Quatre
millions et demi de pneus sont livrés sur le marché
égyptien chaque année. C’est-à-dire 165 % du besoin
du marché. Des dizaines de marques, pour la plupart
étrangères, se livrent à une concurrence féroce. 108
marques exactement, issues de 35 pays différents. La
demande réelle s'élève à 2,5 millions de pneus par an,
tandis que la production locale peut atteindre au maximum
2,3 millions de pneus par an. A quoi il convient d'ajouter
2,5 millions de pneus importés.
Bref,
l'industrie nationale rencontre de grandes difficultés
et doit faire face à cette concurrence multiple. Mais
le plus grand problème est bien celui du dumping. Le
marché égyptien souffre en effet du dumping pratiqué
par les entreprises du sud-est asiatique, ou encore
de la Chine, dont le volume des importations a atteint
200 000 pneus cette année. Une situation qui entraîne
un profond déséquilibre dans les prix du marché.
Hassan
Al-Husseini, membre du Conseil d’administration de la
Chambre des industries chimiques met en garde contre
la détérioration de l’industrie locale des pneus en
raison de la présence sur le marché de pneus à bon marché
provenant notamment d'Asie du sud-est, puisque ces pays
soutiennent leurs exportations par la baisse des tarifs
douaniers, bénéficient d'une main-d’œuvre bon marché
et de matières premières à prix réduit. « Certains
producteurs importent ces matières premières à partir
des pays dont les devises sont effondrées. Ce qui abaisse
les coûts de production par pièce. Par conséquent, l'industrie
locale rencontre des difficultés à concurrencer les
produits à prix bas, comme les pneus indonésiens, coréens,
indiens, chinois, etc. », fait remarquer Al-Husseini.
A titre d'exemple, les chambres à air importées sont
moins chères que celles fabriquées en Egypte par l'entreprise
Nisr. C'est ce qui explique que 65 %
de la capacité de production de la société égyptienne
qui produit des pneus soit bloquée, ce qui menace de
faire effondrer l'une des plus anciennes industries
locales ...
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Dernièrement,
le ministre du Commerce extérieur a promulgué une décision
imposant des taux définitifs de dumping sur les pneus
importés de la Chine entre 67 % à 95 %. Ces
tarifs seront imposés pendant 3 ans. L'administration
des subventions et du dumping avait effectué des études
sur terrain auprès des entreprises chinoises pour connaître
ses coûts de production et élaborer un rapport que l'administration
a envoyé au gouvernement chinois pour y répondre. « Cette
décision a été prise après que l'administration eut
été assurée que cette importation nuisait à la production
locale et causait la baisse des ventes et la hausse
des stocks », assure Mowaffaq Al-Fayoumi, directeur
général de l'administration des subventions et du dumping.
Cette
nouvelle réglementation impose un prix de vente supérieur
de 6 % sur les pneus japonais Bridgestone
pour les voitures des passagers, de 89 % pour les
pneus Sumitumou pour les voitures, de 15 %
pour les pneus des camionnettes et de 7,5 % pour
les camions et les autobus. L'augmentation du prix de
vente est de 89 % pour les pneus de marque Auto
pour les voitures, de 44 % pour les camionnettes,
de 5 % pour les camions et les bus. Pour la marque
Yukahama, de 43 % pour les voitures, de
20 % pour les camions et les autobus. Des tarifs
pour lutter contre le dumping ont également été imposés
sur la marque Hancook avec une augmentation de
7 % pour les camionnettes, de 5 % pour les
voitures et de 17 % pour les camions et les autobus.
Michelin doit élever ses tarifs de 4,4 %
pour les pneus de voitures et de 13 % pour les
camionnettes.
Mais
les problèmes de cette industrie ne s'arrêtent pas au
dumping. Un grand taux de pneus importés entre dans
le pays par le biais de la fraude sans payer les tarifs
douaniers. « La chaîne de production locale
sera menacée d’arrêt si ces produits continuent à entrer
en Egypte en fraude, même après le verdict de l’Organisme
de lutte contre le dumping, qui a imposé des tarifs
préventifs sur les pneus. En particulier après la libération
du taux de change, surtout que les matières intermédiaires
entrant dans la fabrication des pneus en caoutchouc
sont importées », assure Al-Husseini.
Bien
sûr, ces produits entrés en fraude ne sont pas exposés
à l’Organisme du contrôle des exportations et importations
pour s’assurer de leur qualité. L’organisme avait effectivement
refusé des cargaisons en provenance de l’étranger pour
leur qualité médiocre, mais ensuite elles sont entrées
dans le pays par fraude. Les grossistes et les semi-grossistes
préfèrent les pneus importés en fraude puisque ceci
leur permet de ne pas avoir à faire aux impôts et par
conséquent, ils réalisent plus de bénéfices. Ainsi,
les exportations égyptiennes en pneus augmentent en
même temps que le nombre de pneus importés. « En
effet, les importateurs sont les plus actifs au moment
où les entreprises étrangères se débarrassent de leurs
stocks », ajoute Al-Husseini.
Mohamad
Nachät, vice-ministre de l'Intérieur et directeur
du département de contrôle de l'approvisionnement, a
annoncé que « depuis le début de cette année,
il y a eu 15 procès concernant les pneus dont 9 de fraude
commerciale dans différentes régions du pays, et 6 procès
de fraude douanière et de produits dont nous ignorons
la provenance ». Il signale d'ailleurs que
les pneus dont le lieu de production est inconnu provoquent
énormément d'accidents.
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