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de plus en plus d'élèves désertent-ils les sections scientifiques
au profit de la section lettres ? Sur les 384 000
élèves candidats au baccalauréat cette année, plus des deux
tiers ont choisi la section lettres. Manque de vocation ou
absence de débouchés ? Le ministère de l’Education se
penche sur la question. « Autrefois, les élèves étaient
répartis à peu près de manière égale entre les filières littéraire
et scientifique. Mais depuis quelques années, le nombre d'élèves
qui se dirigent vers les sections scientifiques est en net
recul », confirme un responsable du ministère de
l'Education. Une situation inquiétante, selon le ministre
de l'Enseignement supérieur, Moufid Chéhab. « C'est
un phénomène qui peut menacer la recherche scientifique en
Egypte au moment où ce secteur est en pleine expansion dans
le monde entier », déplore le ministre. Pour comprendre
les raisons de ce déséquilibre, les ministères de l'Education
et de l'Enseignement supérieur viennent de former une commission
composée de spécialistes en pédagogie. Mohamad Al-Mufti, professeur
à la faculté de pédagogie et membre de la commission, explique
que la hausse des pourcentages requis dans les sections sciences
constitue l'une des raisons de ce désintérêt des élèves pour
la filière. « Dans la section sciences, l'élève doit
obtenir un pourcentage supérieur à 95 % s'il veut s'inscrire
dans l'une des meilleures facultés, comme la médecine, la
pharmacie ou polytechnique », relève Al-Mufti.
Les
pourcentages obtenus au baccalauréat ont enregistré une forte
hausse au cours des dix dernières années, particulièrement
dans la section sciences. Par exemple, au cours de l’année
scolaire 2001/2002, 124 élèves ont obtenu un pourcentage de
100 % et plus, alors qu’en 1990, aucun élève n’avait
obtenu ce pourcentage. Pour sa part, Ahmad Gamal, responsable
au ministère de l'Education, explique que « de nombreux
élèves de la première phase du bac (deuxième secondaire)
qui avaient choisi au départ la section sciences ont décidé
de modifier leur choix et d'aller en lettres, quand ils ont
constaté que leurs collègues qui avaient obtenu des pourcentages
de 90 ou 95 % n’avaient pu s'inscrire dans les facultés
prestigieuses ».
C’est
ce qu'affirme Mohamad Chadi, directeur d'une école :
« Actuellement, les classes de la section lettres
comptent deux fois plus d'élèves que les classes scientifiques.
Je me souviens en revanche que dans les années 1980, il y
avait tellement d'élèves dans la section sciences que l'on
a été obligé de les diviser en deux groupes, l'un le matin,
l'autre le soir ».
Outre
la hausse des pourcentages, les mutations du marché du travail
et l'absence de vocation constituent d'autres raisons qui
expliquent cette ruée vers la section lettres. Une faculté
comme polytechnique fait sortir 3 000 étudiants chaque
année. Seuls 5 % d'entre eux trouvent un emploi stable
dans les 6 mois qui suivent l'obtention de leurs diplômes.
Les autres attendent plusieurs années et doivent parfois s’orienter
vers des secteurs d’activité très éloignés de leur formation
d’origine. Rami Kamel, élève en troisième secondaire dans
la section lettres, renchérit : « En faisant
des études de lettres, je pourrais m’inscrire à la faculté
de pédagogie et trouver un emploi car le pays manque de professeurs ».
Selon les spécialistes, la situation sociale actuelle joue
un rôle dans le changement des mentalités des étudiants. « Pour
la plupart d’entre eux, il est plus important de trouver un
emploi que de s’inscrire dans des facultés de prestige et
de se retrouver au chômage », explique Ahmad Fouad
Abdel-Aziz, ex-président de la commission de l’enseignement
au Parlement. Durant les années 1950 et 1960, l'Egypte a connu
une industrialisation importante, entraînant la création de
nombreuses usines, et il avait un vrai engouement pour certaines
filières comme l'ingénierie. Aujourd'hui, les choses ont réellement
changé. On assiste à une stagnation de l'industrie, l'économie
est davantage orientée vers les services et la recherche scientifique
n'est pas développée. Résultat : un intérêt de moins
en moins important pour les filières scientifiques. Et ce
sont les filières littéraires et les instituts techniques
qui en profitent.
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Certains
spécialistes jettent la responsabilité sur le ministère de
l’Education lui-même. Selon eux, les matières scientifiques
sont mal présentées aux élèves. « Les programmes ne
sont rien d'autre qu'un cumul d'informations. On ne leur offre
pas la chance de réaliser des expériences scientifiques par
eux-mêmes, à l’instar des pays étrangers où l’étude scientifique
est basée sur la capacité de chaque étudiant à tirer les conclusions
scientifiques par lui-même », explique Amr Salama,
pédagogue. Et d’ajouter : « Les programmes scientifiques
dans les différents cycles scolaires ne sont pas présentés
de manière attrayante. Les élèves préfèrent donc éviter ce
genre d’études, qu'ils jugent dures et difficiles ».
Quant
aux conséquences de ce phénomène, les spécialistes pensent
qu’il pourrait avoir des répercussions sur la recherche scientifique
en Egypte. Mohamad Al-Sayed, professeur à la faculté des sciences,
explique que même les élèves issus des sections scientifiques
du bac s’inscrivent dans des facultés théoriques ou littéraires.
« Les résultats de la première phase d’admission ont
révélé que les élèves en sciences qui n’ont pas obtenu de
pourcentage élevé ont préféré s’inscrire dans des facultés
théoriques, comme la pédagogie ou les lettres, que de s’inscrire
dans des facultés comme l’agriculture », souligne
Al-Sayed, en ajoutant que ce phénomène est inquiétant, car
il pourrait entraîner un recul de la recherche scientifique,
alors que tous les pays du monde encouragent les jeunes à
s’orienter vers la technologie et la recherche scientifique.
Pourtant, d'autres pensent que ce phénomène pourrait avoir
des effets positifs. Sami Khodeir, de la commission de l’enseignement
au Parlement, pense que ce phénomène prouve que les élèves
ont commencé à établir un lien entre les études qu’ils veulent
suivre et les besoins réels du marché du travail. Il ajoute
que certains se plaignent du décalage qui existe entre le
système d’enseignement et le marché du travail. « Ce
phénomène n’est pas du tout inquiétant, car il montre que
les élèves et leurs parents ont commencé à se rendre compte
de l’importance de choisir une filière qui garantisse un emploi ».
Peur du chômage oblige, ce n'est plus une histoire de vocation :
que l'on suive des études scientifiques ou littéraires, l’important
est de trouver un emploi.
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