| La
visite de Sharon à Washington, à l'issue de celle d'Abou-Mazen,
est intervenue en vue de contenir les positions américaines
positives prévisibles quant à l'application de la « Feuille
de route ». J'estime que la visite d'Abou-Mazen a
ouvert une nouvelle page dans l'histoire des relations américano-palestiniennes
et marque le début d'un rôle américain plus effectif dans
le règlement politique au Proche-Orient. Elle a ainsi contrecarré
plus ou moins l'exclusivité israélienne de communication avec
l'Administration et les institutions aux Etats-Unis. Le problème
qui a brouillé les cieux des relations arabo-américaines avec
l'investiture de l'Administration américaine actuelle revient
à plusieurs facteurs. A leur tête viennent les retombées de
l'échec de Camp David II, le fait de faire assumer à l'administration
de l'ancien président démocrate seule la responsabilité de
cet échec. Cette dernière avait affirmé qu'Arafat a perdu
une occasion historique pour régler le problème à Camp David
en juillet 2000. Partant, le conseil donné à l'administration
de Bush junior était de ne pas perdre le temps avec le négociateur
palestinien qui n'était pas prêt pour signer un accord politique
et par conséquent de chercher un nouveau commandement palestinien
avec lequel il serait plus facile de s'entendre.
Dans ce contexte,
nous ne pouvons pas non plus minimiser l'ampleur des retombées
des attaques du 11 septembre et l'avis de Washington selon
lequel les positions d'un nombre de pays arabes n'étaient
pas suffisamment claires et décisives quant à la coopération
avec les Etats-Unis et leur condamnation de ces attaques.
N'oublions pas à cet égard l'instrumentalisation israélienne
continue de ces attaques en leur faveur et les tentatives
incessantes de faire coller aux musulmans et Arabes l'accusation
de terrorisme.
Pour toutes ces
considérations, les relations arabo-américaines ont connu
un certain degré de recul qui est allé de pair avec une tendance
israélienne de faire cavalier seul sur la scène américaine.
Dans ce contexte, il faut parler bien sûr de l'inaction américaine
de plus en plus évidente à stopper l'agression israélienne
après l'Intifada d'Al-Aqsa et d'un alignement aveugle sur
Tel-Aviv.
Abou-Mazen a
revendiqué à l'Administration américaine d'exercer des pressions
sur le gouvernement de Sharon pour arrêter la construction
de la clôture de sécurité. Abou-Mazen a appelé à exercer des
pressions sur le gouvernement de Sharon afin d'alléger la
souffrance du peuple palestinien avec à leur tête la levée
des points de passage et la restitution à l'Autorité des fonds
retenus par Israël. Il était évident qu'Abou-Mazen voulait
que Washington fixe un mécanisme déterminé contraignant la
mise en application de « la Feuille de route ».
Abou-Mazen en
se dirigeant vers Washington avait la ferme conviction que
les climats étaient plus que jamais préparés pour signer un
accord de règlement.
Je voudrais confirmer
qu'Abou-Mazen s'est dirigé à Washington armé d'une vision
réaliste et objective des choses, qui s'est accumulée sur
un fond d'expériences politiques et d'un soutien arabe solide.
Abou-Mazen a réussi à convaincre l'Administration américaine
que la vision israélienne n'a aucune consistance vis-à-vis
du dossier sécuritaire. Il leur a démontré que l'Autorité
palestinienne a réussi à instaurer la sécurité au moment où
Tel-Aviv a échoué même avec l'usage de sa machine de guerre.
Il leur a fait part de la vision palestinienne selon laquelle
il incombe d'asseoir la sécurité en arrivant à un accord avec
les différentes factions de l'opposition pour pouvoir au final
parvenir à un règlement définitif.
Si certains estiment
que la visite de Sharon a effacé tous les acquis de celle
d'Abou-Mazen, je dirais clairement qu'au contraire elle a
beaucoup apporté à la cause palestinienne.
J'estime personnellement
qu'Abou-Mazen a réussi à sérieusement changer la position
américaine. Il a réussi à convaincre l'Administration américaine
d'accorder davantage d'importance aux visions de l'Autorité
palestinienne. Chose qui a contraint le gouvernement de Sharon
à prendre de nombreuses décisions en accord avec les revendications
palestiniennes, dans l'objectif de contenir les résultats
de la visite d'Abou-Mazen, et de devancer les pressions américaines.
Les acquis de la visite d'Abou-Mazen mettent l'accent sur
l'importance de l'action arabe sur la scène américaine et
la nécessité d'avoir un contact direct avec son administration.
C'est d'ailleurs ce que la diplomatie égyptienne a réalisé
très tôt et a très bien investi et œuvre toujours à investir
pour l'intérêt des causes égyptiennes et arabes en général.
|