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Palestine-Israël . La trêve est résolument rompue avec la détermination des mouvements radicaux de poursuivre la résistance armée, tandis qu'Israël semble décidé à aller plus loin dans sa répression. La situation s'achemine inexorablement vers une nouvelle escalade.
Le pire est à venir

Gaza,
De notre correspondant —

Le quotidien israélien Maariv a publié vendredi dernier sur ses pages un jeu de cartes avec noms et images de 34 personnalités palestiniennes présentées par Israël comme étant les « dirigeants du terrorisme ». En tête de liste le président palestinien Yasser Arafat, le cheikh Ahmad Yassine, fondateur du Hamas, et Hassan Nassrallah, dirigeant du Hezbollah libanais. Un jeu de cartes qui ressemble à celui établi par les Etats-Unis à la suite de l'invasion de l'Iraq avec les personnalités de l'ancien régime demandées par les Américains. Maariv n'a pas précisé si ces personnalités doivent être arrêtées ou liquidées physiquement. Mais il est évident que, du point de vue des services de sécurité israéliens, il s'agit de personnalités qui représentent un danger pour Israël et qu'il faudrait mener une action quelconque à leur égard. Les responsables du mouvement islamiste Hamas prennent au sérieux les menaces israéliennes. Après l'assassinat d'Ismaïl Abou-Chanab, haut dirigeant politique du Hamas, et deux de ses gardes du corps jeudi dernier dans un raid aérien israélien à Gaza, l'organisation a décidé de créer un nouveau commandement qui prendrait la relève si les hauts cadres du mouvement étaient éliminés par Israël.

La tension est à son paroxysme dans la rue palestinienne après cet attentat. Les dirigeants du Hamas demandent une riposte douloureuse à l'encontre de l'Etat hébreu. Le gouvernement israélien, de son côté, menace de recourir à d'autres assassinats. Quant à l'Autorité palestinienne, elle semble se trouver entre le marteau et l'enclume. D'un côté, c'est le bouillonnement au sein du Hamas. D'un autre, ce sont les pressions d'Israël et des Etats-Unis pour mettre fin aux opérations des fedayins, voire pour démanteler purement et simplement les organisations radicales. Le président américain George W. Bush a poussé l'Autorité palestinienne, mercredi, à démanteler les groupes radicaux Hamas et Djihad islamique. « Il faut faire plus, l'Autorité palestinienne doit agir pour démanteler les organisations terroristes », a dit le porte-parole de la présidence américaine, Scott McClellan. « On ne peut pas se contenter de les laisser exister », a-t-il ajouté. Le plus surprenant est que le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui avait déclaré à plus d'une reprise que le président Arafat n'avait la moindre qualification et qu'il avait trahi les espérances du peuple palestinien, en appelle à présent au vieux lion pour qu'il réprime la résistance palestinienne. C'est comme s'il s'était souvenu soudainement qu'Arafat tenait toujours des cartes maîtresses en main et que sans lui on ne pouvait mettre fin au cycle sanguinaire de violence entre les Palestiniens et les Israéliens.

Trois des principales branches militaires de la résistance ont annoncé qu'elles rompaient la trêve proclamée unilatéralement le 29 juin dernier et pour une durée de trois mois. Il s'agit des brigades des martyrs Ezzeddine Al-Qassam, la branche armée du Hamas, des brigades des martyrs d’Al-Aqsa (du Fatah) et des régiments d'Al-Qods, du Djihad. Avec la fin de la trêve qui a assuré un calme relatif à Israël, inconnu depuis le début de la deuxième Intifada le 28 septembre 2000 (lire chronologie), le conflit palestino-israélien a abordé une nouvelle phase. Celle-ci serait même plus cruelle et plus sanglante que les étapes qui l'ont précédée. Avant l'assassinat d'Abou-Chanab, un kamikaze palestinien avait provoqué le mort de 20 israéliens et fait 130 blessés lorsqu'il s'est fait exploser dans un bus de Jérusalem. Si cette opération a servi d'alibi pour Israël pour assassiner ce dirigeant du Hamas, pour cette frange de la résistance, elle était une riposte à l'assassinat par les forces israéliennes d'Abdallah Al-Qawassmeh, commandant des brigades d’Al-Qassam, de Mohamad Sedr, commandant des brigades d'Al-Qods, et à d'autres attentats qui ont fait 22 martyrs du côté palestinien. Il y a eu 40 violations israéliennes de la trêve selon les Palestiniens.


Trêve rompue : Israël en accusation

Selon le cheikh Ahmad Yassine, Israël a franchi toutes les lignes rouges lorsque ses appareils ont mené l'attentat contre Abou-Chanab. Dans une déclaration à Al-Ahram Hebdo, lors des funérailles de ce chef du Hamas, auxquelles ont participé 100 000 Palestiniens à Gaza, vendredi dernier, il affirme : « Israël payera le prix fort pour ce crime qui ne passera pas sans châtiment ». Et d'ajouter : « Les missiles ont tué Abou-Chanab, la trêve avec. C'est Sharon et son gouvernement qui en assument la responsabilité et pas nous ». Abdel-Aziz Al-Rantissi, un cadre du Hamas, tout en prenant au sérieux les menaces israéliennes de « mener une opération d'enfer pour écraser les Palestiniens », considère qu'elles constituent une rengaine que les Palestiniens ont souvent entendue. Pour lui, elle n'a qu'un seul sens. Israël ne veut pas la paix. « Celle-ci doit se concrétiser par des actes concrets, dont l'établissement d'un Etat palestinien, et il refuse d'emblée cet Etat qui limite ses convoitises d'expansion et menace son avenir en Palestine ».

La question qui se pose est de savoir comment les Palestiniens peuvent affronter l'agression continuelle contre eux, leurs cadres, leurs lieux sacrés et leur terre ? Al-Rantissi n'est pas de l'avis selon lequel il faudrait arrêter l’Intifada armée afin d'éviter de tomber dans le piège de Sharon et pouvoir obliger Israël à cheminer sur la voie de la paix. Pour lui, il s'agit de « capitulation », surtout avec la poursuite par Israël des agressions. « Lorsque la résistance a suspendu ses opérations militaires, Israël a en revanche accentué ses opérations d'assassinats, de blocus et d'arrestation. Le seul choix qui reste aux Palestiniens est donc la résistance ».

De son côté, Gamil Magdalawi, membre du bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), la deuxième faction au sein de l'OLP, a assuré qu'Abou-Chanab était un symbole de la résistance et du mouvement national palestinien en tant que tel. Il œuvrait en vue de réorganiser « la maison palestinienne et renforcer l'unité nationale ». Magdalawi a ajouté que « la trêve n'a pas été contraignante pour Israël, même pour une heure. Tel-Aviv ne s'est engagé en rien en contrepartie de cette trêve et a considéré qu'il s'agissait d'un engagement palestino-palestinien qui ne le concernait en rien ». Il rappelle dans ce contexte que les mesures vexatoires se sont poursuivies par la saisie des terres aux assassinats en passant par les arrestations, ainsi que la démolition des maisons. Voire, ces démarches ont augmenté en nombre : « Plus de 600 arrestations, des milliers d'hectares saisies en faveur des colonies juives, un mur de séparation qui est celui de l'apartheid ». Tant et si bien que le FPLP avait considéré que « la trêve a constitué une concession gratuite à Israël ». Il ajoute que pour son mouvement, « la feuille de route n'est pas un accord contractuel entre des parties concernées. Ce sont des idées présentées par les Etats-Unis que les Palestiniens ont acceptées et souligné leur engagement à leur égard. Par contre, le gouvernement israélien ne les a acceptées qu'avec des réserves. A observer les agissements d'Israël, on ne peut que constater qu'il a mis en pratique ces réserves ».

Le FPLP, toujours selon Magdalawi, voit les choses de manière plus simple. « Il y a une occupation de notre territoire qui doit prendre fin. Notre peuple a des droits qu'il faut préserver, sinon le conflit se poursuivra avec Israël ». Et de préciser : « Sans la fin de l'occupation, sans la restauration des droits nationaux palestiniens, sans l'établissement d'un Etat palestinien indépendant et souverain, il n'y aura pas de paix et de stabilité dans la région ».


Un pessimisme de rigueur

Mais rien dans l'avenir ne permet d'envisager les choses avec optimisme. « Il faut s'attendre au pire au cours des pjours, surtout avec les mesures prises par l'Autorité palestinienne contre le Hamas et le Djihad. A chaque fois qu'une opération militaire a lieu, le gouvernement s'empresse de la condamner et de menacer la résistance. A chaque fois, on rétorque en leur disant qu'ils ont tort. Vous donnez des arguments à Israël pour qu'il poursuive sa répression et son agression contre notre peuple ». En effet, le FPLP comme les autres mouvements voient que lorsque la condamnation vient des Palestiniens, ceci encourage Israël. Il estime même que les condamnations de la dernière opération ont dépassé la dose, avec la suspension du dialogue avec le Hamas et le Djihad et l'interdiction faite à leurs cadres de s'adresser à la presse. « Nous refusons cette politique. Nous avons invité toutes les factions à la rejeter. Nous avons convié l'Autorité à annuler ces mesures d'exception après l'attentat de Jérusalem. C'est le seul moyen permettant de mettre de l'ordre dans les relations palestino-palestiniennes ».

Quant à Mohamad Al-Hindi, membre du Djihad, il souligne qu'Israël est en état de confusion, ce qui le pousse à liquider les cadres des mouvement. Le gouvernement Sharon a révélé sa vraie face. « Abou-Chanab était l'un des chefs politiques les plus modérés. L'assassiner de cette manière sauvage, c'est comme si Israël voulait tuer tout le peuple palestinien. Pourtant, il sait bien que même en tuant des dizaines de cadres, cela ne ferait qu'augmenter la détermination de la résistance ».

Une chose est sure, la trêve appartient désormais au passé et la responsabilité d'une telle situation incombe aux Israéliens. Pour les Palestiniens, Sharon a donné le coup de grâce à ce cessez-le-feu suite à la politique de terre brûlée à laquelle il a recours, dans les villes, les villages, les camps. D'où cette unanimité des mouvements palestiniens à considérer qu'ils ont le droit de riposter.

Une situation difficile qui met face à face l'Autorité et les mouvements radicaux, d'autant plus que le gouvernements veut prendre de nouvelles mesures contre la résistance, ce qui risque de diviser les Palestiniens. « Nous demandons à l'Autorité d'assumer ses responsabilités nationales et morales de défendre le peuple palestinien. Nous voulons qu'elle adopte une décision pour préserver la sécurité des Palestiniens. Désarmer le peuple et ramasser les armes au moment où Israël commet ces crimes est rejeté à l'heure actuelle. Il est erroné de renoncer à la seule carte dont nous disposons face aux défis que nous impose l'occupation »


Des concessions sans retour

En fait, pour ce dirigeant comme pour d'autres, le fait que le gouvernement se soumette aux pressions de Sharon et des Etats-Unis n'apportera pas de solution. Les exigences de Washington et de Tel-Aviv n'ont pas de limites. Pour les observateurs dans les territoires palestiniens, Israël veut cent pour cent de résultats de la part d'Abou-Mazen, sans la moindre contrepartie. Israël tourne le dos aux efforts d'apaisement dans la région. Il veut simplement que les Palestiniens capitulent. Le gouvernement palestinien, inquiet de l'escalade de la violence, tourne les yeux vers les Etats-Unis et appelle Israël à un accord de cessez-le-feu, au lieu de la trêve des groupes armés palestiniens qui vient de s'effondrer. Mais si Israël peut compter sur le soutien de l'allié américain concernant la « lutte contre le terrorisme », les Palestiniens ont à répondre à toute une série d'exigences de Washington. Une situation complexe qui place le gouvernement d'Abou-Mazen dans une position inconfortable. Son avenir est tributaire de la manière dont il saura s'y prendre avec le peuple palestinien et les mouvements de résistance d'une part et l'alliance Etats-Unis - Israël d'autre part.

Mohamed Moustapha
Chronique d'années de braise

Un haut dirigeant politique du Hamas, Ismaïl Abou-Chanab, et deux de ses gardes du corps ont été tués jeudi dans un raid aérien israélien contre leur voiture à Gaza, conduisant le mouvement radical palestinien à annoncer la fin de la trêve dans les attaques contre Israël. Voici un rappel des faits qui ont marqué la région depuis le début de la seconde Intifada, fin septembre 2000.

2000

— 28 sept : La visite du chef du Likoud (droite), Ariel Sharon, sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem-Est (mont du Temple pour les juifs) provoque des heurts entre Palestiniens et la police israélienne.

— 29 sept. : Sept Palestiniens sont tués et 220 blessés lors d'affrontements sur l'Esplanade des mosquées et aux alentours.

— 30 sept. : Mohamad Al-Dorra, 12 ans, est tué dans les bras de son père dans la bande de Gaza. Sa mort, lors d'un échange de tirs entre Palestiniens et Israéliens, filmée par une télévision étrangère, devient le symbole du début de l'Intifada.

— Début octobre : Des dizaines de Palestiniens et 13 Arabes israéliens sont tués par les forces israéliennes lors de manifestations.

— 12 oct. : Deux soldats israéliens sont lynchés à Ramallah (Cisjordanie) par une foule palestinienne dans un commissariat. Raids aériens israéliens sur Ramallah et Gaza.

— 9 nov. : Un responsable du Fatah est tué dans sa voiture par un missile, première victime de la politique de liquidation d'activistes palestiniens.

2001

— 21-28 jan. : Les négociations israélo-palestiniennes de Taba (Egypte) échouent.

— 1er juin : Le Hamas mène une opération kamikaze contre une discothèque de Tel-Aviv : 21 morts, en plus du kamikaze, et une centaine de blessés.

— 9 août : Opération à Jérusalem-Ouest : 15 morts en plus du kamikaze, et plus de 80 blessés.

— 10 août : Israël occupe la Maison d'Orient, siège officieux de l'OLP à Jérusalem-Est.

— 17 oct. : Le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) assassine le ministre israélien du Tourisme Rehavam Zeevi. Israël réoccupe partiellement six villes autonomes palestiniennes.

— 1er et 2 déc. : 28 morts dans des attaques à Jérusalem-Ouest et Haïfa (nord). La police palestinienne arrête 75 militants du Hamas et du Djihad islamique.

— 3 déc. : Israël détruit l'héliport d'Arafat et la piste de l'aéroport de Gaza et assigne de facto Arafat à sa résidence à Ramallah.

2002

— 27 jan. : Premier attentat kamikaze mené par une Palestinienne.

— 8 mars : Journée la plus sanglante de l'Intifada (43 morts).

— 27 mars : Attentat dans un hôtel à Netanya, le plus meurtrier de l'Intifada (30 morts).

— 29 mars : Israël lance l'opération « Rempart », sa plus grande offensive en Cisjordanie depuis la guerre de juin 1967, détruisant la plus grande partie du Q.G. d'Arafat.

— 3 avr. : 23 soldats israéliens et 54 Palestiniens tués à Jénine dans des combats.

— 10 mai : Israël lève le siège imposé à 123 Palestiniens retranchés depuis 39 jours dans la basilique de la Nativité à Bethléem (Cisjordanie).

— 16 juin : Israël lance la construction d'un mur le long de la « ligne verte » de démarcation entre la Cisjordanie et le territoire israélien.

— 18 juin : 20 morts dans un attentat-suicide dans un bus dans le sud de Jérusalem.

— 24 juin : Le président américain George W. Bush évoque la solution de deux Etats vivant en paix côte à côte, qui servira de base à l'élaboration de la « feuille de route ».

— 22 juill. : Raid de F-16 à Gaza contre le chef militaire du Hamas : 17 morts, dont 15 civils.

— 7 oct. : 16 Palestiniens tués et 40 blessés lors d'une incursion de l'armée israélienne à Khan Younès (bande de Gaza).

— 20 déc. : Adoption de la « feuille de route », nouveau plan de paix international pour le Proche-Orient, par le Quartette (les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et l’Onu).

2003

— 5 jan. : 24 morts et une centaine de blessés dans un double attentat-suicide palestinien à Tel-Aviv.

— 26 jan. : 12 Palestiniens tués et une cinquantaine blessés lors d'une vaste incursion de blindés dans Gaza.

— 19 fév. : Incursion militaire israélienne dans la partie orientale de Gaza, 11 Palestiniens tués.

— 21 fév. : Le numéro deux de l'OLP, Mahmoud Abbass (Abou-Mazen) annonce que la direction palestinienne a pris la décision de « démilitariser » pendant un an l'Intifada.

— 29 avr. : Investiture de Mahmoud Abbass au poste nouvellement créé de premier ministre de l'Autorité palestinienne.

— 30 avr. : Les Palestiniens approuvent la « feuille de route ».

— 17 mai : Premier sommet entre Mahmoud Abbass et son homologue israélien Ariel Sharon.

— 25 mai : Israël adopte la « feuille de route », avec 14 réserves.

— 4 juin : Sommet Bush/Sharon/Abbass centré sur la « feuille de route » à Aqaba (Jordanie).

— 11 juin : 17 morts, outre le kamikaze, dans un attentat contre un bus à Jérusalem-Ouest.

— 29 juin : Les mouvements islamistes Hamas et Djihad islamique, puis le Fatah, annoncent une trêve temporaire immédiate. Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa les rejoignent le lendemain.

— 19 août : 20 morts, outre le kamikaze, dans un attentat à bord d'un bus à Jérusalem-Ouest.

— 20 août : Mahmoud Abbass décide de rompre les contacts avec le Hamas et le Djihad islamique.

— 21 août : L'armée israélienne lance dans la nuit une série d'opérations dans trois villes de Cisjordanie, Tulkarem, Hébron et Naplouse.

 
 

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