Postfacé
par Noam Chomsky, La Face cachée de la mondialisation
est en effet à classer parmi les plaidories les plus
radicales contre ce que les auteurs préfèrent appeler
"L'impérialisme au XXIème siècle", sous-titre de l'ouvrage.
Les premiers
chapitres analysent ainsi l'imposture de l'appelation
même: "Le terme mondialisation est à la fois
decriptif et normatif, de sorte qu'il sert à la fois
d'explication -bien pauvre, il faut le dire - et d'idéologie
dominant à présent la pensée, les pouvoirs et la pratique
politiques. (...) En tant que norme la mondialisation
implique la libéralisation des marchés nationaux et
du marché mondial, suivant la croyance que la libre
circulation du commerce, des capitaux et de l'information
produira le meilleur résultat pour la croissance et
le bien-être de l'humanité", p.9. La notion "d'impérialisme"
est beaucoup plus adéquate pour expliquer les phénomènes
à l'oeuvre actuellement: "Quand on utilise ce concept,
le réseau des institutions qui définissent la structure
du nouveau système économique mondial n'est pas perçu
en termes de structures mais comme délibéré et contingent,
soumis au contrôle d'individus qui représentent (...)
les intérêts d'une nouvelle classe capitaliste internationale",
p.11. Nouvelle classe responsable des échecs des politiques
d'ajustement structurel: "D'après le PNUD (1992),
depuis 1980, la disparité entre les 20% les plus riches
et les 20% les plus pauvres est passée de 1 à 11 à
1 à 17. "p.26.
Les auteurs
étant liés à une région du monde plusieurs fois touchée
dans son histoire par l'impérialisme -James Petras
"travaille depuis plusieurs années avec le mouvement
des Sans Terre au Brésil" et Henry Veltmeyer est "professeur
de sciences politiques à la Universidad Autonoma de
Zacatecas (Mexique), l'Amérique latine occupe naturellement
une place importante dans le livre. Le chapitre quatre
est ainsi consacré à "l'Amérique latine et l'impérialisme
euro-américain" et les études de cas dans le cinquième
chapitre, sur "le labyrinthe de la privatisation",
sont tirées des sociétés latino-américaines.
En face,
de l'autre côté, les résistances s'organisent, coordonnées
au sein du mouvement contre la mondialisation néolibérale,
poussé sur le devant de la scène depuis les manifestations
de Seattle contre l'Organisation Mondiale du Commerce
en 1999. Les auteurs mettent en lumière plusieurs
caractéristiques de ces mouvements; le fait qu'ils
ont pour la plupart opté pour la rue comme espace
de lutte: "la méthode la plus courante et la plus
efficace, pour arrêter ou limiter l'application des
politiques mondialistes, a été l'action extra-parlementaire",p.8
et le fait qu'ils ont débuté comme mouvements de défense
des droits. Par ailleurs, cette opposition est inégale
selon les pays mais se retrouve généralement autour
du mot d'ordre "ni marché libre, ni étatisme bureaucratique".
"C'est dans les projets locaux de groupes en révolte
et/ou dans la transformation programmatique qu'effectuent
des mouvements en lutte que l'on trouve aujourd'hui
les alternatives. (...) On y trouve le réseau
de coopératives rurales orgnisé au Brésil par le MST
[Mouvement des Sans Terres] qui comprend plus
de 150000 familles, (...) les propositions
pour démocratiser les universités au Chili et en Argentine;
les propositions d'autogestion mises en avant par
l'aile radicale des syndicats en France, en Corée
du Sud et en Italie.", p.87.
Parmi
les mouvements d'opposition, les auteurs analysent
sans concession le phénomène des Organisations non
Gouvernementales (ONG), "élitistes à l'intérieur,
serviles à l'extérieur" mettant l'accent sur une faiblesse
essentielle: leur dépendance par rapport aux "agences
de financement extérieures", p.210, même s'ils mentionnent
au passage des "ONG alternatives" qui "devraient cesser
d'être des ONG et se dissoudre dans les mouvements
socio-politiques", p.210.
C'est
de ces derniers que le changement radical dont le
monde a besoin pourra surgir. Les auteurs ne se contentent
pas ici de poser l'alternative socialiste comme un
slogan, mais donnent des propositions concrètes, remettant
à jour les théories marxistes, insistant sur l'importance
de la "participation populaire" dans la prise de décision
"concernant la production, les coûts ou la distribution
des bénéfices", p.266 , avec un retour critique sur
les expériences dites communistes dans le passé: "il
ne peut s'agir de revenir à un Etat bureaucratique
centralisé qui réprime la démocratie populaire".
Produit
à la fois d'un engagement militant et d'une expérience
académique, La Face cachée de la Mondialisation
donne aux citoyens du monde des arguments contre la
dictature du néolibéralisme. Et aussi des raisons
d'espérer.