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Albums. Depuis le début de l'été, plus de 20 nouveaux tubes ont été lancés sur le marché. Une surabondance qui dilue les recettes de l'industrie musicale, et noie les chansons dans la masse.
Tohu-bohu musical

Plus de 23 nouveaux albums ont été lancés sur le marché cet été. Un menu copieux de chansons qui risque d’entraîner des indigestions artistiques.

« Le marché des cassettes est très productif cette année, un nouvel album sort presque tous les 3 ou 4 jours », dit Ali Al-Méligui, responsable des nouvelles productions de la société Alam Al-Fan, qui a lancé la majorité de ces nouveaux albums.

« Un grand nombre de chanteurs et de chanteuses trouvent dans la saison d'été une occasion propice pour lancer leurs tubes, afin de profiter du public jeune, qui est en vacances ». Une forte rivalité en découle, tout à fait habituelle , mais le sentiment de surdose est dû au fait que seules deux grandes sociétés, Alam Al-Fan et Rotana, ont lancé plus de 95 % de ces cassettes. « Si ces albums avaient été produits par plusieurs compagnies, personne ne les aurait critiqués » dit-il, en essayant de se justifier face aux critiques des médias et du public lui-même.

Négligeant l'impact de cette rafale de cassettes sur la popularité de beaucoup de chanteurs, certains albums n'ont pas bénéficié d'une publicité suffisante en raison de l'abondance de titres. Al-Méligui ne peut cacher les recettes médiocres de tous les albums lancés cet été. « J'avoue que pendant mes 23 ans de carrière, je n'ai jamais vu des recettes aussi faibles, surtout avec ce grand nombre de stars et en pleine saison ». Et de poursuivre : « Cet été, les bénéfices n'ont même pas atteint 50 % de ceux réalisés pendant les dernières années. Le succès de la nouvelle chaîne de radio Nogoum FM est sûrement l'une des causes ». Les sites Internet menacent également le marché de la cassette. « Quelques-uns de ces sites diffusent les nouvelles chansons à leurs visiteurs, parfois le jour même du lancement de l'album », explique Chérif Chaker, l'un des distributeurs des cassettes. De leur côté, plusieurs producteurs essayent actuellement d'aboutir à un compromis avec les responsables de certains de ces sites, afin de mieux contrôler ces comportements illégaux.


Certains albums passent inaperçus

Par ailleurs, et au-delà des conséquences de l'apparition de Nogoum FM, 60 % des acheteurs potentiels de cassettes écoutent cette chaîne en voiture, ou de la popularisation d'Internet, le trop-plein de cassettes a mené à un désordre dans le marché de la chanson. Quelques semaines après le lancement du premier album signé par le jeune chanteur Mohamad Hamaqi, qui a réalisé les plus grands bénéfices, de nombreux autres ont été lancés : Salaf wa dein (Donnant donnant) de Georges Wassouf, Ad Al-Horouf (Tant que les lettres) d’Assala et Forset omr (La Chance de la vie) d’Assi Al-Hellani.

Comme prévu, la chanteuse tunisienne Latifa a lancé Matrohch béïd (Ne t'en vas pas loin) en juillet, ne réalisant toutefois que de médiocres bénéfices. « Je n'ai même pas vendu les 50 copies que j'ai achetées à la société de production, depuis le lancement de l'album mi-juillet ! Je me rappelle bien que je vendais plus de 500 copies des albums de Latifa », affirme Magdi Mahrous, vendeur de cassettes à Héliopolis.

Un choc qu'a rencontré également Angham avec son nouvel album Omri maak (Ma vie avec toi). Deux jours seulement après le lancement de sa cassette, la même société, Alam Al-Fan, a lancé le premier tube de la jeune chanteuse Chahinaz, lauréate de l'émission Star Maker. Cette chanteuse déjà célèbre grâce à sa chanson Olli Olli (Dis-moi) a essayé en vain de garder son succès avec sa nouvelle chanson Ala eh (Pourquoi tout cela).

Deux jours plus tard, la même société a lancé la cassette Star Maker 2, comme si elle était entrée dans une compétition avec elle-même. Puis, une semaine après, elle lance 5 albums, ceux de Saber Al-Robaï, de Hani Chaker, de Moustapha Qamar, de Mohamad Mounir et de Mohamad Fouad, dans un intervalle de quatre jours. Des choix qui laissent songeur sur la politique marketing de cette société.

Ainsi, certains albums des jeunes chanteurs sont passés totalement inaperçus. Mais les vraies victimes du chaos musical de cet été restent les chanteurs Ihab Tewfiq avec son album Leih al-khéssam, Mohamad Mohie avec Qader we tëmelha (Capable de le faire) et Amer Mounib avec Hob al-omr (L'Amour de ma vie). « Chacun de ces trois albums se sont vendus deux jours seulement, et puis Mohamad Mounir a attiré l'attention des fans avec sa nouvelle cassette », commente Tareq Moustapha, l'un des grands vendeurs de cassettes à Guiza. Et de continuer : « Le problème c'est que les sociétés de production n'acceptent pas qu'on leur rende les copies non vendues, ce qui double les risques pour nous, et nous oblige à n'acheter que quelques dizaines de copies. Conséquence : une vente médiocre des cassettes et une perte pour la société, pour les stars et pour nous les vendeurs ! ».

Yasser Moheb

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