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Peinture . Le peintre Adel Al-Siwi aborde la cinquantaine en entamant un tournant dans son itinéraire. Il se lance dans un projet autobiographique où, en peignant les figures qui l'ont marqué, il se peint lui-même.
Portraits immémoriaux

Dans son atelier-studio du centre-ville du Caire, Adel Al-Siwi puise dans sa mémoire. Le pinceau à la main, il évoque les dizaines de portraits qui ont influencé son parcours. Ce n'est pas une autobiographie où l'artiste part de lui-même, s'interroge sur son passé, croise des figures marquantes de sa vie pour pouvoir préciser sa place et retrouver son rapport avec la collectivité. Ce n'est pas non plus la biographie de ces figures marquantes dans l'histoire d'une nation et qui ont traversé la vie d'un peintre égyptien renommé aujourd'hui par son authenticité et sa modernité. Lui-même ne sait pas où vont le mener ses tableaux, il reconnaît seulement que le travail repose sur les croisements de la mémoire personnelle et collective. Plongé dans ses portraits-repères, il travaille, expérimente, se remémore. « Parfois je veux regarder mes tableaux de loin, avoir un vrai recul, mais je suis coincé par l'espace de l'atelier ! ». Il ne cesse de répéter dans cette période de perturbation de la mémoire : « Je suis en pleine cuisine ».
A 51 ans, Al-Siwi ressent la nécessité de documenter un demi-siècle révolu. Faire une autobiographie renversée où il ne s'attarde pas sur ses propres expériences, sur les endroits et les événements mais juste sur les visages, les gens. Se regarder dans les portraits de l'autre. Ainsi, il peint les portraits mémorables d'Al-Baqari et Khamis, ouvriers condamnés à mort à l'époque de la Révolution, ou le portrait de l'assassin renommé Mahmoud Amin Al-Saffah, dont les photos affichées sur les murs et aux entrées des salles de cinéma persécutaient son enfance. Ou capten Latif, le commentateur de football, qui a marqué toute une génération de jeunes fanatiques du ballon rond et dont l'humour et les commentaires étaient partagés par tous les jeunes de l'époque. « L'accumulation de la mémoire 50 ans durant m'entraîne à regarder aujourd'hui à travers de nombreux filtres. Il n'y aurait pas la fraîcheur de l'instant, mais plutôt des liens et des rapports plus complexes entre mon histoire et le vécu de la collectivité. Je remonte dans ma mémoire vers les visages qui m'ont marqué et que j'ai à mon tour retouchés dans mon for intérieur ». Dans ce jeu labyrinthique de mémoire ou plutôt de miroirs, dans cette opération de filtrage, comme il aime à l'appeler, un personnage qui peut passer inaperçu prend de l'ampleur et sera encadré dans le projet de remémoration d'Al-Siwi. Ainsi, Fathiya, la vendeuse de pastèques du quartier de Manial, le lieu de son enfance, prend une dimension épique dans la mémoire de l'artiste.
Dans le tournant de la cinquantaine, il lui est apparu impossible de continuer avec les visages allongés, qu'il avait commencés en 1999, qui n'ont pas de semblables dans la réalité mais qui puisent leurs sources dans les arts africains et pharaoniques. Tout en se penchant sur le passé, il fait table rase de ses techniques, renonce à l'abstraction qui l'a longuement caractérisé et puise cette fois-ci dans le populaire. Ce qui le contraint à changer non seulement sa vision artistique (chercher les menus détails, s'attarder sur le décor et les ornements des quartiers populaires) mais aussi à changer ses habitudes mêmes. « Je commence à revoir les quartiers commerciaux qui vendent les outils ménagers, en y portant un regard différent, m'oublier dans les détails du kitsch ». Bref, il tente de pénétrer l'esprit populaire. Cela lui révèle que les fêtes et les motifs vifs et gais qu'il voulait rendre sur ses toiles ne sont pas les mêmes dans l'esprit populaire. Même les couleurs qui flirtent avec le kitsch, il veut les conserver et les fixer du temps de l'enfance, comme dans la toile du président avec son fils Nasser et son fils, où il essaie de fixer ce violet qu'on voulait rouge, et qui caractérisait les copies des films aux débuts du cinéma.

Al-Siwi va à la recherche de cette éloquence tacite qui exhale des ornements naïfs de l'art populaire, de la magie du naïf dans les portraits au fusain des dessinateurs ambulants. « Je crois dans le pouvoir primitif et originel, dans le goût populaire qui n'est jamais dupe, un chanteur populaire est impérativement une belle voix, tandis que l'intellectuel est dispersé par ses connaissances et ses tendances idéologiques ».

Pourtant, Al-Siwi ne se perd pas dans le populaire et ne se contente pas de produire l'image du kitsch comme tendance esthétique, mais va dans la profondeur de la vision égyptienne des figures publiques. Dans les nombreuses stars qu'il peint (Chadia, Soad Hosni, Tahiya Carioca, Al-Qossari, etc.), Al-Siwi reconnaît comment les Egyptiens entourent leurs « héros » d'amour et comment ils les transforment en icônes.

Dina Kabil

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