Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Carrefour

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie
Carrefour
de Mohamed Salmawy
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Hosni Guindi et la grande guérison
Par Mohamed Salmawy

Le départ de Hosni Guindi de notre monde n'était pas une chose étrange, étant donné qu'il n'y appartenait pas à l'origine. C'était un homme doux, gentil, sympathique dans un monde où les mots d'ordre sont l'insolence, la violence et la haine. Hosni savait apprécier les autres même s'il n'était pas d'accord avec eux. Il respectait leurs capacités, qu'ils soient des jeunes stagiaires ou des collègues avides d'occuper sa place. Les gens autour de lui au milieu de cette compétition fiévreuse étaient prêts à écraser tout sur leur chemin sans hésitation ni remords. Quant à lui, il pouvait se pencher pour panser la blessure des autres. Il en faisait de la sorte à un moment où il avait le plus besoin qu'on le soulage. La maladie qui le minait et qui s'est aggravée au cours des dernières années n'était pas le résultat d'une affection passagère. Mais elle était probablement le résultat inévitable de sa souffrance face à ce monde, et le perpétuel conflit entre la férocité qui le commande et tous les principes de noblesse, de beauté, d'amour et de respect qui étaient ancrées en lui. C'est pourquoi il est tombé malade. Lorsque l'heure du départ est arrivée, c'était donc la libération, la grande guérison non pas de la maladie physique, mais des maux de notre monde. Là-bas dans l'autre monde, d'autres valeurs existent, les siennes, sans lesquelles nous devenons plus pauvres.

J'ai connu Hosni Guindi, ce cher ami et noble collègue, il y a environ 33 ans, lorsque je rejoignis Al-Ahram. Nous avons gravi ensemble les échelons professionnels tels des frères, comme si nos destinées étaient communes. Nous avons commencé à la section des affaires étrangères. Alors qu'il était un vrai maître pour moi, il ne cessait d'exprimer son estime à mon égard, que ce soit pour les connaissances dont je disposais ou des expériences que j'avais accumulées dans d'autres domaines artistiques ou littéraires. A chaque fois que je saluai son style dans la rédaction ou sa capacité à trouver le titre convenable, il m'interrogeait à son tour sur mes années d'études à Oxford. Très modeste, il préférait donner l'occasion aux autres de s'exprimer comme ils le désirent. Aujourd'hui, je me suis rendu compte alors que j'ai eu la chance d'être le disciple des grands noms de la presse comme Heykal, Abdel-Hamid Saraya, Ahmed Bahaeddine, Ahmed Nafie, Mohamed Haqqi, Al-Gammal, et que le niveau de professionnalisme dans mon travail quotidien, je l'ai acquis de Hosni Guindi, qui ne cessait de faire mon éloge, comme si j'étais le Maître et non pas le disciple.

Plus tard, nous nous sommes séparés quelque temps lorsque je fus transféré au centre des études politiques et stratégiques, ensuite au ministère de la Culture et enfin au desk central. Mais tout au long de cette période, nous étions en contact.

L'amusant c'est que le contact entre nous s'incarnait dans une habitude. Chacun de nous tenait à offrir à l'autre un petit souvenir au retour d'un voyage.

Lorsque Ibrahim Nafie lui confia la mission de créer le premier journal d'expression anglaise publié par Al-Ahram, j'étais le premier à le savoir. Hosni avait foi dans le travail d'équipe, selon lui pilier de toute publication. Même avec les éloges que l'on peut faire à ceux qui y ont contribué, il n'en demeure pas moins qu'il lui revient le plus grand mérite. Le Weekly était sa propre fabrication, sur le plan du fond et de la forme. La première question qui le préoccupait et qu'il a soumise à ses collaborateurs concernait le concept qui distinguait le journal. Une question que comprenaient certains et d'autres non. Ceci le mettait en une colère qu'il cachait comme d'habitude derrière un sourire. En allumant sa pipe, il commençait à expliquer avec patience que le journal, dans son contenu et sa forme, doit avoir une personnalité qui lui est propre. Il n'exprimait jamais sa colère ou son désarroi, mais il les cachait au fond de lui jusqu'à en devenir malade.

J'étais en voyage lorsque j'appris la nouvelle de sa mort. Un ami, conscient de ma relation solide avec lui, me l’apprit en ajoutant : « Tu sais bien qu'il était malade ». C'est vrai je le savais. Je savais que c'est le monde qui était à la source de ses maux et qu'il avait choisi de devenir malade au lieu de faire du mal aux autres ou d'exprimer sa colère contre eux. Ces sentiments de colère et de souffrance, il les retenait dans son pauvre cœur pour le meurtrir. J'aurais tant voulu qu'il soit semblable aux autres, qu'il explose ou qu'il se mette en colère contre nous pour qu'il puisse vivre plus longtemps. Mais il ne pouvait pas, car il n'appartenait pas à ce monde, mais à un autre.

La nouvelle du décès de Hosni me renvoya à un autre monde, celui auquel appartiennent les souvenirs de la création d'Al-Ahram Weekly et le succès qu'il a remporté parmi les lecteurs étrangers et égyptiens. Les 5 années au cours desquelles j'étais directeur de la rédaction, je me suis rapproché beaucoup de Hosni. Ensuite est venu le moment de la séparation lorsque je fus chargé de fonder Al-Ahram Hebdo. Hosni était le premier à s'intéresser au nouveau journal et, comme il en fut avec le Weekly, nous nous sommes demandés quel serait le concept sur lequel reposerait cet hebdomadaire. On s'est mis enfin d'accord que le concept ne serait pas le même, vu la différence de base entre le lecteur francophone et anglophone et que justement il ne fallait pas qu’Al-Ahram se répète deux fois, mais qu'il doit être capable de présenter du nouveau avec la parution d'une nouvelle publication.

A l'époque, je m'étais mis d'accord avec Hosni de rester en contact pour éviter les mêmes sujets. Ainsi l'Hebdo ne publie pas les entretiens hebdomadaires que m'accordait Naguib Mahfouz, alors que le Weekly le fait régulièrement. Mais le point en commun entre le Weekly et l'Hebdo était le principe dont Guindi était le bâtisseur, selon lequel le journal doit exposer le point de vue égyptien sur les événements. Ainsi, le journal proposait un traitement aux questions et événements internationaux différents de celui des journaux internationaux.

Je pourrais dire que Hosni a contribué indirectement à donner à l'Hebdo la personnalité qui lui est propre, différente de celle du Weekly. Mais les apports de Hosni étaient toujours cachés. On répétait par exemple que Hosni n'avait pas suffisamment exercé l'écriture journalistique. Lorsqu'on était collègue, il ne signait que lorsque Mohamed Haqqi, le chef de service, insistait. Lorsqu'il était le chef du service des affaires étrangères, il révisait les nouvelles qui étaient publiées à la une, cette page qu'il rédigeait par lui-même autrefois. Il passait la page au desk central en signant de son prénom. Cette signature que les lecteurs n'ont jamais vue avait son impact dans la confirmation de la personnalité d'Al-Ahram, son style distingué dans la rédaction journalistique.

Hosni Guindi est aujourd'hui dans le monde de l'au-delà, laissant derrière lui une réalisation professionnelle non négligeable. Mais son accomplissement majeur est celui de l'aspect humain. Avec son éthique, ses principes, et l'amour et le respect qu'il vouait pour tous, il a toujours donné l'exemple non pas uniquement aux journaliste, mais à tous les êtres humains. Son décès a été pour lui une grande guérison de ce monde auquel il n'appartenait pas.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631