| Al-Ahram
Hebdo : Y a-t-il une contradiction entre
les objectifs de l'Autorité palestinienne d'une
part, et ceux du Hamas et du Djihad
de l'autre ?
Mohamad
Sobeih : Il n'y a qu'un seul projet au sein
de la société palestinienne, c'est celui de l'indépendance
de la Palestine. Un objectif qui réunit tous les
partis, les organisations et l'Autorité en Palestine.
Mais ce de quoi nous discutons continuellement,
c'est la manière de faire face à l'occupation.
Il existe ceux qui pensent que pour lutter contre
l'occupation on doit faire appel à la résistance
armée. Certains pensent que les Israéliens n’ont
pas l'intention d'accepter n'importe quelle initiative
de paix. D'ailleurs, ceci a été prouvé ces derniers
temps, lorsque les Palestiniens sont parvenus
à la trêve. Des efforts immenses ont été déployés
de la part des factions. De longues négociations
ont été menées avec la participation et la médiation
internationale et arabe. D'ailleurs, il est sûr
qu'au lieu de satisfaire les Israéliens, la trêve
les a dérangés. La preuve en est qu'ils ont tout
fait pour la détruire. Pour constater cela, on
n'a qu'à rappeler les déclarations de responsables
qui ont dit que la trêve ne voulait rien dire
pour Israël. Et ceci a été prouvé sur le terrain,
lorsque durant la trêve, les Israéliens ont assassiné
23 Palestiniens. Ils n'ont pas arrêté, non plus,
les incursions dans les villes palestiniennes,
l'attaque des lieux sacrés, notamment Jérusalem-Est.
Les Israéliens n'ont pas non plus mis fin au blocus
imposé aux dirigeants palestiniens et ont poursuivi
les activités de colonisation. Et ils ont également
triché sur la question des prisonniers. Bref,
les Israéliens n'ont rien fait pour signaler à
la société palestinienne qu'ils avaient l'intention
d'accepter la trêve ou qu’ils étaient disposés
à commencer des négociations. Par ailleurs, ils
ont également exercé des pressions énormes sur
l'Autorité palestinienne dans le but de nous entraîner
dans une guerre civile. Ils ne voulaient pas mettre
en place la feuille de route. C'est pour cette
raison qu'ils ont poursuivi la politique d'assassinats
ciblés. Ainsi, ils ont été satisfaits lorsqu'ils
ont tué le martyr Mohamad Sedr, parce que cette
attaque a provoqué une riposte. Par la suite,
il y a eu l'assassinat des dirigeants du Hamas
à Naplouse, qui a également provoqué une riposte.
Et dernièrement, il y a eu la mort de l'ingénieur
Ismaïl Abou-Chanab, qui était un des dirigeants
les plus modérés, calme et équilibré, du Hamas.
C'est pour cela qu'on parle maintenant de la fin
de la trêve et de la mort de la feuille de route.
— Mais
n'y aurait-il pas en ce moment deux positions
différentes, celle de Mahmoud Abbass Abou-Mazen
et celle d'Arafat ?
— Non,
ceci n'est pas vrai. Les prises de position du
président Arafat et d'Abou-Mazen répondent aux
décisions prises par l'ensemble du Quartette qui
a mis en place la feuille de route. C'est pour
cette raison que je dis que la position palestinienne
est unifiée. Mais par contre, à la lumière des
nouveaux événements, notamment la rupture de la
trêve par Israël, la situation exige une nouvelle
approche. Cette crise dans laquelle nous nous
trouvons est extrêmement difficile et complexe
et demandera de notre part de grands efforts et
beaucoup d'adresse. L'Autorité est en train de
travailler de manière intense avec la collaboration
des nos frères égyptiens pour tenter d'éviter
une détérioration encore plus grande, voire une
explosion.
Maintenant,
l'Autorité palestinienne lance un appel désespéré
aux Etats-Unis, une demande faite déjà à maintes
reprises par Kofi Annan d'envoi de forces internationales
pour éviter une détérioration dangereuse. Ceci
d'autant plus qu’Israël poursuit sa politique
intransigeante.
— Sur
le terrain, comment l'Autorité palestinienne compte-t-elle
traiter la situation ? Est-elle prête à mener
une politique dure contre le Hamas et le
Djihad ?
— Ceci
aurait été possible la semaine dernière après
l'attaque menée à Jérusalem. Mais avec l'assassinat
d’Ismaïl Abou-Chanab, la situation a complètement
changé. Israël a condamné toutes les démarches
que nous aurions pu suivre en tuant Abou-Chanab
et les autres martyrs. C'est pour cette raison
que la situation demande une nouvelle évaluation
et une nouvelle approche. Nous avons également
des nouvelles approches dans les interventions
arabes et internationales. C'est pour cette raison
que nous répétons notre demande de forces internationales,
pour laquelle nous avons déjà l'accord de l’Union
européenne, de la Ligue arabe, des pays scandinaves,
du pape, etc., pour nous aider à contrôler la
situation.
De
notre côté, au sein de l'Autorité, nous poursuivons
notre politique de dialogue interpalestinien.
De même que nous faisons tout pour inclure des
parties arabes et étrangères pour nous aider à
contrôler cette situation si dangereuse.
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