Ligue
arabe . Gamal
Bayoumi, conseiller auprès du secrétaire général
et ancien assistant du ministre des Affaires étrangères,
explique les conditions de la création d'une union
arabe à l'instar de l'Union européenne. |
« Il
faut que l'économie devienne
le moteur de l'unification arabe » |
| Al-Ahram
Hebdo : L'organisation
panarabe a tardé à évoluer vers une véritable
union économique comme l'Europe a pu le faire,
comment l'expliquez-vous ?
Gamal Bayoumi : La Ligue
arabe a été fondée sur une base politique contrairement
à l'Union Européenne (UE). Celle-ci a évité la
politique au départ et s'est lancée dans une coopération
économique. Il s'agissait de mettre en avant des
intérêts et des profits communs dans le cadre
d'une coopération régionale, de quoi rendre indésirables
les guerres, qui ont déchiré l'Europe jusqu'à
la moitié des années 40 du XXe siècle. Ceci en
créant un espace commun susceptible de réaliser
les intérêts économiques de tous.
L'organisation panarabe a été
créée au lendemain de la deuxième guerre mondiale
avec l'espoir de confirmer l'indépendance des
pays arabes qui ont déjà acquis celle-ci et d'aider
à la libération des Etats toujours colonisés.
Cela sans oublier que la question de la Palestine
a surgi presque dès la création de la ligue donnant
naissance à la crise du Proche-Orient qui a monopolisé
tous les intérêts. C'est très discrètement, et
juste en quelques lignes, que l'aspect économique
figure dans le Traité de défense commune. Une
action arabe intensive dans ce sens n'a vu le
jour que lors du sommet du Caire en 1996 qui a
décidé de créer une zone de libre-échange.
— Cela explique-t-il à lui
seul le retard pris par la ligue par rapport à
l'UE ?
— Du
point de vue de la structure, et bien que la Ligue
arabe ait vu le jour une décennie avant la Communauté
économique européenne, la charte de l'organisation
panarabe n'a pas évolué dans le sens d'un approfondissement
des rapports entre les pays membres.
On a témoigné
dans le monde arabe d'une expansion géographique
horizontale. Les pays membres sont passés de 7
à 22 sans que l'on établisse des conditions d'adhésion
à l'exception de la langue arabe. L'Union européenne
est passée de 6 à 15 beaucoup plus lentement et
s'est concentrée sur une expansion verticale faite
d'approfondissement des liens entre les Etats :
la liberté de commerce, une union douanière, un
marché commun, une liberté de déplacement des
marchandises, des services et des personnes ont
constitué l'axe de cet élargissement. Pour le
monde arabe, il est difficile de parler de liberté
de commerce. Nous n'avons jamais pensé sérieusement
au libre déplacement des individus. Je propose
aux ministres arabes de l'Intérieur qui se réunissent
tous les ans à Tunis d'élaborer un système arabe
de sécurité permettant le déplacement des personnes.
— La charte de la ligue
dans son état actuel permet-elle un développement
dans ce sens ?
— Autre différence structurelle
entre L'Union européenne et la ligue, afin de
créer une organisation régionale qui aille au-delà
des Etats, il faut qu'elle ait un statut supranational,
à l'exemple de la Commission européenne actuelle.
Sur les 15 membres de l'Union européenne, 12 pays
ont renoncé à leurs prérogatives d'émettre de
la monnaie et les ont cédées à une seule banque
centrale. Les politiques commerciales sont décidées
également par la commission. Ceci s'applique aussi
aux droits de douanes devenus du ressort de l'Union
douanière en plus de nombreux grands projets dont
la coopération nucléaire, scientifique et spatiale.
— Pourquoi la question des
votes prend-elle autant d'importance dans le projet
de réforme de la Ligue arabe ?
— La
prise de décision, comme dans le cas de l'Onu
a donné un plus grand pouvoir aux cinq grandes
puissances membres permanents du Conseil de sécurité
auxquelles s'ajoutent les 10 autres membres. L'Assemblée
générale a un peu le rôle et les pouvoirs d'une
assemblée générale de grande firme. En ce qui
concerne l'Union européenne, la prise de décision
est basée sur des distinctions entre grands et
petits. Le Luxembourg n'a pas le même nombre de
voix que la France, l'Allemagne et l'Italie par
exemple. L'Union européenne a évité ainsi les
problèmes nés de décisions prises à la majorité
simple ou à l'unanimité. Pour des organisations
comme le FMI et la Banque mondiale, les votes
sont tout aussi peu démocratique. C'est le vote
de l'argent. Chaque pays selon son poids économique.
A
l'inverse, la Ligue arabe souffre d'un grave défaut
avec son système de scrutin à l'unanimité. Un
Etat relativement petit peut contrecarrer une
résolution qui serait acceptée par la plupart
des grands pays.
— Même lorsqu'une décision
est adoptée, on voit souvent que la ligue peine
à l'appliquer.
— En ce qui concerne la
délégation du pouvoir, le secrétariat général
de la Ligue arabe ne bénéficie pas de l'accréditation
suffisante pour gérer l'action commune arabe même
dans les plus petites affaires. Si l'on parle
de zone de libre-échange, par exemple, il faut
reconnaître qu'en cas de difficultés ou de problèmes,
il n'y a aucun mécanisme d'arbitrage entre exportateurs
et importateurs. L'idée de créer une Cour arabe
de justice reste lettre morte. Par contre, en
Europe, on a vu que dans l'affaire de la vache
folle par exemple, la France a reçu un avertissement
de la Commission européenne parce qu'elle a refusé
d'importer de la viande d'Angleterre, alors que
celle-ci avait été déclarée exempte de cette maladie.
En cas de déficit budgétaire dans un pays européen,
la Banque Centrale pourrait avertir les pays concernés
de les condamner à des amendes de 40 milliards
d'euros si le déficit n'est pas réduit. Les pays
européens n'ont pas de liberté dans leurs politiques
financières.
— La mise en place
d'un Parlement arabe peut-elle aider à activer
ce genre de procédures ?
— Il faut dire qu'il ne
s'agira que d'un Conseil consultatif, et non d'un
Parlement comme en Europe avec des décisions contraignantes
et pouvoir supranational. Mais c'est un pas en
avant. Il permettra des débats et un soutien populaire
à l'action des gouvernements.
— Quel espoir
placez-vous en ces réformes ?
— Nous ne sommes qu'au début.
La réforme et l'évolution sont une entreprise
continue. Toutes nos institutions doivent être
en état d'évolution permanente comme c'est le
cas en Europe. Il y a au sein de l'Union européenne
des commissions chargées du développement continu
des politiques commerciales, de recherches scientifiques
d'adaptation à l'OMC.
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| Propos
recueillis par
Ahmed
Loutfi |
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L'Union
africaine
a devancé la Ligue |
La
réforme de la Ligue arabe a tardé à venir, c'est
l'évaluation quasi unanime des analystes qui citent
non seulement le cas de l'Union européenne (Lire
entretien), mais aussi celui de l'Union africaine
qui a vu le jour en juillet 2002 prenant la relève
de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA),
et dont les nouvelles structures et mécanismes
paraissent bien avancés par rapport à l'Organisation
panarabe. « La Ligue arabe, depuis sa
création en 1945 soit une vingtaine d'années avant
l'OUA, n'a pas mené le moindre changement. L'OUA,
créée en 1963, était plus consciente des changements
mondiaux et opérait les réformes nécessaires au
moment approprié », estime Mahmoud Aboul-Einein,
directeur de l'Institut des études africaines,
de l'Université du Caire. |
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| Il
relève ainsi la question du vote : l'Union
africaine a recours au système de la majorité
des deux tiers des voix alors que la Ligue adopte
les décisions à l'unanimité. « C'est comme
si chaque pays avait le droit de veto, ce qui
constitue une sorte de dictature et paralyse l'action
de la Ligue arabe l'empêchant de résoudre les
problèmes urgents », relève le spécialiste.
D'ailleurs,
en ce qui concerne la structure de l'Union africaine,
elle comprend 10 institutions différentes permettant
de traiter de manière spécifique et souple avec
chaque problème. Cela reflète aussi une volonté
de développement susceptible de s'adapter aux
changements internationaux, et surtout de rejoindre
des organisations similaires comme l'Union européenne.
En fait, l'inspiration européenne est évidente
dans l'acte constitutif adopté à Lomé en 2000.
Il comprend un Parlement, une commission, une
banque centrale, un fonds monétaire africain,
une banque africaine d'investissements et une
cour de justice. L'Union a un conseil exécutif
nouvelle dénomination, équivalent du Conseil des
ministres de l'OUA où siègent les ministres des
Affaires étrangères. Le secrétariat général de
l'OUA a laissé la place à la commission, basée
comme lui à Addis-Abeba, et le secrétaire général
au président de la commission, élu comme lui par
les chefs d'Etat. Là encore la référence à l'Europe
est directe. De même que l'Union européenne a
son siège à Bruxelles et son Parlement à Strasbourg,
la nouvelle institution siège ailleurs qu'Addis-Abeba.
Au
niveau économique, le Nouveau partenariat pour
le développement de l'Afrique (NEPAD) est pressenti
pour être la principale arme économique de l'UA.
« La charte de l'UA met l'accent de manière
précise sur la complémentarité économique dans
le continent, et accorde plus d'importance aux
considérations économiques et ses intérêts avec
le monde extérieur plus que la Ligue arabe qui
donne la priorité aux problèmes politiques »,
souligne Aboul-Einein. Il déplore d'ailleurs que
« même ces questions politiques, la Ligue
n'arrive pas à les résoudre ». Cela en
dépit du fait que le Traité de défense commune
et celui de coopération économique n'ont jamais
été activés depuis les années 1950.
L'UA
a aussi un « Conseil de paix et de sécurité »
chargé des conflits, tout comme l'était l'organe
de l'OUA pour la prévention et la gestion des
règlements. La proposition égyptienne de réforme
prévoit un conseil de sécurité. Les pays africains
ont pris conscience de l'importance de la sécurité
collective au niveau du continent et des régions.
Ainsi la Communauté Economique des Etats de l'Afrique
de l'Ouest (CEDAO) intervient à l'heure actuelle
à l'une des crises africaines les plus graves,
celle du Liberia. Elle a mandaté des troupes ICOMOS
intervenant dans ce pays au nom de la CEDAO et
du Conseil de sécurité de l'Onu. Aboul-Einein
relève, en comparaison, que la Ligue arabe n'est
pas autorisée à intervenir dans les crises intérieures
comme le stipule sa charte. Même le traité de
défense commune vise les « agressions
venues de l'extérieur du monde arabe ».
C'est ainsi que la crise de 1990, née de l'invasion
du Koweït par l'Iraq, n'a pu être résolue que
grâce à l'intervention d'une coalition internationale.
Ce qui a mené par la suite à l'invasion anglo-américaine
de l'Iraq. Or, pour l'UA, le feu vert est donné
pour intervenir dans un Etat membre dans certaines
circonstances graves comme les crimes de guerre,
les génocides et les crimes contre l'humanité.
Le principe de non-ingérence qui prévalait lors
de l'OUA a été rompu. L'UA bénéficie d'un mécanisme
comme l'Onu pour la surveillance de la sécurité
collective dans le continent. La nouvelle charte
a approuvé le principe de politiques de défense
commune du continent.
Une
évolution notable, même si les conflits ethniques
et les crises endémiques sont difficiles à résoudre.
La Ligue arabe, qui comprend plusieurs pays membres
de l'UA dont l'Egypte, pourrait aller de l'avant
dans ce domaine comme dans d'autres « si
la volonté politique existe », conclut Aboul-Einein.
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Aliaa
Al-Korachi |
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