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Quarante
jours après le décès d’Ahmad Téama,
ministre, ancien membre du Conseil de commandement de la
Révolution, ambassadeur et grand patriote égyptien, la poétesse
égypto-canadienne Mona Latif Ghattas a souhaité lui rendre
cet hommage. |
Ahmad
le magnifique |
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Je nomme l'Egypte et la terre me répond :
AHMED. Tu résonnes dans le cœur de la terre comme le sang
dans la veine majeure de mon cœur. Mon cœur qui ce matin
a changé de rythme et de mesure, déboussolant tous les repères
de ma vie.
Ce matin, la terre d'Egypte s'est fendue
sous mes pieds. La terre qui t'a vu naître et pour l'amour
de qui tu as vécu sans jamais compter le temps. Tous les
mots à ma portée me semblent pâles et sans relief. Désincarnés
comme cette idée que tu puisses être mort. J'aurais voulu
savoir que tu es éternel.
J'arrive.
J'arrive pour assister à l'arrimage de
la Barque solaire aux quarante rameurs qui te conduit vers
ton éternité. Toi le Pharaon de mon histoire personnelle
d'enfant d'Egypte. Sultan de mon enfance logée dans le creux
de ta paume, qui prenait alors des reflets d'or. Toi, le
héros de mes contes magiques, Sindbad, Ali Baba, Aladin
à la lampe merveilleuse, qui comblait tous mes souhaits.
Autour de toi, tout était soudain possible, rien au monde
ne résistait à ton charme infini.
J'arrive, parce que rien ne résistait à
ton charme infini, rien n'arrêtait ta fureur de justice.
Tu défendais farouchement les victimes de tous les abus
et portais à bout de bras des centaines de pauvres. Que
tu laisses orphelins aujourd'hui avec moi ! Dans quelle
tristesse se tiennent en ce moment tous ceux qui, dans leur
vie, ont eu recours à toi ? L'entrée de ta maison était
pleine tous les matins. De monde venu solliciter ton aide.
Combien de malades as-tu guéris, combien d'enfants as-tu
instruits, combien de vies sauvées de l'indicible misère
par la grâce de ton aide ! Je n'aurai pas assez de
tous mes cahiers pour inscrire tes dons. Des dizaines de
soldats, de gardiens et d'errants sont nourris du cœur de
ta maison. Que fait ce vieil infirme que tu croisais à la
porte du club et pour qui tu faisais arrêter ta voiture
afin de lui donner de quoi acheter du pain ! Et cette
vieille sans gîte pour qui tu faisais un détour particulier
au fond de la ruelle !
J'ai grandi dans le confort de ta majestueuse
tendresse et de ta générosité qui n'avait d'égal que la
crue du Nil inondant les terres fertiles de Ménoufiya. Tu
m'as donné le sens du Sacré au cœur des choses et ton éthique
imperturbable et lumineuse qui t'as value tant de douleur.
Ta voix grave et poétique, émouvante et
intense, cette voix qui a levé les masses lors de la Révolution,
qui a charmé bien des grands de ce monde, sonne dans ma
tête comme une pulsion de vie. Cette voix où logeait toute
la romance du monde. Qui captait notre attention d'enfant
et d'adulte avec sa vibration magique, quand tu te mettais
à nous parler de ton Egypte viscérale ou de merveilles infinies
de Dieu. Tu étais mon cours d'Histoire planétaire. Tu savais
tout. Je croyais tout. Et tu ne m'as jamais déçue.
On t'a beaucoup trahi. Tu n'as jamais trahi
personne.
On t'a posé les mines pernicieuses de la
jalousie, tu n'as jamais envié personne.
On a compté jusqu'au millième tout ce
qu'on t'a donné, tu ne sais même pas ce que veut dire compter.
On a tenté de t'isoler de l'Histoire du
pays, tu as aimé le pays au-dessus de toute histoire.
Ton sens de l'honneur a confondu bien des
mesquins et tu l'as payé cher car tu fus attaqué avec l'arme
des faibles : l'exclusion.
Et pourtant tu as régné.
Tu as régné envers et contre toutes les
adversités. Tu as régné au grand dam des sans cœur, sur
le cœur des plus simples, des plus purs, des plus vrais,
ceux qui étaient les plus chers à ton cœur, ta famille,
tes amis, les pauvres et moi.
D'aussi loin que je te vois, je vois l'amour
de l'Egypte tressé dans tes chemins. Je te vois extraire
la joie du fond de la peine, transformer la misère en béatitude.
Sur ton passage, le grain se lève, et se tournent les tournesols
comme ils le font vers le soleil.
Aussi, à ta mort, Dieu t'as offert un ange.
Alors qu'à la mosquée on priait sur ta
dépouille, un homme inconnu s'avança portant un enfant mort
à la naissance, demandant qu'il soit enterré près de toi.
Un nouveau-né est enterré avec toi près de la jambe droite.
Il te garde dans l'éternité de la bonté de Dieu. Il symbolise
à jamais toutes les générations de l'Egypte à venir.
J'arrive parce que tu m'aimais comme on
aime ceux qui nous ressemblent, sans mesure.
J'arrive parce que je t'aime depuis ma
naissance, alors que j'atteignais à peine le haut de ta
cheville. Je me retourne aujourd'hui vers ta vie terrestre
devenue le passé et je constate que j'atteins encore à peine
le haut de ta cheville.
Nous arrivons.
Nous arrivons du bout du monde, mon mari,
mon fils et moi car nous t'avons aimé hors de toutes frontières.
Nous venons de notre pays blanc, notre terre d'Occident,
pour saluer ta mémoire orientale et nous incliner devant
ta maison d'éternité.
Je te suivrai tout au long de ma vie. Je
te donne ma parole d'honneur. Au nom de ta mémoire, je jure
de diffuser le plaisir de vivre et l'amour des humains,
comme toi.
D'être à l'écoute des blessés, des démunis
et des victimes de l'injustice des hommes, tout comme tu
l'as été.
De créer le possible de l'impossible et
d'apprendre à frapper la terre pour que jaillissent des
sources vives, qui étancheront la soif des idéaux manqués.
De ne jamais céder ni au chantage ni à
la médiocrité.
De savoir toujours que l'argent est l'arme
des faibles. Que la générosité est celle des princes du
cœur.
D'aimer l'Egypte jusqu'à mon dernier souffle.
Comme toi.
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| Mona Latif
Ghattas |
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palestine
. Je suis juive, non religieuse,
non sioniste, mais j’éprouve le besoin de comprendre. Je
suis donc partie en Palestine, une semaine dans le camp
de Jénine. Voilà mon histoire. |
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Je ne comprends pas Jénine
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| Shalom,
Paix, Salam. Mes grands-parents ont été déportés à Auschwitz.
je suis juive, non religieuse, non sioniste, j’éprouve le
besoin de comprendre, perdue dans cet imbroglio moral, culturel ...
Qu’à cela ne tienne, je pars en Palestine, une semaine dans
le camp de Jénine, mais je ne comprends toujours pas.
Je m’appelle
Ariel, comme Ariel Sharon et dans le camp de Jénine, je
ne peux pas dire comment je m’appelle, mon prénom fait peur
aux enfants.
Ils sont broyés
les enfants. Nous avons décidé, comme au Maroc, comme en
Colombie, de faire une grande toile avec eux. Mais ils sont
tellement nerveux, les enfants de Jénine, qu’ils détruisent
les pinceaux,
Ils sont attirants
et menaçants, les enfants de Jénine. C’est un petit peuple
incarcéré qui ne distingue pas très bien à qui il a affaire.
Le premier réflexe des enfants de Jénine, c’est de lancer
des pierres, et pour ne pas se faire lapider, il faut l’appui
des adultes du camp ou bien courir vite. Ces pierres jetées
par des enfants peuvent blesser l’âme, mais si on les regarde
attentivement, ces enfants-là, on se dit qu’ils se comportent
ainsi parce que nous les avons abandonnés.
Au centre du
camp, il y a maintenant une vaste étendue de vide :
280 maisons ont été détruites et les lambeaux de murs encore
debout portent une inscription, en rouge « Give
me Liberty or Give me Death ». Certains
adolescents sont devenus fous après avril 2002. L’un d’entre
eux notamment, après être resté durant dix jours séquestré
avec les cadavres de sa mère et de son jeune frère qui se
vidaient de leur sang.
Dans un centre
culturel, une exposition est organisée : on y voit
pêle-mêle, des photographies du camp il y a un an ;
certaines, insoutenables sont pudiquement recouvertes de
tissu noir, les enfants ont dessiné des chars, des bulldozers
démolissant les maisons … une galerie des photos de
martyrs (les « shahids ») … des combattants
représentés armes à la main … des non combattants
sans armes … des enfants … Arafat … Rachel
Corrie, Saddam Hussein !!!. ( ....)
La nuit, les
chars font des « incursions » autour du
camp. Pendant le sommeil, quand le silence est absolu, on
entend uniquement le son des chenilles. On a l’impression
d’être dans un cauchemar, ou dans une mauvaise série B,
un monstre dans la nuit braille et son cri est incompréhensible
mais terrible.
On n’est pas
très à l’aise lorsqu’on se balade dans le camp de Jénine,
mais lorsque l’on est européen, qu’on va partir dans quelques
jours et que l’on s’appelle Ariel, comme le tortionnaire.
Mais c’est le prénom que mon père a choisi pour moi, mon
père orphelin de père et de mère gazés à Auschwitz.
Je ne suis
pas antisémite, je ne suis pas révisionniste, mais, je souhaite
qu’on boycotte les produits israéliens, qu’on gèle les accords
d’association tant que l'Etat d’Israël fera comme si le
peuple palestinien était composé de cailloux sur « une
terre sans peuple ».( ....)
De retour à
Jérusalem, je me suis promenée dans la Vieille ville :
en plein centre du quartier arabe, Jérusalem-Est, un immeuble
est surplombé d’un grand chandelier à sept branches et la
façade est couverte d’un gigantesque drapeau israélien.
J’apprends que c’est une propriété d’Ariel Sharon. Ariel
Sharon est à lui tout seul une armée d’occupation dans la
Vieille ville. De la même façon qu’il a été se balader à
l’automne 2000 sur l’Esplanade des mosquées il marque ainsi
insidieusement son territoire.
Je suis allée
visiter le mémorial de Yad Vashem, musée de l’holocauste,
et j’ai pleuré. On m’a dit que Yad Vashem a été construit
sur un village palestinien rasé … je suis allée là-bas
pour comprendre et je n’ai pas compris. |
| Ariel,
France.
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La base des bonnes mœurs
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| Je suis
également contre la décision d'annuler les cours de religion.
Car malheureusement, beaucoup de familles ne prêtent pas
attention à cette discipline, et ne poussent pas leurs enfants
à aller à la mosquée ou à l'église. On remarque donc que
chaque génération est pire que la précédente. Je comprends
que cette décision soit prise pour ne pas séparer chrétiens
et musulmans, mais il faut veiller à ce que tous nos enfants
restent frères, quelle que soit leur religion, pour lutter
contre le terrorisme. C'est très bien d'enseigner une nouvelle
matière, les « bonnes mœurs ». Mais n'oublions
pas que la religion est la base des « bonnes mœurs ». |
| Mirette
Maurice,
Le Caire. |
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Félicitations
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| Enfin un
journal arabe qui n'utilise pas la langue de bois !
Enfin un journal arabe qui ose critiquer les positions arabes !
Je vous encourage à continuer dans ce sens et à œuvrer dans
le sens de la paix que nous appelons tous de toute notre
âme. |
| José Sabban,
France. |
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Par delà les religions
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| L'Expansion
de l'islam par l'épée : entre la réalité et la calomnie.
Ce titre est celui de l'ouvrage de l'écrivain Nabil Louqa
Bébawi. Il a écrit ce livre pour défendre l'islam contre
les assauts qui l'accusent d'être une religion de terrorisme
et incitant à tuer les non-musulmans.
Il est à noter
que le Dr Nabil Louqa Bébawi est chrétien, quoique très
attaché à sa religion. Pour lui, c'est un devoir national
de défendre l'islam, car il vit dans une société à majorité
musulmane où la tolérance et l'amour prévalent.
Dans ce livre,
l'écrivain explique comment l'islam s'est répandu. Il montre
que l'islam ne s'est jamais propagé par l'épée ou par la
force, à travers le récit de son expansion durant les différentes
périodes des successeurs du prophète Mohamad. Ce qui l'a
encouragé dans cette voie c'est qu'il a lu des dizaines
de livres sur l'histoire de l'islam et de la religion musulmane,
écrits par des musulmans et des chrétiens. Il prépare également
une thèse de doctorat sur l'égalité dans l'islam. Il cite
beaucoup de versets coraniques qui prouvent que l'islam
interdit d'obliger quelqu'un à être musulman ou de tuer
quelqu'un parce qu'il n'est pas musulman.
Cela démontre
évidemment un point très important : l'union nécessaire
entre musulmans et chrétiens en Egypte. J'espère que cette
union peut exister dans tous les pays et pas seulement en
Egypte. Que tous les peuples s'aiment, que chacun respecte
la religion de l'autre et comprenne que Dieu aime celui
qui a une forte foi, qui est tolérant, dévot et pieux. Qu'il
soit musulman, chrétien ou juif. |
| Asmaa Adel,
Le Caire. |
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La religion, une matière
nécessaire (suite) |
| Salut chers
lecteurs, je suis d'accord avec le Forum publié dans le
numéro 462 d’Al-Ahram Hebdo, écrit par Madame Nardine
au sujet de l'enseignement de la religion à l'école. Je
vois que chacun doit bien connaître sa religion. Tout particulièrement
aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation, où toutes les
portes sont ouvertes. On peut apprendre les deux matières :
les bonnes mœurs et la religion, mais la première matière
seule ne suffit pas. C'est mon avis et j’aimerais savoir
celui des autres. |
| Omar Hammam,
Le Caire. |
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Le tribunal
au secours
du mariage
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Le
tribunal de la famille est une excellente décision qui
résoudra beaucoup de problèmes. Surtout que dans nos tribunaux,
le problème essentiel est la lenteur et la lourdeur des procédures.
En effet, il y a trop d'affaires et le nombre de juges est
insuffisant. Ce genre de procès dure donc des années et des
années sans être tranché.
Dans ce contexte,
je propose une suggestion susceptible de résoudre le problème
du mariage orfi répandu ces jours-ci. Je propose que
ce tribunal se charge de jouer le rôle de médiateur entre
une fille et sa famille, si celle-ci refuse son mariage sans
raison. Ce projet est appliqué dans différents pays arabes.
L’idée se résume ainsi : la fille qui veut épouser tel
homme que ses parents refusent, peut avoir recours au tribunal
pour juger entre eux.
Certaines filles
souffrent de la position de leurs parents, qui pour des raisons
soit financières, soit pour conserver les traditions et les
coutumes (qui, par exemple, exigent que la fille doit épouser
son cousin pour hériter beaucoup d'argent), rejettent son
prétendant.
Je pense que
ce projet diminuera le phénomène du mariage orfi en
Egypte et garantit la sécurité aux filles. Je lance un appel
aux responsables pour étudier ce projet afin de résoudre le
problème d'un grand nombre des filles.
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| Une lectrice
propose que les tribunaux se chargent de jouer le rôle de médiateur
entre une fille et ses parents quand ceux-ci refusent son mariage.
Qu'en pensez-vous ? Ce projet peut-il être appliqué en
Egypte ? Vos avis et vos opinions seront les bienvenus. |
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