| « Nous
voulons être traités sur un pied d'égalité avec le Parti National
Démocrate (PND). Celui-ci est privilégié sur tous les
plans, car c'est le parti du gouvernement », déplore
Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général adjoint du parti du
Rassemblement. A l'origine de ce mécontentement, l'annonce
par certains journaux que le PND a décidé d'allouer 3 000
L.E. supplémentaires à chaque bureau du parti, dans les districts.
La nouvelle, bien que démentie par les responsables du parti
au pouvoir, a relancé le débat sur le financement des partis
d'opposition qui souffrent pour la plupart d'une crise financière
aiguë. Chaque parti politique reçoit une subvention annuelle
de l'Etat de l'ordre de 50 000 L.E. Cependant, les responsables
de l'opposition affirment que cette somme ne leur est plus
versée depuis un an environ. D'où une situation financière
difficile, d'autant que les cotisations des adhérants sont
minimes, et ne dépassent pas bien souvent pas la somme dérisoire
d'une livre égyptienne. « Le gouvernement prétend
autoriser les partis d'opposition à tenir des conférences
et des meetings publics. Mais ces partis ne sont pas en mesure
d'organiser de telles manifestations en raison de leurs coûts
élevés. Un parti qui désire tenir un meeting dans un lieu
public doit verser 5 000 L.E. au gouvernorat. Organiser
des réunions revient donc trop cher pour les partis »,
souligne Hussein Abdel-Razeq. Ce dernier ajoute qu'il faut
payer les loyers, les salaires des employés, les factures
de téléphones et d'électricité, les frais de publication des
journaux quand il y en a, etc. Selon Abdel-Razeq, ces frais
dépassent les 35 000 L.E. par mois pour son parti. Pour
payer tous ces frais, certains partis ont recours aux dons
des membres les plus riches. Certains hommes d'affaires versent
de l'argent à certains journaux appartenant à des partis,
en échange d'une propagande dans les colonnes de ces journaux,
afin d'accroître leur popularité ou d'étouffer les critiques
sur les affaires dans lesquelles ils sont impliqués. Mais,
avec la crise économique, ces dons ont diminué, tout comme
les revenus publicitaires dont dépendent certains journaux.
De plus, comme l'explique Abdel-Razeq, « les hommes
d'affaires ne payent plus maintenant les publicités au comptant,
mais par chèques. Ceux-ci sont antidatés, et ne peuvent souvent
être encaissés que deux ou trois ans après leur signature ».
Le
Parti nassérien a été particulièrement touché par cette crise
l'année passée, lorsque la dette du journal Al-Arabi,
organe du parti, a dépassé le million de L.E. « Le
Parti nassérien et le journal Al-Arabi doivent faire
face à cette crise seuls. Le parti et le journal dépendent
des efforts personnels et de la publicité seulement »,
explique le rédacteur en chef, Abdallah Al-Senaoui.
Le
néo-Wafd a une autre vision de la question. C'est le
seul parti à avoir refusé les 50 000 L.E. de subvention
versées par l'Etat. « Nous avons besoin d'une nouvelle
loi pour le financement des partis comme dans les pays développés.
Cette loi doit garantir le principe de transparence pour le
financement du PND et de tous les partis d'opposition.
Le manque de financement est une entrave majeure à l'activité
d'un parti », signale Mahmoud Abaza, membre du haut
comité du néo-Wafd.
Il
ajoute aussi que cela ouvre la porte à la corruption, car
les donateurs, qu'ils soient de riches membres du parti ou
des hommes d'affaires, dominent la ligne politique du parti.
« En outre, certains pays étrangers peuvent ainsi
intervenir dans la politique du parti », relève-t-il.
Tous
s'accordent aussi à dire que l'absence d'une loi organisant
le financement public des partis empêche le développement
d'une véritable vie politique, et met en péril l'existence
de vrais partis d'opposition. |