La démarche
adoptée au long de ce travail de recherche sous la direction
de Wahid Abdel Méguid,directeur adjoint du CEPS avec la
participation de six autres chercheurs du centre s'est basée
sur deux méthodes distinctes. A savoir la méthode des analyses
inspirées des études académiques effectuées sur des pays
du tiers monde, et celle des sondages, statistiques et interviews.
De quoi faire de ce travail opéré par Gamal Abdel Gawad,
Ahmed Nagui Kamha,Ahmed Meineissi,Ayman Al Sayed Abdel Wahab,Hanaa
Ebeid et Sobhi Eisseila, une étude de cas centré autour
de l'Egypte par excellence.
Tout d'abord
l'étude fait remarquer que c'est le contexte socio historique
qui diffère d'un pays à l'autre et qui définit dans une
large mesure les relations entre les composantes de la vie
politique interne. Ainsi chaque pays a nécessairement son
expérience, son processus démocratique, sa culture démocratique,
qui lui sont propres. Mais pour bien comprendre le processus
démocratique dans un pays en voie de développement, il faudrait
tenter d'analyser en premier lieu la culture démocratique:
du pouvoir, ainsi que celle de l'opposition, de la société
civile et de l'électorat. Bref,comment chacun de ces acteurs
de la vie politique perçoit l'autre.
Sur ce, l'étude
remonte à l'origine de l'Etat égyptien contemporain. Cet
Etat a été en fait baptisé par les Officiers libres le 23
juillet 1952.Un Etat qui a vu le jour dans des conditions
d'instabilité, de bouleversements socio-politiques et socio-économiques
sur les plans intérieur et extérieur.
Pour le pouvoir
à l'époque, la stabilité du pays ne pouvait être garantie
sans que les officiers libres ne contrôlent la politique
et les rouages de l'économie. Ce comportement du pouvoir
nassérien s'expliquait en fait par le climat d'extrême méfiance
qui régnait entre l'Etat naissant fragile et le pouvoir
solide ancré de la société civile. Un pouvoir basé sur une
lointaine dépendance de la classe paysanne à l'égard des
propriétaires féodaux qui étaient dans leur majorité des
pro-occidentaux. Ainsi les représentants de la société civile
étaient perçus par l'Etat nassérien comme des rivaux à supplanter.
Et les partis politiques ne devaient pas voir le jour afin
que la personnalité carismatique de Nasser soit l'unique
référence du régime. Progressivement tout au long des années
50 et 60,le régime politique devient un régime clos,
c'est à dire limité à un petit groupe qui détient le
pouvoir . La première rupture survient lorsque Sadate arrive
au pouvoir en 1971. Conscient des effets néfastes de l'autoritarisme
des années 50 et 60, il lance en novembre 1976 le multipartisme
politique, annonçant la fin de l'abolition des partis politiques
et l'effacement total de la société civile qui prévalaient
depuis 23 ans. Sur le plan économique,Sadate encourage l'entreprise
privée et invite investisseurs nationaux et internationaux
à sauver l'économie égyptienne soufrant de 23 ans d'étatisation
et de bureaucratie. .Mais la roue de l'Histoire tourne toujours
à son gré. En fait Sadate fut surpris par une suite d'événements
imprévisibles, par une force croissante de l' opposition
et par les litiges qui ont accompagné les accords de paix
avec Israël.
La zizanie
entre le pouvoir et l'opposition s'affirme et s'accentue.
Des arrestations
massives se poursuivent, à droite comme à gauche. Le tournant
le plus tragique fut l'assassinat de Sadate, l'homme qui
a donné le coups d'envoi au processus démocratique après
plus de deux décennies de pouvoir absolu!.
Cette longue
histoire mouvementée, appuyée par des statistiques fournissent
deux clés de compréhension de l'actuelle situation de la
transition démocratique en Egypte.
Les taux proportionnels
des effectifs des partis politiques egyptiens sont les suivants:
Parti National Démocrate au pouvoir(95,10%),Al Wafd(0,80%),le
Rassemblement(1,50%),les Libéraux(1,90%),le Travail(0,80%).
L'etude soutient que ces partis politiques ne jouissent
en fait que d'un minimum d'influence politique.A titre d'exemple
le PND est dans une large mesure dépendant du pouvoir exécutif.En
fait l'ampleur de l'effectif du PND sert essentiellement
à consacrer les politiques du gouvernement.
D'ailleurs,
le citoyen lambda choisit son candidat en fonction des critères
suivants: la bonne réputation du candidat(21,8%),le programme
du candidat(5,8%)(!),le candidat est un parent ou un proche(2,8%),le
candidat est en mesure de rendre des services(64,2%)(!!),le
candidat est du gouvernement(4,8%),de l'opposition(0,3%),indépendant(0,4%).
Et reste toujours
que les tendances dominantes demeurent comme suit :justice
sociale et lutte contre la pauvreté et la misère(46,4%),
religion (34,1%) et liberté(16,7%).
Les indices
susmentionnés révèlent que l'électeur étant absorbé par
les soucis du quotidien ne s'avère pas en mesure de penser
l'avenir politique. Pour ce, il ne s'intéresse qu'au candidat
qui puisse lui accorder des faveurs et des services directs.
Et d'habitude, c'est le candidat du pouvoir qui est le mieux
apte à remplir cette fonction. C'est pour cela ce candidat
ne trouve pas de véritable difficulté à remporter les élections.