Al-Ahram
Hebdo : Quels sont les fondements de votre politique
étrangère ?
Pascal Drouhaud :
Il faut comprendre que la diplomatie française s'appuie sur
des principes généraux dont la responsabilité collective.
C'est la condition de la légitimité d'une action internationale
dans la durée. Cela veut dire que la France inscrit son action
dans le respect mutuel et dans l'idée que la stabilité internationale
est d'autant plus renforcée que le respect des pôles d'influence
est divers et établi. L'Europe doit s'ériger en pôle d'influence.
Dans l'UMP nous ne parlons pas de l'Europe puissance, mais
d'une Europe pôle d'influence, l'Europe existe sur la scène
internationale en tant que pôle politique écouté, en tant
que pôle émergent en matière de défense et de politique étrangère
commune. C'est très important pour la situation au Proche-Orient.
L'Europe
est un pôle d'influence au même titre que la Russie, les Etats-Unis
et la Chine. Nous inscrivons notre position dans cette logique.
— Quelle
est votre approche pour ce qui est du règlement du conflit
au Proche-Orient ?
— Notre
position est très simple. Nous considérons qu'il y a trois
bonnes nouvelles. Premièrement, le fait que toutes les parties,
notamment en Palestine et en Israël, ont accepté la Feuille
de route. Deuxièmement, il y a un réengagement américain pour
essayer de trouver un cadre de paix et de sécurité dans le
cadre du conflit israélo-palestinien. Troisièmement, l'accord
entre Israéliens et Palestiniens pour un retrait progressif
accompagné d'une acceptation d'un Etat palestinien d'ici 2005.
Outre ces nouvelles, la France considère qu'il faut aller
plus loin en intégrant et en sensibilisant des pays comme
la Syrie et le Liban ; elle considère aussi que l'Egypte
a un rôle essentiel au Proche et Moyen-Orient. Il faut également
convoquer et organiser une conférence internationale qui posera
les conditions d'une paix durable au Proche-Orient. Cette
conférence doit poser les conditions d'une élection rapide
dans les territoires palestiniens qui sont une condition à
la création de l'Etat palestinien.
Il faut d'abord
commencer par des élections législatives et locales pour déterminer
les bases d'un Etat palestinien. Celles-là doivent déboucher
sur des élections d'un exécutif.
— Il
existe plusieurs tentatives américaines et israéliennes pour
isoler le président Yasser Arafat. Qu'en pensez-vous ?
— Pour la
France, il y a un président de l'Autorité palestinienne qui
est Yasser Arafat, il y a un premier ministre et il y a un
chef du conseil législatif. Mais, pour nous, M. Arafat est
un acteur incontournable. La
position de la France et de l'UMP est celle des principes
de base : tous ceux qui peuvent contribuer à la stabilité
de la paix au Proche-Orient et définir les conditions indispensables
pour parvenir à la création de cet Etat palestinien sont les
bienvenus. Nous considérons
que M. Arafat est le chef de l'Autorité palestinienne et qu'à
ses côtés, il y a le chef du gouvernement Mahmoud Abbass avec
qui il peut dialoguer. Ce n'est pas une affaire de personnes,
il s'agit d'un respect des principes. La France souhaite sensibiliser
et mobiliser les Européens et contribuer à rechercher les
meilleures voies garantissant le chemin vers la paix et la
sécurité de toutes les parties.
— Comment
évaluez-vous la situation en Iraq ?
— Il y a
une évidence, la sécurité n'est pas établie, la solution est
d'ordre politique. La France a salué la création d'un conseil
de gouvernement provisoire qui doit rassembler toutes les
parties concernées et illustrer la diversité de la société
iraqienne. La France a la volonté de contribuer à la restauration
de la souveraineté de l'Iraq. Ce qui signifie qu'il faut accélérer
le processus politique avec des échéances fixes et des élections
qui auront pour but d'avoir un gouvernement légitime. Pour
la France, l'idéal serait une transition politique sous la
responsabilité de l'Onu qui est elle-même fondée sur la légitimité
internationale.
— Quelle
lecture faites-vous de la résolution 1 483 ?
— Nous constatons
simplement que cette résolution dite 1 483 organise certes
l'occupation, mais elle n'a pas prévu une force de paix de
l'Onu. Là aussi nous essayons d'expliquer à nos amis américains
que la sortie de la crise doit passer par un retour dans le
jeu de l'Onu. La France tient à ce que le meilleur chemin
pour une reconstruction de l'Iraq soit une lutte contre la
précarité sociale qui a marqué l'Iraq. Les Iraqiens doivent
comprendre que l'Iraq de demain sera meilleur, facteur de
stabilité dans la région. |