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Antitrust
. La loi censée encadrer
le monopole traîne depuis dix ans dans les tiroirs du gouvernement.
Un retard qui trouve son origine dans les réticences d'une
économie encore largement dominée par les monopoles.
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Les
grands monopoles font la loi |
Dix années
se sont écoulées depuis que le ministère du Commerce extérieur
a élaboré le projet de loi antitrust ainsi que ses décrets
d'application. Cependant, sa promulgation traîne. Certains
accusent les grands hommes d'affaires qui dominent certains
marchés comme la téléphonie mobile, le fer, le ciment et le
sucre d'être à l'origine de ce retard. D'autres estiment que
c'est l'Etat qui pratique le plus grand monopole des services
puisqu'il monopolise la production et les prix de certains
secteurs, comme les télécommunications, l'électricité ou le
gaz. Pour eux, il est donc évident que l'Etat ne promulguera
pas une loi allant à l'encontre de ses propres intérêts.
« L'importance
de cette loi s'accentue avec l'application des accords de
l'Organisation mondiale du commerce, qui fera sortir plusieurs
projets du marché et restreindra davantage la compétition »,
estime Ahmad Goweili, ancien ministre de l'Approvisionnement
et du Commerce intérieur, et actuel secrétaire du Conseil
de l'Unité économique arabe, qui dépend de la Ligue arabe.
Il rappelle que la loi antitrust a été élaborée en 1993, alors
qu'il était en fonction. Il avait également élaboré un plan
global pour la modernisation des systèmes et pour la législation
du commerce en Egypte. Et cela, malgré les pressions qu'il
avait subies, visant à empêcher la promulgation de cette loi.
Il avait ainsi formé un comité juridique et économique pour
l'élaborer, ainsi qu'un autre sur la fraude commerciale.
Le comité a effectivement achevé la rédaction de ces lois :
la seconde a été promulguée en bonne et due forme, tandis
que la première est restée aux oubliettes.
Lors des deux
dernières années, le gouvernement a tenté de moderniser le
projet de loi, avec l'aide d'experts étrangers. Toutefois,
la version finale n'a pas encore vu le jour. Khaled Abou-Ismaïl,
président de la Fédération des chambres commerciales, approuve
les clauses du projet de loi, à propos de l'interdiction de
tout accord, contrat ou pratique qui manqueraient aux règles
de la libre compétition, comme la manipulation des prix, la
limitation de leurs libertés de flux ou leur sortie du marché
de façon partielle ou complète. « Nous avons vécu
des situations où le monopole de certaines chaînes de supermarchés
amène à changer la structure du marché ». Il rappelle
l'expérience de Sainsbury's, la chaîne anglaise, qui
voulait accroître sa part de marché, profitant de l'absence
d'une telle loi. « Cette chaîne stockait parfois des
biens pour élever leur prix, ou bien les offrir sur le marché
avec abondance, pour faire chuter les prix, et exclure ainsi
les autres du marché ».
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Epouvantail à investisseurs
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Pourtant, d'autres
craignent que la promulgation de la loi antitrust dissuadera
les investisseurs de s'engager dans les différents domaines,
de peur de voir leurs profits diminuer si de nouveaux concurrents
pénètrent le marché. Un argument réfuté par Goweili :
« Tous les pays capitalistes ont promulgué depuis
100 ans des lois pour la protection de la concurrence et l'antitrust
dans l'objectif d'organiser les relations de concurrence entre
les différentes parties sur le marché, sans que cela n'affecte
la croissance de leurs économies ». Adel Al-Ezabi,
vice-président de la filiale des investisseurs à l'Union générale
des chambres commerciales égyptiennes, estime qu'il ne faut
pas imaginer que la nouvelle loi pourra empêcher définitivement
le monopole. « La mission essentielle de la loi est
d'organiser les monopoles et non de les éliminer. Puisqu'il
y a des activités productives et commerciales qui naîtront
pour la première fois et qui garderont leur caractère monopolistique
pour un certain temps, jusqu'à ce que d'autres s'engagent
dans le même domaine ».
Ahmad Ezz, lui-même
propriétaire d'un groupe sidérurgique qui possède la plus
grande part du marché, défend cette même opinion. Il souligne
le fait que l'économie égyptienne se base effectivement sur
plusieurs monopoles, donnant l'exemple d'une panoplie de monopoles
de l'Etat, comme la seule compagnie nationale dans les secteurs
d'aviation, de l'électricité, du gaz naturel, et des transports
ferroviaires. « La loi doit être promulguée selon
une pensée moderne qui prend en considération les changements
qui sont survenus dans les conceptions des pratiques de monopole
dans le monde, et qui concordent peut-être avec les considérations
de l'intérêt général des secteurs de l'économie »,
conclut-il.
Pour prendre
en considération cette caractéristique de l'économie, Abou-Ismaïl
suggère que la loi puisse faire des exceptions dans les cas
où le monopole permet de réaliser au mieux l'intérêt général.
« C'est à l'appareil de protection de la concurrence,
qui sera créé selon la loi, d'en juger au cas par cas ».
Et quant aux autres entreprises jouissant d'une situation
monopolistique, il propose « qu'elles règlent leurs
situations dans le délai d'un an, que le gouvernement doit
donner avant la mise en application du projet ».
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Youssef
Al-Ganzouri |
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Tout
un système
à revoir |
Les
effets nuisibles du monopole ont défrayé la chronique à plusieurs
reprises ces deux dernières années. La présence d'une loi
antitrust aurait certainement empêché beaucoup de ces problèmes
de surgir.
Le marché du riz est actuellement pointé
du doigt : les prix sont à la hausse malgré l'abondance
de la récolte cette année. Cela serait dû aux manipulations
des grands importateurs du riz, qui cachent leurs importations
pour faire augmenter les prix. Ce n'est pas la première fois
en fait. En 1999, le principal importateur de riz a réussi
à créer la pénurie, élevant ainsi les prix pour pouvoir entamer
des gains miraculeux.
Avant cela, la question touchait les deux
entreprises se partageant le secteur de la téléphonie mobile,
qui ont voulu payer une somme de deux milliards de livres
au gouvernement pour maintenir leur situation monopolistique
jusqu'en 2007. Or, ces deux entreprises accumulent des profits
impressionnants en raison de leur position monopolistique.
Quelques mois auparavant, les principaux
acteurs du secteur du ciment égyptien, qui ne sont autres
que de grandes multinationales, se sont alliés pour attirer
les autres producteurs locaux dans une guerre des prix sauvage.
Le gouvernement a dû intervenir à maintes reprises et mener
des négociations difficiles avec toutes les parties. Et une
paix précaire règne actuellement, accompagnée d'une hausse
des prix.
Le fer à béton n'est pas mieux loti. Un seul
groupe domine plus de 80 % du marche, ce qui lui permet
de manipuler les prix.
De son côté, l'Etat, qui impose son monopole
sur certains secteurs, se défend en expliquant que le monopole
qu'il exerce se fait au profit du consommateur, puisqu'il
offre ses différents services à des prix subventionnés.
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Y. Al-G. |
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