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Un
Proche-Orient chaotique |
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
| L'attentat
contre le siège de l'Onu à Bagdad est aussi
grave que les événements du 11 septembre. Il
s'agit en effet d'une attaque terroriste dirigée
non pas contre les Etats-Unis uniquement, mais
contre l'ordre mondial en entier ! Fait
qui doit être pris en considération et qui doit
être minutieusement étudié. D'autant plus que
ceci signifie que l'Onu est considérée comme
complice des Etats-Unis et non pas une organisation
internationale indépendante.
De
fait, les divergences ayant surgi au sein du
Conseil de sécurité au sujet de la guerre contre
l'Iraq ont soulevé de larges controverses parmi
les membres du conseil, notamment les grandes
nations, qui se sont divisés en deux groupes.
D'une part, après l'effondrement de l'ex-URSS,
le monde est devenu unipolaire, avec les Etats-Unis
comme seule puissance qu'aucune force ne peut
affronter. L'autre groupe guidé par la France,
l'Allemagne et la Russie pense que le monde
est devenu multipolaire et qu'il est indispensable
de préserver cet aspect.
Or,
cette contradiction a récemment disparu avec
la dernière attaque terroriste portée à l'Onu
en Iraq. une attaque unanimement condamnée.
Maintenant que le terrorisme a pris cette ampleur
en atteignant l'ordre mondial en entier avec
toutes ses composantes, y compris l'Onu, la
contradiction entre ces deux groupes est devenue
aujourd'hui secondaire.
Il
est vrai que l'Onu n'a pas pu préserver son
indépendance. Au contraire, elle s'est montrée
faible et démantelée face au pôle américain.
D'autant plus que les Etats-Unis se sont engagés
seuls dans la guerre en Iraq, sans l'aval de
l'Onu et que les grands pays ont renoncé à leurs
opposition aux Etats-Unis pour chercher la réconciliation.
Autrement
dit, ils ont reconnu l'hégémonie américaine
au lieu de s'y opposer, et ils ont reconnu leur
incapacité de rivaliser avec le leadership américain
et le rôle de gardien du monde que les Américains
jouent.
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Le
vide sécuritaire |
Cette
tentative de réconciliation considérée par d'aucuns
comme un pas pour régler les différends et former
une unanimité internationale antiterroriste
fut paradoxalement interprétée par des analystes
pro-terroristes comme étant une soumission à
outrance aux Etats-Unis. Or, porter de
telles accusations à l'Onu, c'est une condamnation
de l'ordre mondial en entier. Une condamnation
visant à faire assumer à toutes les parties
la responsabilité de la dégradation de la situation
actuelle. D'où le besoin de trouver une alternative
à l'hégémonie américaine au lieu de la soutenir.
Au
lieu d'être déraciné, le terrorisme prend chaque
jour de l'ampleur. La preuve en est que le secrétaire
britannique au Foreign Office, Jack Straw,
grand partisan de la ligne de Bush et de Blair,
a fait des déclarations qui lui étaient tout
à fait étrangères. Déclarations selon lesquelles :
« La Grande-Bretagne et les Etats-Unis
ne s'attendaient pas à un tel vide sécuritaire ».
En effet, l'Onu n'est plus capable de remplir
ce vide et le chaos est devenu la principale
caractéristique en Iraq. Il en découle de ce
chaos le rapprochement des divers groupes terroristes.
En ce moment, au lieu d'être dans une phase
de reconstruction et de reconstruction, nous
assistons à une tentative d'anéantir l'Iraq
elle-même au lieu d'éradiquer le terrorisme.
Il
est à noter que le chaos entraîne indubitablement
le démantèlement. La preuve en est que les tentatives
de réconciliation n'ont pas duré pour longtemps
et que les divergences ont de nouveau émergé
entre les grands pays. Surtout que chaque partie
fait assumer aux autres la responsabilité de
l'explosion de la situation actuelle. En effet,
la question de la légitimité de la guerre a
de nouveau émergé avec l'incapacité de trouver
les armes de destruction massive ainsi qu'avec
le suicide apparent de l'expert britannique
David Kelly. Sans oublier que les Etats-Unis
s'intéressent actuellement à la bataille électorale
imminente, ce qui se reflète sur les divers
dossiers épineux du Proche-Orient.
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Entre l'Onu et les Etats-Unis
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Colin
Powell a clairement déclaré que son pays ne
renoncera pas à ses prérogatives pour l'Onu.
En fait, si toutes les tentatives d'accorder
à l'Onu un rôle plus significatif concernant
l'avenir politique et économique de l'Iraq n'ont
pas abouti, c'est parce que Washington insiste
à s'accaparer du contrôle militaire et politique
en Iraq. Straw a affirmé que seuls les Etats-Unis
sont en position de mener des opérations militaires
actives en Iraq, malgré les invitations à accorder
à l'Onu un rôle plus efficace. Les déclarations
de Straw viennent au moment où Washington examine
la possibilité de faire passer une résolution
de l'Onu convaincant d'autres pays d'envoyer
des forces en Iraq.
Cependant,
le vide sécuritaire a poussé certains pays à
diminuer leurs engagement envers le Proche-Orient,
et non pas le contraire. A titre d'exemple,
des pays tels la France, l'Allemagne, l'Inde
et le Pakistan refusent d'envoyer des forces
en Iraq sous le commandement des forces d'occupation
américano-britanniques. Plus
encore, le représentant de la France auprès
du Conseil de sécurité a invité à adopter une
« vision plus profonde vis-à-vis de
la stratégie jusqu'alors suivie en Iraq ».
L'Allemagne pour sa part a réitéré son refus
d'envoyer des forces en Iraq. Quant à l'Inde,
elle a affiché son refus d'envoyer des forces
à moins que l'Onu soit l'essentielle responsable
de la gestion de la situation ! Des responsables
japonais déclarent de leur part que leurs plans
d'envoyer des forces pour contribuer à la reconstruction
« peuvent être ajournés ».
La Thaïlande pourrait de même annuler des plans
similaires et la Pologne réclame la diminution
des zones contrôlées par ses forces. Quant à
l'Australie, elle a ouvert une enquête officielle
concernant l'accusation du gouvernement de falsifier
des preuves pour justifier sa participation
à la guerre. De sa part, Rumsfeld avait déclaré
que Washington n'a pas de plans concernant l'envoi
de nouvelles forces en Iraq. Comment donc satisfaire
le besoin de nouvelles forces avec l'insistance
de Washington à ce que ces dernières ne soient
pas américaines ? Sans oublier que nombre
de ces pays se montrent réticents à cet
égard à cause de la dégradation continuelle
de la situation sécuritaire !
Reste
à dire qu'une nouvelle dégradation aussi significative
a fait son apparition sur la scène palestinienne.
Effectivement, l'attaque suicide du 19 août
dernier contre un autobus israélien s'est soldée
par la rupture des contacts entre le gouvernement
israélien et l'Autorité palestinienne. Cette
dernière, de sa part, a rompu ses contacts avec
les mouvements Hamas et Djihad
qui ont reconnu leur responsabilité de l'attaque.
Il s'agit donc d'un coup mortel porté à la Feuille
de route. La question qui se pose est donc la
suivante : Peut-on aboutir à un plan de
paix concernant la cause palestinienne avec
la dégradation de la situation sur la scène
iraqienne ?
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Des
résultats inverses
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| Par
Salama A. Salama
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| Les
deux explosions survenues à Bagdad et à Jérusalem
dévoilent que les vagues de violence dans les
deux foyers de conflit de la région représentent
désormais un type de chaos politique dépassant
les limites de la logique et même de l'intérêt
national. Mais au fond, elles dévoilent l'ampleur
de l'échec des politiques américaines. Elles
prédisent ainsi une étape obscure de désespoir
arabe général, de perte de confiance et d'incertitude
dans la détermination des objectifs. D'autre
part, ce phénomène dévoile la capacité d'Israël
à exploiter les lacunes que Washington laisse
intentionnellement pour son intérêt.
L'explosion
de Jérusalem, dont le Hamas et le Djihad
se sont vantés d'être à l'origine, prouve qu'ils
ont mal choisi le moment et mal estimé ses conséquences.
En effet, elle a donné à Israël un prétexte
pour agir à sa guise. Un prétexte rapidement
exploité pour assassiner le leader du Hamas,
Ismaïl Abou-Chanab. Il est évident qu'il continuera
à poursuivre d'autres dirigeants palestiniens
après avoir réoccupé les villes de Cisjordanie
et après être revenu sur l'exécution de ses
engagements contenus dans la prétendue feuille
de route.
D'autre
part, cette explosion ouvre la voie à des heurts
entre l'Autorité et les factions. C'est précisément
là l'objectif de Sharon et de l'Administration
américaine, qui veulent détruire l'infrastructure
des branches armées du Hamas et du Djihad.
Et cela bien que ces factions demeurent
le seul soutien et la seule garantie empêchant
le gouvernement d'Abou-Mazen de tomber sous
les prises des pressions israéliennes, américaines,
voire arabes.
La
trêve réalisée avec les factions palestiniennes
après des efforts acharnés de la part du gouvernement
d'Abou-Mazen et l'aide de l'Egypte afin de créer
des circonstances propices à l'exécution de
la feuille de route ont ainsi pris fin. C'était
vraisemblablement là l'objectif d'Israël. En
effet, il n'a pas reconnu cette trêve, mais
l'a considérée dès le départ comme un moyen
de pression pour liquider les factions palestiniennes.
De plus, il n'a pas arrêté d'assassiner les
leaders palestiniens et de violer toutes les
conditions posées pour l'exécution de la feuille
de route. Du reste, avant l'explosion de Jérusalem,
Israël avait assassiné 4 activistes, tergiversé
sur la libération des prisonniers palestiniens
et le retrait des villes palestiniennes, et
n'avait pas suspendu la construction des colonies.
Mais, en contrepartie de tout ça, l'Etat hébreu
a obtenu 9 milliards de dollars de crédits américains
pour la réforme de son économie, qui ont permis
de financer la construction de la « clôture
de sécurité » qui détermine les frontières
de l'Etat palestinien avant même qu'elles ne
soient discutées.
Qu'il
s'agisse des questions palestinienne ou iraqienne,
les politiques américaines mènent à des résultats
inverses de ceux recherchés, pour une raison
qui semble évidente : l'écart énorme entre
l'agenda américain affiché et le véritable agenda,
soigneusement masqué.
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