abdallah Al-Sénnaoui, rédacteur en chef du journal nassérien Al-Arabi, ce qui s'est passé au sein du Syndicat des journalistes inaugure une nouvelle ère en Egypte. C'est l'indice, selon lui, d'une conscience plus forte. « Le début sera le Syndicat des journalistes, mais cette tendance au changement dominera un jour tous les syndicats, et les partis politiques ».

Ahmad Al-Naggar, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégique (CEPS) d'Al -Ahram et élu au sein du nouveau conseil du syndicat, explique : « La réussite d’Aref est un succès pour tous les journalistes. Aref est une personnalité syndicale qui a de l'expérience. Il a respecté toutes les lois du syndicat. Il ne veut pas entrer dans des conflits avec le gouvernement, mais il demandera à préserver les droits des journalistes et à améliorer leurs conditions de travail à travers l'augmentation des salaires et la suppression de la loi 100 sur les syndicats professionnels. Cette loi est un vrai danger pour les journalistes. Elle donne le droit au comité juridique de faire adhérer au Syndicat des journalistes qui ne répondent pas aux critères d'admission comme ceux qui n'ont pas un diplôme universitaire ». Al-Naggar ajoute que le conseil a plusieurs défis dont le premier est l'augmentation des salaires l'instauration d'un salaire minimum pour les journalistes non cadrés. En outre, Al-Naggar pense que le syndicat a un plan pour bien entraîner les journalistes pour créer des professionnels compétents. « J'ai une initiative personnelle aussi, c'est de construire une bibliothèque qui englobe les dernières statistiques et les rapports des organismes mondiaux et nationaux pour que les journalistes aient accès aux informations ». Les défis du nouveau conseil sont nombreux.

May Atta

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