Ligue
arabe . L'Egypte
a lancé une initiative visant à réformer l'organisation
panarabe. Des idées ambitieuses, mais qui butent
sur les divergences et les faiblesses de ses Etats
membres. |
Au-delà
de la réforme |
| L'idée
n'est pas tout à fait nouvelle, elle remonte à
au moins trois décennies. Une initiative pour
restructurer une Ligue arabe d'ores et déjà affaiblie
voire marginalisée. Non pas à cause de l'invasion
anglo-américaine de l'Iraq, puisque cette vision
a été évoquée lors du sommet de Fès en 1982, mais
parce que cette institution a été incapable de
résoudre le moindre problème entre ses 22 Etats
membres depuis sa création en 1945. Le projet
a été oublié ou peut-être négligé, la chute de
Bagdad l'a juste placé sur le devant de la scène.
Conscients de leur ré signation,
les dirigeants se sont précipités pour proposer
une restructuration de « La Maison des
Arabes ». Certains par acquis de conscience,
certains par ambition de se trouver au premier
rang, d'autres par véritable préoccupation à l'égard
de l'avenir. Mais ils semblent tous unanimes sur
leur impuissance accumulée. L'Arabie saoudite
a déjà présenté un projet, la Libye aussi. On
parle également de certaines idées de réformes
marocaines ou encore soudanaises. Même Le Caire
avait dévoilé à maintes reprises son intention
de présenter officiellement son initiative à l'organisation
régionale. Elle s'est fait tellement attendre
qu'on prévoyait une solution presque magique à
la détérioration de l'organisation. Autant d'idées
ambitieuses, mais qui selon les analystes restent
en deçà de la réalité ou manquent de dynamisme.
La réforme égyptienne annoncée
récemment propose la création d'un Conseil de
sécurité, d'une cour de justice, d'un Parlement
et d'un organisme de prévention des conflits.
Des idées qui s'inspirent beaucoup du modèle européen
(lire entretien), mais sont-elles adaptables à
la région ? Hassan Abou-Taleb, politologue,
spécialiste des affaires arabes au Centre d'Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram,
souligne : « On n'exagère pas si
l'on qualifie l'initiative égyptienne de tentative
de faire de la Ligue l'application des théories
sur lesquelles se sont fondées d'autres modèles
d'organisations régionales ».
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Sortir de la théorie
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D'où
son aspect purement théorique. Selon Abou-Taleb,
c'est peut-être cette crainte d'être accusée de
« nassérisme et d'être revenue aux années
1950 et 60 qui expliquent la disparition des termes
nationalistes du projet », estime-t-il. La
plus grande critique est adressée à l'idée de
créer un Parlement arabe ou plutôt un Conseil
consultatif. Ceci parce que les expériences parlementaires
dans les pays arabes ont prouvé qu'il ne s'agissait
pas d'un mécanisme essentiel, mais d'un simple
décor. Les cas diffèrent certes d'un pays à l'autre
sur les plans historique et de l'efficacité. Mais
Abou-Taleb se demande : Si les Parlements
arabes sont « un simple décor politique,
et incapables d'assurer l'alternance pacifique
au pouvoir, comment serait le cas dans un Parlement
arabe où les membres ne connaissent même pas l'esprit
ou le sens d'un travail parlementaire ? ».
Et c'est là le point qui a échappé aux auteurs
de cette proposition. Ils n'ont fait aucun lien
entre la réforme du système arabe et la nature
de chaque Etat arabe. Aucun appel à une réforme
des régimes de chaque pays arabe à part ne figure
dans le papier. Abou-Taleb précise que « sur
le plan purement théorique, cette absence peut
être interprétée comme obéissant à la politique
de non ingérence dans les affaires intérieures.
Mais c'est ce principe qui a fait « que l'Iraq
et la Somalie ont été conduits à ce mauvais sort
qui est le leur, sans que les régimes arabes ne
passent de leur mouvement passif à celui positif
et protéger ces pays et avec eux l'organisation ».
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Mon frère, n'interviens
pas
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La création d'une Cour pénale
arabe et d'un mécanisme de prévention des conflits
semble être elle aussi une faille. L'idée de ce
dernier organisme n'est pas nouvelle, puisqu'au
sommet de 1996 une décision en ce sens a été adoptée,
puis approuvée en 2000 par les ministres des Affaires
étrangères. « A part le problème entre
l'Iraq et le Koweït, il n 'y a pas de véritable
conflit militaire ou affrontement interarabe.
Il y a peut-être des différends politiques ou
même des tensions, mais qui n'ont jamais provoqué
un conflit », estime Abdallah Al-Achaal,
expert en relations et droit international (lire
l'Entretien de la semaine, page 13). Les pays
arabes ont plutôt besoin d'un mécanisme pour assainir
leurs relations. Pendant une dizaine d'années,
ils n'ont pas réussi à tourner la page de la guerre
du Golfe. « Depuis cette date, c'est-à-dire
en 1991, il fallait restructurer la Ligue parce
que les Arabes ont été incapables de résoudre
le problème entre eux. La solution est venue de
l'extérieur, laissant croire que l'agression pourrait
venir du frère et non de l'ennemi »,
affirme l'ambassadeur Gamal Bayoumi, conseiller
auprès du secrétariat général de la Ligue arabe.
C'est ce sentiment qui rend impossible le recours
à une cour arabe de justice. Dans leurs divisions
et leur rejet de l'ingérence, notamment de la
part des frères, ils préfèrent l'arbitrage d'un
tiers étranger plutôt que d'une institution arabe.
On se souvient du litige territorial entre Qatar
et Bahreïn sur lequel a tranché le Conseil de
la Coopération du Golfe (CCG). Or, Qatar a rejeté
la décision du CCG, arguant du fait qu'il était
aligné sur l'Arabie saoudite et a préféré recourir
à la Cour Internationale de Justice à La Haye.
Avec la présence de cette dernière cour, une cour
arabe paraît un apport de pure forme.
Le gouvernement égyptien propose
aussi dans son initiative de passer d'un mode
de scrutin à l'unanimité à un mode à la majorité
simple ou qualifiée. Le Caire estime que le mode
ancien était nécessaire au moment où la Ligue
a été fondée lorsque ses membres étaient encore
peu nombreux. Mais 80 % des résolution de
l'organisation interarabe n'ont-elles pas été
adoptées à l'unanimité ? Toujours est-il
que 30 % seulement de ces textes ont été
appliqués.
Les pays arabes tentent de faire
rejeter sur la Ligue la responsabilité de leurs
échecs en matière d'œuvre arabe commune. Ils la
regardent comme un cadre inutile. L'Arabie saoudite
est allée jusqu'à proposer dans son projet une
modification de la charte, comme si le changement
d'articles et de clauses changerait du jour au
lendemain la volonté des régimes arabes. La Libye,
elle, a menacé de se retirer. D'autres pays, du
Golfe cette fois-ci, comme le Koweït et les Emirats
arabes unis, ont brandi la carte de leur participation
financière. Tirant à boulets rouges contre leur
Maison, au lieu d'avouer leur impuissance et leur
manque de volonté politique.
Ces initiatives multiples, même
si elles ne sont pas porteuses de solutions véritables,
reflètent l'idée que les dirigeants arabes ne
sont pas parvenus à la conclusion de mettre un
terme à cette institution. Ils tiennent toujours
à la réformer en dévoilant ses points de faiblesse.
Que serait l'alternative ? Ils n'ont que
deux choix. Soit entamer ce processus de réforme
même au pas à pas, soit se contenter du statu
quo. Ce qui conduira à la disparition de cette
organisation.
La question qui se pose est de
savoir si les Arabes sauront tirer la leçon de
leur défaite en Iraq et de leur échec permanent
dans la cause palestinienne et sauver une institution
en crise. Proposer une initiative ou une idée
ne dit pas être la fin du chemin. Il faut étudier
toutes les initiatives et en tirer les éléments
concrets avant le sommet de Tunis 2004. Et surtout
éviter de tomber dans l'éternel piège arabe :
se féliciter d'avoir lancé des projets et dormir
ensuite sur ses lauriers pour se réveiller des
années plus tard sur un nouvel échec.
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Samar
Al-Gamal |
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| Ligue
arabe,
fiche technique |
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Création :
Le 22 mars 1945 à Alexandrie. Dès la seconde guerre
mondiale, les Britanniques avancent l'idée d'une
fédération des Etats arabes, cherchant ainsi à
gagner la sympathie des pays arabes. Ses alliés
hachémites d'Amman et de Bagdad tentent alors
de mettre sur pied un Etat unifié du « Croissant
fertile » (Palestine et Syrie en plus de
leur Etat). L'Egypte, opposée à ce projet, propose
un contre-projet qui aboutit à la réunion d'Alexandrie.
Composition : 22
membres aujourd'hui : L'Egypte, l'Iraq, le
Liban, l'Arabie saoudite, la Syrie, la Transjordanie
et le Yémen nord, membres fondateurs. A ceux-ci
se sont ajoutés la Libye (1953), le Soudan (1956),
le Maroc et la Tunisie (1958), le Koweït (1961),
l'Algérie (1962), le Yémen du Sud (1967) unifié
depuis 1991 avec le Yémen du Nord, le Bahreïn,
le Qatar, les Emirats arabes unis et Oman (1971),
la Mauritanie (1973), la Somalie (1974), Djibouti
(1977) et les Comores (1993). L'Organisation de
libération de la Palestine a été admise en 1976.
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Les instances :
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— Le secrétaire général :
Amr Moussa (depuis mai 2001).
— Le Conseil de défense (ministres des Affaires
étrangères et de la Défense).
— Le Conseil économique (ministres de l'Economie).
— Des comités permanents spécialisés (économie,
culture, politique ...).
— Agences spécialisées et autonomes (l'Organisation
arabe du travail, l'Union postale, l'Union des
télécommunications ...)
— Les sommets des chefs d'Etat (depuis 1964)
représentent l'instance suprême où sont censés
se régler les conflits et se prendre les décisions
importantes. La Ligue arabe a suscité plusieurs
organismes spécialisés, tels l'Organisation de
la Ligue arabe pour l'éducation, la culture et
l'organisation scientifique (Alesco), et un Conseil
de l'unité économique arabe (qui a créé une zone
de libre-échange entre les huit pays membres de
ce Conseil). Il existe d'autres organismes économiques
interarabes, notamment l'Organisation des pays
arabes exportateurs de pétrole (différente de
l'OPEP qui, elle, regroupe tous les pays exportateurs
de pétrole, arabes et autres).
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