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Archéologie .
La récente arrestation
d'un membre de la mission archéologique française, dirigée
par Jean-Yves Empereur, avec 140 pièces d'antiquités
a suscité un vaste écho. Zahi Hawas, secrétaire général
du Conseil suprême des Antiquités (CSA) fait le point.
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La
mission d'Empereur ne sera pas mise en cause
pour la faute d'un de ses membres
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Al-Ahram
Hebdo : Qu'en est-il de ces pièces et d'où
proviennent-elles ?
Zahi Hawas : Juste
après l'arrestation du membre de la mission française,
un comité du CSA s'est dirigé vers Alexandrie pour trier
les entrepôts de la mission. Il s'est avéré que rien
ne manque. Toutes les pièces sont présentes
et sont en bon état de conservation. D'après les investigations,
il s'est avéré que les pièces trouvées avec le membre
de la mission ne proviennent pas des fouilles sous-marines,
mais il les avait achetées des antiquaires du quartier
d'Attarine. Il ne faut pas oublier que la vente des
antiquités était légale jusqu'à très récemment et elles
se vendaient partout jusqu'à la promulgation de la loi
de 1983 qui a interdit le commerce des antiquités.
— Cela implique-t-il des mesures contre la mission ?
— Bien sûr que non.
La mission française de Jean-Yves Empereur est l'une
des meilleures qui opèrent en Egypte. Elle fait un travail
scientifique de très haut niveau. Je ne peux pas punir
toute une mission pour la faute d'un seul membre. Mais
ce que je compte faire c'est tout simplement mettre
des mesures plus strictes pour les missions. Je vais
leur demander d'être plus prudentes en choisissant ses
collaborateurs et, en principe, de diminuer le nombre
des membres qui travaillent dans une seule mission.
— Le CSA avait déjà élaboré de nouvelles règles
concernant les missions de fouilles étrangères. Un premier
bilan peut-il être dressé ?
— C'est encore trop tôt
de pouvoir évaluer si les nouvelles règles adoptées
sont bonnes ou ont besoin d'être encore plus élaborées.
Ce qu'on essaye de faire c'est de protéger le patrimoine
qu'on possède mais malheureusement ce qu'on fait est
souvent mal interprété. Nous
ne sommes pas contre les missions étrangères qui opèrent
en Egypte comme le prétendent quelques-uns, au contraire
on est le seul pays où se trouvent 300 missions étrangères
qui fouillent. Un nombre
énorme. Les mesures prises ne sont contre personne,
mais c'est comme si on mettait de l'ordre à l'intérieur
de notre maison. On exige actuellement une publication
scientifique des travaux de la mission en trois langues :
anglais français et arabe, dans une période déterminée.
La restauration est essentielle, les missions sont obligées
de payer des salaires aux archéologues égyptiens qui
les accompagnent. Il faut être stricte pour pouvoir
bien gérer l'affaire. Il faut signaler qu'au cas où
les missions ne respectent pas nos règles, on compte
prendre des mesures sérieuses à leur égard qui peuvent
aller jusqu'à la suspension de leurs travaux.
— Est-il vrai qu'une directive du CSA interdit
de prendre des photos dans les tombes ?
— J'ai
catégoriquement interdit de photographier à l'intérieur
des tombes pour la simple raison de les préserver. Mais
en même temps, j'ai autorisé aux touristes de prendre
des photos gratuitement à l'intérieur des Pyramides
et dans les temples et les tombes dont les inscriptions
et images ne sont pas en couleurs. Mais il est catégoriquement
interdit d'utiliser le flash. Et pour les tombes où
il y a des couleurs, c'est interdit même contre paiement.
Pour compenser cela, il y a dans chaque site touristique
des centres d'accueil qui fournissent des diapositives
et des cartes postales de l'endroit. Il faut savoir
aussi que non seulement on a interdit de prendre des
photos à l'intérieur des tombes, mais aussi on a interdit
aux guides de faire leurs explications à l'intérieur
des hypogées comme dans les tombes de la Vallée des
rois par exemple. On va appliquer ce même système dans
les tombes de Saqqara et celles de Béni Hassan à Minya,
puisque ce sont les tombes les plus importantes d'Egypte.
Le guide n'a qu'à faire ses explications en dehors des
tombes. J'essaye
par cela de diminuer la période de la présence du touriste
à l'intérieur des tombes pour réduire le taux d'humidité
et éviter qu'ils touchent aux murs. Il faut prendre
des mesures sérieuses pour protéger nos monuments. A
mon avis, si on continue à traiter les monuments comme
c'est le cas actuellement, on risque de les perdre dans
50 ans.
Est-ce pour cela que vous avez fermé la tombe de Néfertari ?
— Néfertari c'est le
joyau du patrimoine égyptien. Sa tombe est une des plus
importantes. C'est trop de l'ouvrir à 300 visiteurs
par jour. En plus, on laissait parfois entrer plus que
ce nombre de personnes. On a décidé de la fermer il
y a six mois pour la préserver. Il faut bien comprendre
que le tourisme est l'ennemi de l'archéologie. Le surplus
de touristes détruit tout à fait l'archéologie. Notre
devoir est de faire l'équilibre entre les deux, mais
de préserver en premier les antiquités. Ce qu'on compte
faire, c'est de l'ouvrir sur commande, contre une grosse
somme, pour un groupe de visiteurs une ou deux fois
par mois pour ainsi compenser le manque de touristes
quotidiens. On l'a déjà annoncé aux agences de voyage.
— Votre site est le plateau de Guiza. Ce grand
site est-il définitivement sauvé de la menace d'urbanisation
du Caire ?
— On a déjà terminé
la construction d'un mur qui encercle tout le plateau
des Pyramides. Ce mur a comme but de protéger l'enceinte
des Pyramides de toute violation. C'est une façon d'organiser
les choses. Il sera catégoriquement interdit aux chevaux,
chameaux et charrettes de se trouver près des Pyramides.
En même temps, dans les mois à venir, on va commencer
à faire un centre d'accueil dans le côté sud et un lieu
sera consacré aux chevaux et aux chameaux. Là, il y
aura toutes les activités pour le visiteur. On pourra
ainsi cerner le plateau et organiser l'entrée dans le
site. Et en ce qui concerne l'urbanisation, il est actuellement
défendu de construire dans la région de Nazlet Al-Semmane
qui est tout près des Pyramides, mais malheureusement
il y a toujours des violations. Le CSA ne peut pas travailler
tout seul. Il doit y avoir une collaboration entre les
différents ministères pour pouvoir arrêter toute menace
d'urbanisation, et en fait, c'est ce qui manque à l'Egypte.
Chaque institution travaille à part.
— Une nouvelle exploration des conduits de la chambre
de la reine dans la pyramide de Khéops est-elle prévue ?
— Il y a trois portes
à l'intérieur de la pyramide dont deux se trouvent dans
le conduit sud. Il y a une porte à deux poignées en
cuivre et une qui en est dépourvue. Le conduit nord
a une porte à deux poignées en cuivre également. En
octobre prochain, nous allons escalader la pyramide
pour voir ces ouvertures et vérifier si elles ressortent
ou pas. Dans le cas où elles ressortiraient, elles auraient
une fonction symbolique. Mais je suis contre cet avis.
Pourquoi seule la pyramide de Khéops aurait-elle des
ouvertures symboliques ? Les
autres n'en n'ont pas. J'estime que Khéops et son architecte
ont convenu de cacher la chambre funéraire quelque part.
Ils ont laissé une ouverture à l'intérieur de la pyramide.
A la mort de Khéops, il fut inhumé avec le sarcophage
et les objets funéraires. La chambre funéraire fut fermée
par un mur et liée par un conduit pour que l'architecte
sache l'endroit de cette chambre. L'année prochaine,
et plus précisément fin 2004 après avoir fait toutes
les études nécessaires, nous allons introduire un nouveau
robot pour explorer ce qui se trouve derrière le mur.
— Quels sont vos prochains grands chantiers ?
— Je continue toujours
à travailler dans l'oasis de Bahariya dans le site de
la Vallée des momies en or. Mais j'ai décidé d'arrêter
les fouilles. On a déjà découvert 234 momies, ce qui
est suffisant pour le moment. Je sais qu'on peut découvrir
plus, mais je préfère laisser les découvertes aux générations
qui suivent. Je prends pour tâche alors de restaurer
ces momies. Si je continue à découvrir des momies, où
est-ce que je vais les placer ? On compte faire
un musée sur place pour que les visiteurs puissent voir
ces momies. A part cela, et toujours à Bahariya, je
continue à dans la région d'Al-Bawiti qui est l'un des
sites les plus riches de toute l'oasis, j'ai déjà découvert
trois tombes, à savoir celles du gouverneur de l'oasis,
Ged Khensou Iouf Ankh, sa femme Nassa et une troisième
encore inconnue. Octobre prochain, il y aura une déclaration
d'une nouvelle grande découverte. |
Propos
recueillis par
Hala Fares |
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