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Essais. Parmi les nombreux essais consacrés au phénomène de la mondialisation, celui de James Petras et Henry Weltmeyer se distingue par ses analyses acerbes et son langage sans complaisance aucune pour les demi-vérités.

La résistance est encore à l'ordre du jour.

Postfacé par Noam Chomsky, La Face cachée de la mondialisation est en effet à classer parmi les plaidories les plus radicales contre ce que les auteurs préfèrent appeler "L'impérialisme au XXIème siècle", sous-titre de l'ouvrage.

Les premiers chapitres analysent ainsi l'imposture de l'appelation même: "Le terme mondialisation est à la fois decriptif et normatif, de sorte qu'il sert à la fois d'explication -bien pauvre, il faut le dire - et d'idéologie dominant à présent la pensée, les pouvoirs et la pratique politiques. (...) En tant que norme la mondialisation implique la libéralisation des marchés nationaux et du marché mondial, suivant la croyance que la libre circulation du commerce, des capitaux et de l'information produira le meilleur résultat pour la croissance et le bien-être de l'humanité", p.9. La notion "d'impérialisme" est beaucoup plus adéquate pour expliquer les phénomènes à l'oeuvre actuellement: "Quand on utilise ce concept, le réseau des institutions qui définissent la structure du nouveau système économique mondial n'est pas perçu en termes de structures mais comme délibéré et contingent, soumis au contrôle d'individus qui représentent (...) les intérêts d'une nouvelle classe capitaliste internationale", p.11. Nouvelle classe responsable des échecs des politiques d'ajustement structurel: "D'après le PNUD (1992), depuis 1980, la disparité entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres est passée de 1 à 11 à 1 à 17. "p.26.

Les auteurs étant liés à une région du monde plusieurs fois touchée dans son histoire par l'impérialisme -James Petras "travaille depuis plusieurs années avec le mouvement des Sans Terre au Brésil" et Henry Veltmeyer est "professeur de sciences politiques à la Universidad Autonoma de Zacatecas (Mexique), l'Amérique latine occupe naturellement une place importante dans le livre. Le chapitre quatre est ainsi consacré à "l'Amérique latine et l'impérialisme euro-américain" et les études de cas dans le cinquième chapitre, sur "le labyrinthe de la privatisation", sont tirées des sociétés latino-américaines.

En face, de l'autre côté, les résistances s'organisent, coordonnées au sein du mouvement contre la mondialisation néolibérale, poussé sur le devant de la scène depuis les manifestations de Seattle contre l'Organisation Mondiale du Commerce en 1999. Les auteurs mettent en lumière plusieurs caractéristiques de ces mouvements; le fait qu'ils ont pour la plupart opté pour la rue comme espace de lutte: "la méthode la plus courante et la plus efficace, pour arrêter ou limiter l'application des politiques mondialistes, a été l'action extra-parlementaire",p.8 et le fait qu'ils ont débuté comme mouvements de défense des droits. Par ailleurs, cette opposition est inégale selon les pays mais se retrouve généralement autour du mot d'ordre "ni marché libre, ni étatisme bureaucratique". "C'est dans les projets locaux de groupes en révolte et/ou dans la transformation programmatique qu'effectuent des mouvements en lutte que l'on trouve aujourd'hui les alternatives. (...) On y trouve le réseau de coopératives rurales orgnisé au Brésil par le MST [Mouvement des Sans Terres] qui comprend plus de 150000 familles, (...) les propositions pour démocratiser les universités au Chili et en Argentine; les propositions d'autogestion mises en avant par l'aile radicale des syndicats en France, en Corée du Sud et en Italie.", p.87.

Parmi les mouvements d'opposition, les auteurs analysent sans concession le phénomène des Organisations non Gouvernementales (ONG), "élitistes à l'intérieur, serviles à l'extérieur" mettant l'accent sur une faiblesse essentielle: leur dépendance par rapport aux "agences de financement extérieures", p.210, même s'ils mentionnent au passage des "ONG alternatives" qui "devraient cesser d'être des ONG et se dissoudre dans les mouvements socio-politiques", p.210.

C'est de ces derniers que le changement radical dont le monde a besoin pourra surgir. Les auteurs ne se contentent pas ici de poser l'alternative socialiste comme un slogan, mais donnent des propositions concrètes, remettant à jour les théories marxistes, insistant sur l'importance de la "participation populaire" dans la prise de décision "concernant la production, les coûts ou la distribution des bénéfices", p.266 , avec un retour critique sur les expériences dites communistes dans le passé: "il ne peut s'agir de revenir à un Etat bureaucratique centralisé qui réprime la démocratie populaire".

Produit à la fois d'un engagement militant et d'une expérience académique, La Face cachée de la Mondialisation donne aux citoyens du monde des arguments contre la dictature du néolibéralisme. Et aussi des raisons d'espérer.

Dina Heshmat.

James Petras et Henry Veltmeyer, La Face cachée de la mondialisation, L'impérialisme au XXIème siècle, Parangon, Paris 2002

 

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