Liberia
. Les premiers
soldats nigérians de la force de paix de la Communauté
économique des Etats d'Afrique de l'Ouest sont
arrivés lundi à Monrovia. Le président Charles
Taylor a fixé son départ pour le 11 août. |
Les
Africains prennent les choses
en main |
| Nouvelle
autant attendue qu'espérée. Les premiers soldats
nigérians de la force de paix de la Communauté
Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
au Liberia sont arrivés lundi à bord d'un hélicoptère
de l'Onu à l'aéroport international Robertsfield
de Monrovia.
Ces
premiers militaires de l'ECOMIL (Mission de la
CEDEAO au Liberia) sont les éléments précurseurs
d'un premier bataillon, d'environ 776 hommes,
chargé de sécuriser l'aéroport, situé à une cinquantaine
de km à l'est de la capitale libérienne. Ils seront
rejoints par un nombre à peu près similaire d'autres
soldats nigérians dans les jours suivants, puis
par environ 1 700 hommes venant d'autres
pays de la CEDEAO. Le Ghana, le Mali, le Bénin
et le Togo ont promis de contribuer à cette force
ouest-africaine de la paix. Au total, la CEDEAO
devrait avoir déployé au Liberia environ 3 250
hommes avant la fin du mois.
Outre son aspect humanitaire,
la mission de cette force est de tenter de mettre
fin aux combats entre les rebelles des Libériens
Unis pour la Réconciliation et la Démocratie (LURD)
et les forces loyales du président Taylor. Les
responsables des deux camps se sont montrés accueillant
vis-à-vis du débarquement des soldats ouest-africains.
« Nous souhaitons les rencontrer le plus
vite possible et avons reçu l'ordre de notre leader
(…) de respecter leurs ordres », a déclaré
un des chefs du LURD. « Je suis très heureux
que les soldats nigérians viennent »,
a pour sa part déclaré le chef d'état-major adjoint
des forces de Charles Taylor à Monrovia, le général
Benjamin Yeaten.
L'arrivée des premiers soldats
de la CEDEAO était attendue avec beaucoup d'impatience
par les habitants de Monrovia, fatigués par la
guerre qui ravage leur pays. Tandis que les intenses
combats à l'arme lourde opposant forces gouvernementales
et rebelles se sont poursuivis par intermittence
comme chaque jour depuis près de trois semaines,
notamment au niveau des ponts stratégiques qui
donnent accès au centre-ville, siège du pouvoir
du président Charles Taylor. Les interminables
échanges de tirs pour le contrôle de ces ponts
sont ponctués par les obus de mortiers qui s'abattent
sur le centre de la capitale. Depuis la mi-juillet,
les civils qui vivent dans des conditions terribles
sont les premières victimes des combats qui ont
fait des centaines de morts et quelque 200 000
déplacés.
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Départ programmé
de Taylor
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Les premiers appels demandant
aux Etats-Unis d'intervenir dans ce pays fondé
par d'anciens esclaves venus d'Amérique et qui
remontent à la mi-juin n'ont rencontré à Washington
que tergiversations et demi-mesure. Ainsi, la
résolution organisant une intervention internationale
au Liberia proposée par les Etats-Unis et adoptée
vendredi par le Conseil de sécurité des Nations-Unies
ne fait-elle aucune référence à un rôle particulier
des Etats-Unis. Le texte ne fait aucun écho aux
doutes qui planent sur la volonté réelle de Washington
de s'engager militairement au Liberia, où la population
est menacée par une catastrophe humanitaire. Trois
navires amphibies avec 4 500 hommes venus
de la Méditerranée vont bientôt croiser au large
de Monrovia. Or, rien dans la résolution onusienne
n'indique que les forces américaines débarqueront
un jour à Monrovia. Elle détaille par contre le
rôle que jouera la CEDEAO dans la force multinationale
chargée de faire respecter le cessez-le-feu, ce
qui doit permettre — en principe d'ici
le 1er octobre — de déployer une « force
de stabilisation » des Nations-Unies.
Le président américain George
W. Bush répétait ainsi encore jeudi que les conditions
qu'il avait posées à une telle « mission
de secours » n'étaient toujours pas remplies.
« Charles Taylor doit s'en aller, le cessez-le-feu
doit être mis en place et nous aiderons alors
la CEDEAO », a-t-il ainsi répété.
Lors d'un sommet extraordinaire
jeudi à Accra, la CEDEAO avait donné un délai
au président libérien Charles Taylor pour quitter
le pouvoir dans les trois jours suivant le déploiement
des premiers éléments de la force de paix ouest-africaine.
Mais au lieu de ces trois jours
initialement fixés, le président Taylor, qui jusqu'ici
liait son départ à l'arrivée d'une force de paix
internationale au Liberia, a promis à une délégation
ministérielle de la CEDEAO venue le rencontrer
samedi à Monrovia qu'il quittera le pouvoir le
lundi 11 août, soit une semaine après l'arrivée
des premiers soldats nigérians. Mais s'il a fixé
la date de son départ du pouvoir, Charles Taylor,
inculpé de crimes de guerre et de crimes contre
l'humanité, n'en a en revanche fixé aucun calendrier
pour son exil au Nigeria, où le président Olusegun
Obasanjo lui a promis un « asile sûr »
malgré le mandat d'arrêt international dont il
fait l'objet. A l'issue de la rencontre avec la
délégation de l'organisation sous-régionale, son
porte-parole avait estimé que « la sécurité
et la dignité » du président Taylor « sont
en jeu », soulignant que celui-ci ne
partira de son pays « qu'en tant qu'homme
libre ».
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| Chérif
Albert |
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Taylor,
le mal d'un pays |
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Sous
la double pression des rebelles qui le combattent
sans trêve depuis quatre ans, et de ses pairs
ouest-africains, las d'un régime qui précipite
des dizaines de milliers de réfugiés dans les
pays voisins, le président Charles Taylor, richissime
maître de Monrovia, hier encore redoutable seigneur
de guerre, n'a jamais été aussi proche de l'exil.
Après de longues tergiversations, il a annoncé
qu'il quitterait le pouvoir le 11 août.
Entré en 1979 dans la fonction
publique libérienne, il est accusé par le président
Samuel Doe en 1983 d'avoir détourné 900 000
dollars. Il se réfugie alors aux Etats-Unis où
il est emprisonné avant de s'évader et de fuir
en Côte-d'Ivoire. Il lie alors des amitiés avec
la Libye et le président burkinabé Blaise Compaoré.
Il reviendra au pays par la force, en déclenchant,
la nuit de Noël 1989, l'une des plus atroces guerres
civiles que le continent africain ait connues.
M. Taylor n'a alors qu'un but :
renverser Samuel Doe. Celui-ci fut torturé à mort
un an plus tard, mais la guerre entre factions
s'est poursuivie pendant 7 ans. Les Libériens
n'ont trouvé d'autre moyen pour sortir de cet
enfer qui a fait près de 200 000 morts que
de l'élire, lui, Charles Taylor, à la présidence
de la République en juillet 1997.
Mais entre-temps, Taylor a aussi
exporté la guerre. En 1991, il pousse un certain
caporal sierra-léonais, Foday Sankoh, à créer
le Front révolutionnaire uni. La terreur et l'horreur
s'abattent alors pour dix ans sur la Sierra Leone.
Cela vaut aujourd'hui à Charles Taylor une inculpation
pour crimes de guerre et contre l'humanité par
le tribunal spécial pour la Sierra Leone, avec
en prime un mandat d'arrêt international. Dernièrement
encore, l'ombre déstabilisatrice de Taylor s'est
étendue sur l'ouest de la Côte-d'Ivoire, elle-même
en proie à une guerre civile larvée depuis septembre
2002.
Mais le vent a commencé à tourner
fin 1999 avec l'apparition du mouvement rebelle
des Libériens Unis pour la Réconciliation et la
Démocratie (LURD), encouragés et financés, dit-on,
par les Etats-Unis via la Guinée voisine. Après
des années de guerre civile, Charles Taylor, 56
ans, surnommé le « Diable rouge »
par le LURD, est aujourd'hui presque assiégé dans
sa capitale Monrovia, ne contrôlant plus qu'une
infime portion du territoire national. Il a continué
à s'accrocher au pouvoir en s'appuyant sur une
garde prétorienne redoutée, les Unités antiterroristes,
commandées par l'un de ses fils.
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