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Un tournant dans la position américaine vis-à-vis
du Proche-Orient
Par Ibrahim Nafie

Ibrahim Nafie La visite de Sharon à Washington, à l'issue de celle d'Abou-Mazen, est intervenue en vue de contenir les positions américaines positives prévisibles quant à l'application de la « Feuille de route ». J'estime que la visite d'Abou-Mazen a ouvert une nouvelle page dans l'histoire des relations américano-palestiniennes et marque le début d'un rôle américain plus effectif dans le règlement politique au Proche-Orient. Elle a ainsi contrecarré plus ou moins l'exclusivité israélienne de communication avec l'Administration et les institutions aux Etats-Unis. Le problème qui a brouillé les cieux des relations arabo-américaines avec l'investiture de l'Administration américaine actuelle revient à plusieurs facteurs. A leur tête viennent les retombées de l'échec de Camp David II, le fait de faire assumer à l'administration de l'ancien président démocrate seule la responsabilité de cet échec. Cette dernière avait affirmé qu'Arafat a perdu une occasion historique pour régler le problème à Camp David en juillet 2000. Partant, le conseil donné à l'administration de Bush junior était de ne pas perdre le temps avec le négociateur palestinien qui n'était pas prêt pour signer un accord politique et par conséquent de chercher un nouveau commandement palestinien avec lequel il serait plus facile de s'entendre.

Dans ce contexte, nous ne pouvons pas non plus minimiser l'ampleur des retombées des attaques du 11 septembre et l'avis de Washington selon lequel les positions d'un nombre de pays arabes n'étaient pas suffisamment claires et décisives quant à la coopération avec les Etats-Unis et leur condamnation de ces attaques. N'oublions pas à cet égard l'instrumentalisation israélienne continue de ces attaques en leur faveur et les tentatives incessantes de faire coller aux musulmans et Arabes l'accusation de terrorisme.

Pour toutes ces considérations, les relations arabo-américaines ont connu un certain degré de recul qui est allé de pair avec une tendance israélienne de faire cavalier seul sur la scène américaine. Dans ce contexte, il faut parler bien sûr de l'inaction américaine de plus en plus évidente à stopper l'agression israélienne après l'Intifada d'Al-Aqsa et d'un alignement aveugle sur Tel-Aviv.

Abou-Mazen a revendiqué à l'Administration américaine d'exercer des pressions sur le gouvernement de Sharon pour arrêter la construction de la clôture de sécurité. Abou-Mazen a appelé à exercer des pressions sur le gouvernement de Sharon afin d'alléger la souffrance du peuple palestinien avec à leur tête la levée des points de passage et la restitution à l'Autorité des fonds retenus par Israël. Il était évident qu'Abou-Mazen voulait que Washington fixe un mécanisme déterminé contraignant la mise en application de « la Feuille de route ».

Abou-Mazen en se dirigeant vers Washington avait la ferme conviction que les climats étaient plus que jamais préparés pour signer un accord de règlement.

Je voudrais confirmer qu'Abou-Mazen s'est dirigé à Washington armé d'une vision réaliste et objective des choses, qui s'est accumulée sur un fond d'expériences politiques et d'un soutien arabe solide. Abou-Mazen a réussi à convaincre l'Administration américaine que la vision israélienne n'a aucune consistance vis-à-vis du dossier sécuritaire. Il leur a démontré que l'Autorité palestinienne a réussi à instaurer la sécurité au moment où Tel-Aviv a échoué même avec l'usage de sa machine de guerre. Il leur a fait part de la vision palestinienne selon laquelle il incombe d'asseoir la sécurité en arrivant à un accord avec les différentes factions de l'opposition pour pouvoir au final parvenir à un règlement définitif.

Si certains estiment que la visite de Sharon a effacé tous les acquis de celle d'Abou-Mazen, je dirais clairement qu'au contraire elle a beaucoup apporté à la cause palestinienne.

J'estime personnellement qu'Abou-Mazen a réussi à sérieusement changer la position américaine. Il a réussi à convaincre l'Administration américaine d'accorder davantage d'importance aux visions de l'Autorité palestinienne. Chose qui a contraint le gouvernement de Sharon à prendre de nombreuses décisions en accord avec les revendications palestiniennes, dans l'objectif de contenir les résultats de la visite d'Abou-Mazen, et de devancer les pressions américaines. Les acquis de la visite d'Abou-Mazen mettent l'accent sur l'importance de l'action arabe sur la scène américaine et la nécessité d'avoir un contact direct avec son administration. C'est d'ailleurs ce que la diplomatie égyptienne a réalisé très tôt et a très bien investi et œuvre toujours à investir pour l'intérêt des causes égyptiennes et arabes en général.

 

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