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Collecte
des ordures .
Six mois après l'arrivée d'entreprises privées dans
certains quartiers du Caire, les chiffonniers ont du
mal à se trouver une place dans le nouveau système.
Enquête. |
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Recyclage
difficile pour les chiffonniers |
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le quartier des zabbalines (chiffonniers) à Manchiyet
Nasr, en haut du mont Moqattam, au sud du Caire, la
vie est bouleversée. Un grand nombre de voitures qui
transportaient les ordures sont garées, et le rythme
du travail est au plus bas. « 90 % des
gens ici travaillent au jour le jour, sans savoir de
quoi demain sera fait. Aujourd'hui, ils ne trouvent
même plus de quoi manger », lance Abdel-Messih,
un habitant du quartier. « 35 % du travail
des chiffonniers a été supprimé à cause des nouvelles
entreprises de collecte des ordures », estime
Eid Anouar Aboul-Saad, l'un des patrons des chiffonniers
et membre du conseil d'administration de l'Association
des chiffonniers, six mois après la décision du gouvernement
de changer le système traditionnel de collecte des ordures
dans la capitale, et de confier le ramassage des ordures
à des entreprises étrangères.
Le
nouveau système requiert que chaque citoyen emmène lui-même
ses ordures tous les matins, et les place dans des containers
disposés dans les rues. Le mode de paiement a lui aussi
changé. Les frais de ramassage sont ajoutés à la facture
mensuelle d'électricité et sont proportionnels à la
consommation d'électricité, ce qui représente un poids
de plus dans le budget des familles cairotes.
Par
ailleurs, le chiffonnier traditionnel avec son panier
sur le dos qui passait tous les matins ramasser les
ordures est amené à disparaître. Et par conséquent,
tous les membres de sa famille se retrouvent à la rue.
Des familles qui comptent dix ou parfois même douze
enfants, tous vivant au milieu des ordures. Les hommes
collectent et transportent, alors que les femmes travaillent
au triage. Les enfants aident les uns ou les autres.
« Le gouvernement a confisqué nos voitures et
les entreprises ne veulent pas de nous », se
lamente Am Nabil. Le gouvernorat du Caire a par ailleurs
demandé à ses administrés de ne plus payer les zabbalines.
Or,
l'argent que les zabbalines reçoivent des habitants
dont ils collectent les ordures ne représente qu'une
partie infime de leurs revenus. La plus grande partie
de leur économie est basée sur le tri des déchets. Une
sorte de recyclage qui permet de produire certains genres
de plastique, de matières solides tel le bronze, l'aluminium
et le plomb, ainsi que du carton provenant des ordures.
En marge du recyclage, les zabbalines élevaient
aussi les cochons qui se nourrissent des ordures. « Ma
famille s'occupait de son propre élevage, maintenant
nous sommes contraints d'aller travailler pour les autres »,
déplore Youssef, un jeune chiffonnier. D'après Eid Anouar,
l'élevage des porcs a enregistré une baisse d'au moins
30 % au cours des derniers mois, en raison du manque
d'ordures pour les nourrir. Un manque qui a des conséquences
sur l'ensemble du marché de la viande. Car bien qu'elle
ne concerne que 20 % de la population, la consommation
de porc a une incidence sur les prix des autres types
de viande. Les éleveurs estiment que le prix du kilo
de viande pourrait passer de 23 L.E. actuellement à
30 L.E. si l'offre de porc continue à diminuer. |
Patrons
mieux lotis
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| Cependant,
le sort de tous les zabbalines n'est pas identique.
Les grands patrons s'en sortent mieux que les petits
zabbalines. Mais eux aussi ont été lésés par
l'arrivée des entreprises qui se sont accaparées la
plus grande partie du marché. « J'ai une usine
et des dépôts de papier qui ne serviront à rien bientôt.
Nous avons entendu dire que les entreprises veulent
nous vendre les ordures par tonnes. Elles ne nous ont
pas ouvertement présenté cette offre, mais c'est une
rumeur qui circule. Or, les prix évoqués sont très élevés »,
explique Adel Al-Raqabawi, l'un des chefs des zabbalines.
Les
entreprises ont refusé d'employer les petits zabbalines
analphabètes, mais elles ont signé quelques contrats
avec les patrons selon lesquels les chiffonniers sont
autorisés à collecter les ordures des maisons de certains
quartiers. Mais la valeur de ces contrats est largement
inférieure aux sommes que les chiffonniers obtenaient
directement auprès des habitants.
En
fait, chacune des entreprises a investi plusieurs dizaines
de millions de L.E. pour s'installer. Elles espèrent
augmenter leurs profits à travers le recyclage des ordures.
Pourtant, elles n'ont pas encore construit les usines
de recyclage ni commencé à mettre en place leur ambitieux
programme de production d'engrais à partir des ordures.
« Je n'arrive pas encore à évaluer les gains
que le recyclage peut engendrer, ni à calculer à quel
point il permettra de couvrir nos investissements »,
explique Khaled Al-Alami, directeur de la Société internationale
pour l'environnement, entreprise italienne chargée du
ramassage à Guiza.
Bien
qu'elles n'aient pas encore commencé à recycler, ces
entreprises refusent de céder les ordures aux zabbalines.
« Les chiffonniers volent les ordures placées
dans les containers que nous avons disposés dans les
rues, et il ne m'est pas possible de savoir les quantités
réelles que j'utiliserai plus tard dans le recyclage »,
déplore Al-Alami. De leur côté, les chiffonniers avouent,
sans aucune gène, que pour survivre, ils sont désormais
contraints d'aller dérober les ordures. |
Marwa
Hussein |
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3 questions
à Khaled Al-Alami, directeur de la Société internationale
pour l'environnement, entreprise italienne chargée de
la collecte les ordures à Guiza. |
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Al-Ahram Hebdo :
Les gens se plaignent de la qualité du service des
nouvelles entreprises étrangères de ramassage des ordures.
Quels arguments leur opposez-vous ?
Khaled Al-Alami : Pour
juger notre travail, il faut comparer la propreté des
rues avant l'intégration des entreprises et actuellement.
Nous avons commencé notre travail dans le quartier d'Imbaba,
l'un des quartiers les plus populaires, les plus surpeuplés
et les plus sales du Grand-Caire. Nous avons ramassé
20 000 tonnes d'ordures accumulées avant le début
de notre travail. Et nous collectons chaque jour 600
tonnes d'ordures. D'autre part, le maqlab du
gouvernorat de Guiza se situe à Chabramant, soit à presque
300 kilomètres d'Imbaba. Croyez-vous que le zabbal
traditionnel faisait ce chemin chaque jour avec son
chariot à âne ? Bien sûr que non. Les chiffonniers,
les « zabbalines », triaient les ordures,
prenaient ce dont ils avaient besoin et laissaient le
reste traîner dans les rues d'Imbaba. Quant aux plaintes
dont vous parlez et des ordures qui persistent dans
les petites ruelles, il s'agit soit de terrains privés
où le gouvernorat lui-même nous a demandé de ne pas
intervenir ou bien de ruelles non asphaltées où les
ordures se sont accumulées et nous ne parvenons à prélever
que les couches supérieures en raison de difficultés
techniques.
— Pourquoi seules des entreprises
étrangères ont obtenu ces contrats ?
— C'est une question d'efficacité.
Toutes les entreprises étrangères ont présenté des offres
inférieures à celles présentées par les entreprises
égyptiennes, inférieures même au budget prévu par les
gouvernorats. Les entreprises égyptiennes sont loin
de la rationalité économique. Pour un travail qui ne
nécessite que 2 000 employés, des entreprises égyptiennes
en voulaient 6 000. D'autre part, nous comprimons
les ordures pour qu'elles prennent moins de place, alors
que les entreprises égyptiennes réclamaient de plus
larges déchetteries. Nous avons aussi tout un système
pour se débarrasser des déchets solides. Bref, l'attitude
et la vision des entreprises étrangères est tout à fait
différente.
— Votre travail a des conséquences
sur la vie des zabbalines qui ont perdu leur
travail ou risquent de le perdre après la généralisation
de cette expérience dans les autres quartiers du Caire
et de Guiza. Qu'en pensez-vous ?
— Ma réponse va peut-être vous
étonner, mais je suis impressionné par l'efficacité
et l'organisation de ces gens ainsi que par leur sens
pratique et leur crédibilité financière rare en Egypte.
Ce n'était pas mon avis il y a quelques mois. Au contraire,
je refusais complètement de faire du business avec les
patrons. Actuellement, je travaille en association avec
les patrons des deux associations de zabbalines.
J'ai signé avec eux un contrat de 470 000 de L.E.
selon lequel une partie des anciens zabbalines
collecte les ordures des maisons et ils reçoivent 1,5
L.E. pour chaque appartement. Je leur ai même proposé
d'acquérir des parts dans l'entreprise.
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Propos
recueillis par M. H. |
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