Tentative
d'attentat contre l'un des quatre plus hauts dignitaires
chiites dans la ville sainte de Najaf ayant fait
trois morts (deux gardes du corps et un chauffeur),
affrontements entre Kurdes et Turcomans dans la
région de Kirkouk ayant fait 13 morts, poursuite
des attaques anti-américaines et anti-britanniques.
La situation en Iraq va de mal en pis. Cette semaine
en effet, l'insécurité a pris de nouvelles proportions,
notamment après l'attentat qui a visé mardi 19
août le siège de l'Onu a Bagdad et qui a fait
23 morts. Déjà en mal de sécurité, les forces
américaines se trouvent dans un piètre état, incapables
d'assurer la sécurité de leur GI's, de
contrôler le pays qu'elles occupent et de mettre
la main sur Saddam Hussein, plus de quatre mois
après la chute de son régime.
Lors
des funérailles des trois employés du grand ayatollah
Mohammad Saïd Al-Hakim tués dimanche lors de l'attaque
de Najaf, auxquelles des milliers de chiites ont
participé, les dirigeants chiites ont imputé la
responsabilité de l'insécurité aux forces américaines.
Ammar
Abdel-Aziz Al-Hakim, fils du représentant de l'Assemblée
suprême pour la révolution islamique en Iraq (Asrii)
au Conseil de gouvernement transitoire, a ainsi
déclaré : « Les forces de la coalition
portent l'entière responsabilité de ce qui s'est
passé car elles essayent d'apporter la paix par
les chars au lieu de compter sur les forces honorables
en Iraq », allusion faite à la Hawza,
la plus haute autorité religieuse chiite.
De
son côté, l'administrateur américain en Iraq,
Paul Bremer, mettait en garde contre l'infiltration
de terroristes dans le pays. Une façon d'expliquer
la multiplication des attentats ces derniers jours.
Les Américains se trouvent en effet dans de beaux
draps. Bremer a ainsi concédé que, en plus de
l'infiltration de ces « terroristes venus
de l'étranger », les Américains devaient
se battre sur deux autres fronts en Iraq :
les attaques, quasi quotidiennes, contre la coalition
américano-britannique et celles contre les infrastructures
du pays.
Pour
ce qui est de la première catégorie, Bremer a
indiqué que ces attaques « sont confinées
dans une toute petite zone en Iraq et émanent
d'un petit groupe de partisans de l'ancien régime
(de Saddam Hussein) ». Le deuxième niveau
d'insécurité vient selon lui des « attaques
contre les infrastructures, surtout les oléoducs
et conduites d'eau ».
Face
à la montée de l'insécurité, et alors que les
attaques quasi quotidiennes contre les forces
en Iraq ont tué au moins 64 Américains depuis
le 1er mai, l'administrateur civil américain a,
avec le chef d'état-major interarmes, le général
Richard Myers, appelé à l'enrôlement de plus d'Iraqiens
à des postes de sécurité. « Nous avons
maintenant près de 60 000 Iraqiens au sein
des forces de police, de la nouvelle armée iraqienne,
de la force de défense civile », a dit
Bremer. Myers, lui, a estimé qu'il était « important
de donner une couleur iraqienne à cette situation.
Plus les Iraqiens peuvent faire pour s'aider eux-mêmes,
le mieux ce sera pour nous », a-t-il
déclaré sur la chaîne de télévision CBS.
Alors
que quelque 147 000 Américains sont déjà
déployés en Iraq, le général a admis que les forces
américaines étaient « plutôt maigres »
mais qu'il y avait moyen d'envoyer des renforts
si cela était nécessaire.
L'Administration
Bush a d'ailleurs appelé ces derniers jours la
communauté internationale à envoyer plus de troupes
en Iraq tout en rappelant qu'elle comptait conserver
l'autorité sur le pays. Mais sur ce point, les
Etats-Unis ne pourront pas compter sur un renfort
de troupes allemandes, puisque Berlin a indiqué
qu'elle n'entendait pas envoyer de troupes en
Iraq, où il revient selon elle à la coalition
américano-britannique de garantir l'ordre. Et
le premier ministre australien, John Howard, a
démenti lundi des informations selon lesquelles
son pays ferait l'objet de pressions de la part
des Etats-Unis pour l'envoi d'un nouveau contingent
de militaires en Iraq, indiquant que Camberra
ne serait de toute façon pas en mesure de le faire. |
Face
à cette insécurité croissante, le Comité International
de la Croix-Rouge (CICR) décidait de réduire de
près de la moitié de son personnel expatrié, à
la suite d'une série de mises en garde la présentant
comme une cible probable, notamment après l'attaque
qui a visé le siège des Nations-Unies. L'organisation
a trouvé de nouveaux locaux à Bagdad et une partie
du personnel onusien a repris le travail samedi
dans des conditions précaires au Canal Hotel,
quartier général des Nations-Unies dévasté mardi
par un attentat suicide. Le secrétaire général
de l'Onu, Kofi Annan, a annoncé vendredi son intention
de confirmer Ramiro Lopes da Silva comme son représentant
spécial en Iraq par intérim après la mort de Sergio
Vieira de Mello, décédé dans l'attentat. Da Silva
a en outre confirmé que l'Onu allait réduire sa
présence à Bagdad à 200 expatriés contre plus
de 300 avant l'attentat.
Par
ailleurs, une commission d'enquête est arrivée
dimanche de New York pour examiner comment l'attaque
contre l'hôtel Canal a été rendue possible.
Elle est composée d'une dizaine de membre des
services de sécurité des Nations-Unies (UNSECORD)
et doit examiner le système de sécurité avant
l'attentat et en mettre au point un nouveau.
Pour
ce qui est des auteurs de l'attentat, plusieurs
revendications par différentes parties risquent
de brouiller les cartes. La plus récente est celle
diffusée dimanche sur un site internet islamiste.
Il s'agit d'un communiqué d'un groupe lié à Al-Qaëda.
Dans le communiqué, daté du 19 août, dont on ne
peut établir l'authenticité, les Brigades du martyr
Abou-Hafs Al-Masri, écrivent : « L'attaque
en Iraq a infligé une leçon aux Etats-Unis »
et à l'Onu qui n'est qu'« une branche
de leur département d'Etat ». Tout en
appelant au djihad, le communiqué avertit que
« l'hiver prochain sera rempli (d'actes)
de vengeance contre les ennemis de l'islam ».
L'attentat contre l'Onu avait déjà été revendiqué
par un nouveau groupe clandestin iraqien, « l'Armée
de Mahomet », dans une cassette vidéo
diffusée samedi par une télévision libanaise,
LBCI. Alors qu'une première revendication
avait été diffusée jeudi dernier par la chaîne
satellitaire Al-Arabiya au nom d'un autre
groupe inconnu jusque-là, l'Avant-garde de
la deuxième armée de Mahomet.
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