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Economie . Le représentant permanent du Fonds monétaire international en Egypte, Nadeem ul Haque, livre un regard plutôt optimiste sur l'économie égyptienne.
« A mes yeux, l'Egypte n'est pas vraiment en crise »
Al-Ahram Hebdo : Quatre ans de récession étouffante, des prix à la hausse, des dépenses publiques qui explosent ... On a l'impression que l'économie égyptienne est au bord de l'effondrement ...

Nadeem ul Haque : Il ne me semble pas que l'économie égyptienne traverse actuellement une crise majeure. Regardons les indicateurs : vous avez réalisé un taux de croissance positif de 3 %. De nombreux pays aimeraient avoir un taux équivalent. Le taux d'inflation reste modéré, autour de 5 %. C'est vrai que la dette publique est en hausse, mais elle reste contrôlable. A mes yeux, ce n'est vraiment pas une crise. L'Egypte est loin de devenir l'Argentine.

— Mais cela n'empêche pas les Egyptiens de se plaindre de la baisse de leur pouvoir d'achat. Le taux d'inflation affiché semble loin de la réalité.

— La hausse des prix n'est pas aussi considérable que le prétendent les Egyptiens, le prix des biens de première nécessité n'a que peu évolué. C'est la classe moyenne qui est la plus touchée par cette augmentation des prix, car elle dépend plus des produits importés. En plus, la Banque Centrale fait un bon travail pour freiner la hausse des prix, en menant une politique monétaire qui vise à absorber les liquidités du marché. Pour ce qui est de l'inflation, ce n'est pas encore une source d'inquiétude. L'Egypte n'a pas atteint le taux des 20 %, comme c'était le cas dans les années 1980.

— Le FMI ne semble pas inquiet de la dette publique qui a explosé durant les années de récession. Comment interprétez-vous cette tolérance ?

— C'est vrai, le FMI est devenu plus arrangeant vis-à-vis des déficits budgétaires. L'expérience nous a appris à accepter un rôle plus important de l'Etat. En Egypte, en période de récession, c'est logique que le gouvernement ait davantage recours à l'endettement. Cependant, il faut toujours garder un œil sur la capacité d'un pays à rembourser cette dette sans nuire à son économie sur le long terme. Il faut tout le temps analyser la manière dont l'endettement peut affecter le marché, pour pouvoir remédier à ses effets négatifs. De même, lorsque l'économie retrouve un certain dynamisme, il faut garder à l'esprit que la courbe des dépenses est irréversible, c'est-à-dire qu'il est très difficile de diminuer les dépenses publiques.

— Comment réussir à contrôler le déficit budgétaire ?

— La situation actuelle n'est pas risquée. Le déficit doit être proportionnel à la valeur du Produit Intérieur Brut (PIB). Le ratio est à peu près de 50 % actuellement. Il suffit donc d'augmenter le PIB pour ne pas accentuer le problème. Par exemple, quand quelqu'un veut acheter une bague en diamant, dont le coût est largement supérieur à ses capacités financières, il dira : « Ne t'en fais pas, j'arriverai à couvrir mes dépenses ». Quelques mois plus tard, la personne change de travail, son salaire double, sa dette est donc plus facile à rembourser. Quand on évoque la dette d'un pays et non celle d'un particulier, c'est la croissance qui est le remède. En réalisant un taux de croissance plus élevé, tous les problèmes se résolvent au fil du temps. L'accent doit être mis sur la croissance, à un taux de 7-8 % sur une assez longue durée, disons sur une vingtaine d'années.

— Mais comment sortir de la récession actuelle pour retrouver le chemin de la croissance ?

— L'Egypte dépend de l'économie mondiale, nous ne pouvons donc pas nier l'impact de la récession globale. Maintenant que nous voyons la croissance mondiale reprendre, il y a des chances que l'Egypte suive le mouvement. Nous prévoyons donc une reprise de l'économie égyptienne ces 3 prochaines années. Mais la croissance mondiale n'est qu'un catalyseur, elle ne peut à elle seule assurer à l’Egypte une croissance soutenue. Il n'existe qu'un seul chemin pour réaliser cet objectif : un ensemble de réformes comme celles mises en œuvre dans les années 1992-93, quand l'Egypte a mené un programme de libéralisation réussi, qui a entraîné une période de croissance. Les réformes doivent notamment s'attaquer au système douanier, au secteur bancaire, et entamer une nouvelle vague de privatisations. Si ces réformes sont adoptées parallèlement à la reprise de l'économie mondiale, le pays sera propulsé par la croissance. Cela est arrivé au Chili, au Mexique, en Inde ... Alors, pourquoi pas en Egypte ?

— Quel regard portez-vous sur la libération du système de change mise en œuvre depuis six mois ?

— C'était une très bonne décision. Le gouvernement a bien géré la période qui a suivi la décision. Après avoir laissé flotter la livre égyptienne, les gens ont besoin de temps afin de s'adapter au nouveau système.

— Mais le marché noir n'a pas disparu, et le cours du dollar ne cesse de grimper ...

— Je vois les choses d'une manière différente. L'écart entre les cours du marché officiel et ceux du marché parallèle ne cesse de se réduire. Le marché parallèle ne doit pas forcément disparaître, il y a beaucoup d'exemples de pays où les deux marchés coexistent. Et partout, il y a deux cours. A Paris, on trouve des cours plus élevés dans les bureaux de change que dans les banques, sans que cela ne pose problème. Mais en Egypte, à chaque fois que le cours a été modifié, le marché officiel parvient à réduire l'écart avec les cours du marché noir, afin d'attirer plus de gens vers le marché officiel.

— La variation permanente des cours du dollar donne un sentiment d'instabilité. Les gens perdent confiance en leur monnaie nationale. Comment peut-on inverser cette tendance ?

— C'est le jeu de la croissance. Quand la croissance est bonne, la dévaluation s'arrête, et cela encourage les gens à investir davantage. Et si cela se produit rapidement en Egypte, le cycle de croissance sera porté par une conjoncture mondiale favorable. Les indicateurs s'améliorent, comme le montrent les chiffres de la consommation aux Etats-Unis et même en Europe, comme en Allemagne par exemple.

Plusieurs facteurs — extérieurs et intérieurs — s'entremêlent donc pour assurer une meilleure croissance : la reprise du tourisme, de l'économie mondiale, ou encore les réformes du secteur financier. Chacun de ces développements pourrait ouvrir de nouveaux horizons d'investissement.

— Avez-vous un dernier conseil à donner aux autorités égyptiennes ?

— Je conseille à l'Egypte, comme à mon propre pays, le Pakistan, de suivre l'exemple de Doubaï. C'est intéressant de voir comment ce petit émirat a réussi à créer un gouvernement cohérent et un système économique où le secteur privé jouit d'une liberté extrême, apte à attirer beaucoup d'investisseurs étrangers.

Propos recueillis par Salma Hussein

 

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