Al-Ahram
Hebdo : Vous avez refusé de donner votre
impression sur la sélection égyptienne avant de la voir
jouer. Plus d’un mois passé après votre arrivée, et
après les matchs amicaux disputés face au Japon, comment
évaluez-vous le niveau de l’équipe ?
Jörn
Uwe Lommel : Je pense que notre tournée au Japon
(du 15 au 22 juillet) était très importante, parce qu’elle
m’a permis de suivre de très près le jeu et le comportement
de tous les joueurs face à différentes situations. Nous
avons perdu notre premier match avec une large différence
de buts. Au cours de ce match, les joueurs ont commis
plusieurs erreurs. Mais, les conditions n’étaient pas
optimales lors de cette première rencontre. D'abord,
l’équipe a fait un long voyage en avion pour arriver
au Japon. Par ailleurs, ce groupe de joueurs jouaient
pour la première fois ensemble après les changements
intervenus au sein de l'équipe après le dernier Championnat
du monde où elle a terminé à la 15e place. L'effectif
est désormais rajeuni, après l’éviction des joueurs
les plus âgés. La pression était donc importante sur
cette nouvelle équipe. Pour moi, c’était très intéressant
d’observer leur comportement, ça me permet de bien préparer
le travail à venir.
Mais
nous avons réussi à tirer les conséquences des erreurs
du premier match pour bien jouer la deuxième rencontre,
et l'équipe a très bien joué au cours de la première
mi-temps. Les joueurs ont pu mieux exprimer leur jeu
au cours de ce deuxième match, même si nous l’avons
perdu de peu à cause d’un mauvais arbitrage. Voilà,
j’ai commencé mon vrai travail d'entraîneur. Je comprends
mieux les joueurs.
Pendant
les entraînements, avant la 3e rencontre, nous avions
décidé de remporter le dernier match avant de rentrer
en Egypte. Et, nous avons réussi avec une différence
de 9 buts. Je visai la victoire, et les joueurs ont
suivi mon système. C’est excellent !
— Quelles
sont, selon vous, les lacunes de votre équipe ?
— A
cette phase de préparation, je dois bien observer mes
joueurs. Par exemple, j’ai remarqué que, en comparaison
avec les Japonais, les joueurs égyptiens étaient plus
lents, se fatiguaient plus vite. Je crois qu’ils ne
sont pas suffisamment préparés physiquement. Pour la
suite, nous allons mettre en place des entraînements
très intenses. Alors seulement, les joueurs pourront
exprimer toutes leurs capacités.
— Pensez-vous
effectuer des changements au sein de l’équipe, ou engager
de nouveaux joueurs à certains postes ?
— L’équipe
a déjà été renouvelée. On a démantelé l’ancienne équipe
qui a fait chuter l’Egypte à la 15e place mondiale en
2003, après une 4e place au Mondial de 2001. Il est
possible que des joueurs de l’équipe juniors, qui disputera
ce mois-ci le Championnat du monde de la catégorie au
Brésil, rejoignent la sélection après le Mondial. Mais
actuellement, on ne peut pas perturber leurs préparations.
Chercher d’autres joueurs pour l’équipe n’est pas essentiel
pour le moment, il faut plutôt se concentrer afin d’être
à même de remporter les trois matchs des qualifications
pour les Jeux olympiques d’Athènes, qui se dérouleront
en Angola, du 15 au 22 septembre prochain.
Chaque
équipe a besoin de développer ses positions. Et, les
remplaçants doivent mettre de la pression sur les titulaires.
Les joueurs peuvent alors jouer leur meilleur handball
en étant fiers de représenter leur pays.
— Quelles
sont les chances de l‘Egypte aux prochaines qualifications
des JO, face à la dure concurrence de la Tunisie, de
l’Algérie et du Maroc ?
— La
Tunisie, l’Algérie et l’Egypte vont se battre pour remporter
le seul ticket africain pour les JO. Il est évident
que ces éliminatoires seront difficiles, surtout que
ces équipes se connaissent très bien. L’ex-sélectionneur
des Pharaons, le Yougoslave Zoran Zivkovic, est d’ailleurs
l'actuel directeur technique de la Tunisie. Cela nécessite
une préparation très spéciale, différente de l’entraînement
pour les Jeux olympiques ou le Championnat du monde.
Les joueurs doivent être bien préparés psychologiquement
pour l’événement.
Ma
mission est de qualifier l’Egypte aux prochains JO.
Nous devons faire tout pour se qualifier. Je considère
que les chances des trois équipes sont à égalité.
— Pensez-vous
que deux mois seront suffisants pour bien préparer la
sélection aux éliminatoires olympiques ? Aurez-vous
le temps d’appliquer votre système de jeu ?
— Je
n’ai pas d'autre choix. Avant d'arriver, je savais qu’il
ne restait que deux mois avant les éliminatoires. Je
me concentre plutôt sur ce que l'on doit faire pendant
ces matchs. L'esprit d'équipe est très important. Si
les joueurs sont suffisamment motivés, s’ils sont bien
concentrés, alors le peu de temps qui reste ne représente
pas un problème.
J'ai
découvert au Japon que l’équipe possède de bons réflexes,
que nous pouvons garder. Naturellement, je veux changer
le système et appliquer mes idées, mes tactiques. Je
veux qu’ils parviennent à gagner les matchs et pas seulement
à bien jouer. Je dois réussir à transmettre ma vision
du jeu aux joueurs. J'ai déjà commencé à marquer l'équipe
de mon empreinte pendant notre séjour au Japon.
— Ne
craignez-vous pas de perdre la qualification pour les
JO ?
— Ce
n’est pas dans mon esprit. Je suis en Egypte pour bien
faire mon travail et remporter la victoire aux éliminatoires,
même si je respecte les équipes adverses.
— C’est
la première fois que vous entraînez une sélection nationale.
N'est-ce pas une responsabilité que d'entraîner l’équipe
égyptienne ?
— Bien
sûr. C’est une décision qui s’impose. Entraîner est
ma vie. Evidemment, le contexte est différent entre
une sélection nationale et un club de la Bundesliga
(championnat allemand), mais la pression reste la même.
Et comme la plupart des joueurs de la sélection évoluent
dans des clubs égyptiens, ils sont souvent ensemble,
ils se connaissent bien. C’est presque le même travail
sauf qu’en club, nous jouons, chaque semaine, des matchs
décisifs.
Le
fait d'entraîner une équipe nationale est une bonne
opportunité pour tout entraîneur de handball. C’est
un niveau plus haut dans ma carrière. Pour moi, c’était
le bon moment pour progresser dans ma carrière. C’est
vrai que je n’avais jamais pensé à entraîner la sélection
égyptienne, et je savais peu de chose de l’Egypte. Mais,
je commence déjà à comprendre la mentalité de l’équipe,
et depuis que je suis arrivé ici, je prends conscience
du potentiel de l'équipe.
Je
sais que l’Egypte s’est révélée être une grande nation
de handball, ces 12 dernières années. Mais, elle doit
éviter les mauvais résultats des derniers Championnats
du monde, au Portugal. Je dois profiter de la volonté
de changement qui règne au sein de l’équipe.
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