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La vie mondaine
Voitures anciennes . Le charme éternel des vieilles épaves continue d'agir sur une poignée de collectionneurs, nostalgiques d'une époque où les voitures avaient de la noblesse.
Dans le rétro ...
Une façon originale de célébrer un mariage. Inès et Walid ont l'impression d'appartenir à un cortège princier« Ce modèle si cher à mon cœur est le témoin d'une certaine époque. Etre le propriétaire d'une voiture qui a appartenu à Talaat Harb, une figure importante de l'histoire égyptienne, m'emplit de fierté », confie Adel Al-Bédeiwi, officier dans l'armée, et passionné de voitures anciennes. « Admirez ces grands phares d'origine et ces pneus montés sur des jantes métalliques ! », poursuit-il, tout en caressant la carrosserie avec beaucoup de délicatesse. Quand il évoque sa Ford, on a l'impression d'entendre un soupirant qui parle de sa bien-aimée. Ses yeux scintillent de mille feux et les histoires qu'il relate n'en finissent pas. La voiture, couleur pétrole métallisée, date de 1906, est toujours en excellent état, comme si elle sortait tout droit de l'usine. Son moteur fonctionne toujours à l'aide d'une manivelle, et ce grâce aux petits soins que lui prodigue régulièrement son propriétaire. Chaque semaine, il la met en marche, la bichonne, vérifie le niveau d'huile, l'état de la batterie et des pneus. Et ses assistants n'osent pas y toucher, de peur de le contrarier. Bédeiwi compare sa précieuse voiture à une vieille dame qui réclame beaucoup d'attention.

Pour lui, les plus beaux moments sont ceux qu'il passe à l'intérieur de son hangar, en compagnie de sa dulcinée. Là, enfoui parmi une pile de revues, de voitures en miniatures et de catalogues conçus pour ce genre de véhicules, il reste des heures enfermé dans cet univers qui lui appartient à lui seul. Mais Bédeiwi ne possède pas seulement cette belle Ford, dix autres voitures anciennes font partie de sa collection. A chacune sa journée de promenade ... Un jour, c'est la Rolls-Royce, le lendemain c'est la Jaguar, le cabriolet ou la Cadillac, et ainsi de suite. Cette passion, il l'a héritée de son père, lui-même grand passionné des voitures anciennes.

Pour Bédeiwi, la recherche d'une pièce rare est en soi un plaisir : faire le tour des marchés en quête de pièces de rechange ou d'un modèle qui remonte aux années 1940 et 50, trouver les héritiers pour entamer la procédure d'acquisition, régler les papiers pour obtenir la carte grise, assister à des ventes aux enchères dans l'espoir de dégoter un modèle rare dont lui seul connaît la valeur ...

Une passion qui lui coûte cher puisqu'il doit prendre contact avec des sociétés, envoyer des fax et des e-mails, et même faire des voyages à l'étranger pour ramener les pièces détachées ou des pneus montés sur des jantes métalliques : le prix de quatre pneus peut atteindre les 10 000 L.E., et un tableau de bord d'origine coûte environ 5 000 L.E. Bédeiwi raconte qu'un jour, alors qu'il était au volant de sa Mercedes (Chabah), presque neuve, il a vu passer le même modèle, datant des années 1960. Une aubaine pour compléter sa collection. Il n'a pas hésité à demander au propriétaire de l'échanger contre la sienne. Il lui a versé un surplus de 5 000 L.E. en lui faisant croire qu'il sortirait gagnant dans l'affaire. Et bien que Bédeiwi possède des voitures d'une grande valeur, il refuse de s'en séparer, car il y tient comme à la prunelle de ses yeux. « On m'a proposé 605 000 L.E. pour ma Ford, mais j'ai refusé. Elle fait partie du patrimoine national. Lire l'admiration dans les yeux des gens lorsque je suis au volant de ma voiture me comble de joie et de fierté », avoue-t-il.


En écoutant Oum Kalsoum ...

Mais Bédeiwi n'est pas le seul passionné de voitures anciennes. L'Egypte compte beaucoup d'amateurs et d'experts capables de donner au premier coup d'œil la date de leur fabrication. Kamal Hamam, directeur du Casino Qasr Al-Nil, possède une Jaguar datant de 1955 et une Buick, modèle des années 1950. Pour lui, avoir une voiture ancienne est un moyen de se replonger dans le passé et revivre une certaine époque noyée dans l'oubli. Et bien qu'il possède une Mercedes dernier cri, il préfère prendre sa Jaguar. Nostalgique, il l'est, car lorsqu'il est au volant, il écoute aussi des chansons d'Oum Kalsoum et respecte le rituel de l'époque, portant costume et cravate. « Oui, tout ce qui est ancien a de la valeur. Les gens de l'époque avaient plus de goût, y compris dans la fabrication des voitures. Aujourd'hui, tout est placé sous le signe de la débrouillardise et du factice », regrette-t-il, tout en ajoutant qu'il consacre un budget de 500 à 1 000 L.E. par mois pour l'entretien de ses voitures. Sans compter le prix de l'essence, car un plein pour une 12 cylindrés, cela revient cher. Mais Hamam a trouvé l'astuce : conduire sa Jaguar à deux heures du matin pour profiter du calme et surtout éviter les embouteillages, la voiture ne pouvant dépasser les 50 km à l'heure. « Circuler au volant d'une telle voiture impressionne non seulement les gens, mais donne aussi au propriétaire cette sensation d'appartenir à la noblesse », souligne Hamam, qui a refusé tous modifications ou rajouts, aussi bien dans la carrosserie que dans le moteur. Il tient fermement à conserver chaque pièce d'origine, car plus elle est vieille et plus elle a de la valeur. Il constate aussi avec amertume que beaucoup de personnes ignorent la valeur réelle de ces voitures. Elles les achètent uniquement pour le plaisir de se faire passer pour des millionnaires. Alors que ce genre de véhicules est considéré comme un patrimoine et ne peut être vendu en dehors du pays.

Posséder de telles voitures est souvent signe de richesse. Avoir une Rolls-Royce qu'on a payée un demi-million de L.E. révèle son appartenance à l'élite. Hanane, une femme au foyer proche de la cinquantaine, s'est offert un modèle des années 1940. Elle ne rate pas l'occasion de rappeler qu'elle est issue d'une famille bourgeoise et que son père, pacha à l'époque, était l'un des premiers à la conduire.


L'éternelle quête

Or, si quelques-uns ont les moyens de s'offrir un tel joyau, d'autres partagent cette même passion en en faisant leur profession. Sayed Sima, comme on le surnomme, travaille dans ce domaine depuis une trentaine d'années. Il loue les vieilles bagnoles aux producteurs de films. Pour lui, tout a commencé lorsqu'il a acheté la voiture du comédien Abdel-Salam Al-Naboulsi, dotée de trois roues, une à l'avant et deux à l'arrière. Depuis, il est à la recherche de vieux tacots et ne s'apaise qu'après avoir trouvé leurs propriétaires. « Je fais le tour de différents villages et me rends dans les endroits les plus éloignés pour fouiner dans les garages, rencontrer des maires ou des paysans aisés pour en dégoter une. Mes amis m'aident aussi et j'ai des commissionnaires qui font leurs propres recherches et me ramènent de nouveaux modèles », explique Sima. Et d’ajouter que parfois, il est obligé de donner tout ce qu'il possède pour acquérir une vieille caisse alors qu'il arrive aussi que les habitants d'un vieux quartier le supplient de venir enlever un tacot qui jonche la rue, et cela sans verser un sou.

Aujourd'hui, il possède un véritable arsenal d'anciennes voitures. Il ne songe pas à les vendre. « Il y a quelques années, je vendais un modèle rare pour m'en procurer un autre plus cher. Mais aujourd'hui, il m'est difficile de me passer de mes vieux tacots », affirme-t-il, tout en soulignant que c'est toujours à lui qu'incombe la responsabilité de fournir au cinéma égyptien des voitures de différents modèles. Sur les quatre murs de son bureau sont accrochées des photos de stars au volant de ses voitures, et il en est fier. Chacune a une histoire. « Cette Jaguar datant de 1936 a été utilisée dans le film de Sawaq Al-Hanem (Le Chauffeur de Madame), cette Cadillac dans celui de Samaa Hoss, (Silence !) etc. ».

En face de son bureau est garé un vieux tacot. Depuis 5 ans, il cherche des pièces de rechange pour pouvoir le réparer. « Je suis fou de joie lorsqu'un véhicule immobilisé parvient à démarrer et à rouler à côté d'autres plus modernes », explique-t-il, tout en ajoutant que les réparations lui coûtent cher. Il espère obtenir un jour une aide de l'Etat afin de ressusciter cet art en voie de disparition.

D'ailleurs, les temps lointains ont aussleur charme aux yeux des plus jeunes. Inès, 26 ans, a décidé de célébrer ses noces à bord d'une vieille Mercedes des années 1950 qu'elle a louée pour l'occasion à 600 L.E. « J'a voulu sortir du train-train traditionnel et célébrer mon mariage de façon originale. La soirée sera remplacée par une réception matinale en plein air et la voiture n'aura pas besoin de décor particulier. Je me sentais entourée d'un cortège princier et il me semblait être revenue dans Le Caire des années 1950 ... ». Depuis, plusieurs de ses amies ont opté pour ce type de cérémonie.

Chahinaz Gheith
 

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