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Mariage . Unique en son genre, l'Institut Saint-Joseph de la famille et de la vie enseigne aux jeunes promis catholiques comment fonder un foyer. Six cours pour s'initier aux règles de l'amour, de la famille et de la vie. Indispensable pour obtenir l'autorisation de se marier. Reportage.
Leçons d'amour

La sérénité habituelle du Patriarcat copte catholique, situé dans le quartier de Hadayeq Al-Qobba, est légèrement troublée ce vendredi matin. Environ 120 couples se relaient dans la paroisse qui s'est transformée pour la journée en centre éducatif. Des cours d'initiation au mariage sont en effet dispensés à l'institut de Saint-Joseph de la famille et de la vie, au sein même de l'église. Unique en son genre au Caire, ce centre, créé en 1994, permet aux jeunes promis catholiques d'apprendre le b.a.-ba des relations conjugales, et à d'autres jeunes, pas encore en passe de se marier, de suivre cet enseignement à titre facultatif.

Des experts, des prêtres et des professeurs d'université dans différentes spécialités ont été sollicités pour venir en aide aux jeunes promis qui ignorent l'importance d'une telle union. Dans le centre, l'ambiance est euphorique, des couples des quatre coins de la capitale, de différents âges et catégories sociales, sont venus suivre ces cours. Contrairement à la pensée orientale traditionnelle, qui estime qu'une liaison entre un homme et une femme n'a pas besoin d'initiation, pour les responsables de l'institut, les couples ont réellement besoin de cet apprentissage. En les armant de notions sur la sexualité et la vie de couple, cela permet d'éviter bien des problèmes dans la future relation conjugale.

« C'est pendant la conférence sur la population en 1994 que nous avons constaté les problèmes auxquelles se heurtaient les familles égyptiennes. Il était impératif d'éduquer les nouveaux mariés et les jeunes couples sur le point de se marier », explique Mounir Farag, fondateur du l'institut, et l'un des responsables du ministère de la Santé. Des éléments de psychologie, de sociologie, de sexologie, ainsi que des conseils sur le planning familial et des cours sur les lois du mariage religieux et civil sont donnés. Et toutes les questions sont permises.

La séance commence par une messe, une manière d'unir spirituellement les jeunes promis, qui tiennent une seule Bible entre leurs deux mains. Des chaises collées les unes aux autres remplissent la grande salle bien aérée par des ventilateurs et éclairée de grandes fenêtres, et qui peut accueillir environ 160 couples. Un tableau, un vidéo-projecteur et un poste cassette sont à disposition pour diffuser des différents documentaires éducatifs.

C'est la fin de la messe, les couples se précipitent pour communier avant que ne commence la leçon du jour et la dernière pour ce groupe qui a déjà suivi 5 autres. Des cours qui durent quatre mois, de mai à août. Aujourd'hui, le programme est bien rempli. Un cours de droit sur le mariage religieux et civil, des notions sur les secrets de la relation de couple, une leçon de sexologie et aussi une révision de la méthode Ogino (méthode de contraception qui consiste à l'abstinence sexuelle pendant la période à risque).

Avant de commencer, on s'assure que les partenaires sont bien présents. « Les deux doivent participer aux cours. Ils n'ont droit qu'à deux absences. Aussi, des contrôles sont faits de temps à autre pour s'assurer que toutes les séances sont assimilées », explique Mounir Farag.

Le cours commence ainsi que les débats acharnés. Et les questions pleuvent rapidement. Hani murmure à sa fiancée qu'il faut bien réfléchir pour ne pas se leurrer face aux lois strictes de l'église. Celui qui trompe ou dissimule un problème, tel que l'impuissance, est appelé à rompre sa liaison.

Selon un des responsables, il arrive parfois qu'un couple se chamaille, puis quitte la séance et ne revienne plus aux cours. « L'incompatibilité de caractère finit par apparaître et c'est la rupture entre les deux jeunes », souligne Mounir, en ajoutant que c'est souvent une bonne chose, car il est plus facile de rompre des fiançailles que de demander le divorce, surtout que l'église catholique est la plus sévère dans ce domaine. Il confie que depuis la fondation de l'institut, 3 couples seulement ont demandé de rompre leur liaison.


Discussions acharnées

Dès que l'évêque Josef Sarraf a terminé sa leçon sur les lois qui interdisent l'union d'un couple, une pause est décrétée pour prendre le petit déjeuner. En dehors de la salle, chaque couple choisit un endroit paisible pour discuter. Mervat, 23 ans, surveillante dans une école à Ezbet Al-Nakhl, confie avoir eu pour la première fois, depuis plusieurs mois, de longues discussions avec son fiancé grâce aux débats durant les cours. « Auparavant, nous n'échangions que les propos ordinaires. Bref, on parlait de la pluie et du beau temps. A présent, on aborde différents sujets et on n'arrête pas de débattre des questions relatives à notre relation de couple », confie Mervat, qui ajoute que depuis, son fiancée ose aborder avec elle tous les thèmes sensibles y compris ceux qui ont rapport à la sexualité.

Le cours de sexologie est le plus sensible, beaucoup de jeunes filles ont été surprises, voire choquées par la manière crue avec laquelle les professeurs expliquaient les notions ayant rapport à l'intimité du couple. Au cours des premières séances, Névine, rouge de honte, n'osait plus regarder son fiancé dans les yeux. Elle est même partie dire à sa maman que l'on manquait de pudeur pendant ces cours. Avec le temps, elle a fini par comprendre l'importance de cet enseignement.

C'est aussi le cas d'Imane, 18 ans, peu instruite et issue d'un milieu populaire. Cette dernière, qui considérait les sujets relatifs au sexe comme un tabou, voit aujourd'hui les choses autrement. Elle se permet d'expliquer aux autres la méthode Ogino en véritable experte. « Ils nous ont expliqué l'importance de la nuit de noces sur la future relation d'un couple. Si tout se passe bien et que les partenaires s'entendent bien psychologiquement et physiquement, ils mèneront sûrement une vie harmonieuse sinon il faut s'attendre à des situations compliquées », explique Imane.

Apprendre à aimer et à respecter son partenaire, à résoudre les problèmes conjugaux sans l'intervention des parents, à avoir un rapport sexuel qui satisfait les deux partenaires, donnant à chacun son droit et son plaisir, tout est dit dans cet enseignement qui revient à 130 L.E., qu'il est possible de payer à crédit.

Un programme riche et qui subit des changements avec le temps. « Nous évaluons le niveau des couples, tenons compte des critiques et faisons des études pour ajouter ou moderniser le programme selon les besoins des couples », explique Mervat, l'une des responsables. Une étude réalisée par l'institut l'année dernière, et portant sur les difficultés rencontrées par 600 couples, indique que les problèmes concernant la sexualité représentent 25 % des problèmes de ceux-ci, en raison du manque de communication à ce sujet au sein des couples. Quant à l'incompatibilité de caractère, elle représente 23 % des problèmes, et ceux dus à l'ingérence des parents s'élèvent à 20 %. Les difficultés économiques occupent le taux le plus faible, avec 6 %.


Les hommes rappelés à l'ordre

S'ajoute à cela la mentalité de l'homme oriental qui entrave souvent la bonne relation de couple. L'exemple de ce jeune fiancé qui pendant le cours a voulu montrer au prêtre son discernement sur la question du mariage, il a lancé : « Il faut un seul maître à bord », insinuant par là que sa femme n'avait pas le droit de citer dans les décisions importantes. Le prêtre lui a répondu qu'un pilote ne peut se passer de son copilote, et ceci pour lui montrer l'importance de consulter sa partenaire. Une réponse qui a réjoui sa fiancée. « L'homme oriental a besoin de temps en temps d'entendre de telles répliques pour limiter son égoïsme », admet la fille. Que l'on vive ensemble ou loin l'un de l'autre, cela n'empêche pas que des débats et parfois des querelles éclatent. C'est le cas de Dina, dentiste, dont le fiancé travaille aux Emirats. Le couple ne cesse de débattre de différents sujets à travers Internet.« Il n'a pas la chance d'assister avec moi aux cours, il se contente seulement de quelques leçons à titre privé que lui enseigne un des évêques là bas », explique Dina.

Ces notions sur le mariage semblent avoir été fructueuses aux couples qui pour la plupart s'apprêtent à se marier prochainement. Et pour terminer, le prêtre aborde le jour de la cérémonie et demande aux couples de ne pas trop attacher d'importance aux apparences. « Comme vous prenez tant de soin pour choisir la robe de la mariée, les bonbonnières et autres accessoires, il ne faut pas oublier aussi d'inviter Dieu à votre union pour vous bénir », conclut le prêtre Assanassious Béchara.

Avant même d'avoir annoncé la fin du cours, Mounir se trouve encerclé par plusieurs couples qui lui réclament les formulaires de mariage. « Nous voulons nous marier le plus vite possible », lance à haute voix un jeune. Mounir essaye de les calmer en expliquant que chaque couple aura ce certificat jaune qui leur permettra de se marier.

Et pour répondre aux différentes questions que peuvent poser les jeunes couples timides et qui n'osent pas le faire en public, ils peuvent rencontrer les enseignants à titre privé pendant un mois et ainsi recevoir un certificat de couleur bleue. « N'oubliez pas d'accrocher ce certificat chez vous pour vous rappeler tous les conseils donnés pendant ce cursus », conseille Mounir en ajoutant que l'Institut ne fermera jamais ses portes, et qu'il est prêt à accueillir tous les jeunes même après le mariage.

« Il ne faut jamais perdre espoir. Il faut s'entendre et s'aimer pour vivre en harmonie. Une union qui sera bénie par l'amour de Dieu », tel a été le dernier conseil. Et tandis que les responsables discutent des préparatifs de la prochaine session qui débutera au mois d'octobre et durera six mois, le bureau s'est transformé en une véritable ruche, car un flux des couples sont venus réclamer leurs certificats. Ces derniers vont bientôt convoler en juste noces. Et tenter de mettre en application toutes les informations qu'ils viennent d'acquérir.

Doaa Khalifa
Névine Lameï

 

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