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Liberia . Les négociateurs ont choisi un homme neutre, Gyude Bryant, pour diriger la transition. Celui-ci a souligné dans une ébauche de programme la situation humanitaire déplorable qu'il entend redresser.
Restaurer la sécurité d'abord

Rebelles et gouvernement qui participent aux pourparlers de paix inter-libériens à Accra ont créé la surprise en choisissant tôt jeudi matin Gyude Bryant, un homme d'affaires effacé et leader d'un petit parti politique, pour diriger le pays durant la délicate phase de transition à partir d'octobre prochain. Le président Moses Blah, qui a succédé le 11 août à Charles Taylor, ayant accepté de rendre le pouvoir à un gouvernement intérimaire qui prendra ses fonctions le 14 octobre et restera au pouvoir jusqu'à la mise en place d'un exécutif élu en janvier 2006.

M. Bryant faisait figure d'outsider parmi les trois candidats proposés par les partis politiques et représentants de la société civile. Or le choix des ex-belligérants pour la présidence s'est finalement porté sur le candidat le moins en vue. Ils l'ont préféré à Ellen Johnson Sirleaf, fer de lance de l'opposition, à l'ex-président Charles Taylor et donnée favorite pour le poste, et à Rudolph Sherman, responsable du parti True Whig, qui a dirigé le Liberia sans interruption de 1871 à 1980. « C'est exactement le genre d'hommes dont nous avons besoin pour la réconciliation (...). Il n'a jamais été mouillé dans le conflit, il n'est jamais parti en exil et c'est important, car cela lui donne une parfaite connaissance des problèmes du pays », a estimé le ministre de l'Information du gouvernement sortant, Reginald Goodridge. Il faisait écho à de nombreux de ses concitoyens qui se félicitaient de la « virginité » politique de cet homme de 54 ans.

« Les Libériens ont besoin d'une personnalité neutre, et je crois que j'en suis une », a de son côté analysé M. Bryant, qui s'est dit conscient de « la tâche monumentale » qui l'attend pour guérir les maux d'un pays à genoux après 14 ans de guerre civile quasi-ininterrompue. « Nous devons désarmer tous ces jeunes gens, nous devons fournir des soins médicaux, des vivres de base et de l'eau, nous devons plus simplement permettre aux gens de vivre en sécurité ... », a-t-il reconnu.


La loi de la jungle en dehors de la capitale

Ce gouvernement de transition est le fruit d'un accord de paix global signé le 18 août par le gouvernement de Monrovia et les deux mouvements rebelles, le Model et le Lurd. Depuis sa signature, la tension est très nettement retombée dans la capitale Monrovia, dont quelque 450 000 déplacés ayant dû fuir leur domicile en raison des violents combats, commençaient à retrouver leur logement.

Le plus grande préoccupation dans la ville, coupée de tout approvisionnement durant près d'un mois, reste toutefois la nourriture, d'autant plus difficile à se procurer que les prix avaient décuplé durant les combats. Sans parler des pillages généralisés qui ont laissé des milliers de personnes dans le dénuement le plus complet.

Le PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies) qui, comme toutes les agences onusiennes, avait évacué tout son personnel étranger en raison des combats à Monrovia, a repris ses distributions de vivres le 15 août dernier, dès que les rebelles du Lurd se sont retirés du port de Monrovia pour le remettre à la force de paix ouest-africaine.

Une équipe d'experts des Nations-Unies a commencé vendredi ses inspections pour évaluer les besoins du pays, où l'aide humanitaire continuait de se mobiliser. Ces experts rédigeront un rapport qui sera transmis au Conseil de sécurité de l'Onu le mois prochain.

Mais les agences de l'Onu continuent d'exprimer leur inquiétude au sujet de la sécurité de leur personnel, dont elles font une priorité avant la distribution d'aide. En effet, ces agences qui sont désormais toutes opérationnelles dans la capitale malgré les pillages subis, n'ont encore aucune idée de la situation dans le reste du pays, dont les 4/5 du territoire est toujours aux mains des rebelles. Chaque déplacement hors de Monrovia nécessite des négociations avec les maîtres des lieux, sans aucune garantie que la parole donnée par les officiers sera tenue sur le terrain.

« Ce qui est important désormais, c'est le déploiement en nombre suffisant de troupes efficaces », souligne le coordinateur de l'aide humanitaire d'urgence, Ross Mountain. « Nous ne prendrons pas le risque de perdre les stocks et d'exposer vainement les personnels », a renchéri le porte-parole régional du PAM, Ramin Rafirasme.

L'effectif de la force de paix ouest-africaine au Liberia, l'Ecomil, est actuellement de moins d'un millier, contre 3 à 5 000 annoncés à terme. Ce petit nombre ne pouvant se montrer partout, il est surtout déployé sur l'aéroport et dans le port de Monrovia. En dehors de la capitale, la population subit toujours la loi arbitraire des miliciens.

Chérif Albert

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