Al-Ahram
Hebdo :
Le gouvernement a autorisé il y a quelques années la création
d'universités privées. Cependant, les diplômes décernés
par ces universités ne sont toujours pas reconnus. Pourquoi ?
Moufid Chéhab : Le gouvernement
représenté par le Haut conseil des universités accrédite
les diplômes des universités privées par l’intermédiaire
d'une commission qui est la commission des équivalences.
Celle-ci est affiliée au haut conseil considéré comme la
plus haute autorité en matière d'enseignement. Il comprend
une élite de scientifiques égyptiens dans les divers spécialisatés.
La décision d’accréditer ou de faire une équivalence est
une décision liée à la performance scientifique et aux capacités
financières et humaines de chaque faculté. Elle ne relève
pas d'une décision politique ou administrative. Plus de
la moitié des diplômes décernés par les universités privées
ont déjà été accrédités.
— Les élèves et les parents se
plaignent en permanence de la hausse des pourcentages requis
au bac pour accéder aux universités. Comment peut-on remédier
à ce problème ?
— La hausse des pourcentages requis
pour accéder aux universités est la conséquence de ce qui
se passe aux examens du bac, ce sujet n’est pas du ressort
du ministère de l’Enseignement supérieur.
— Certains
réclament la suppression des bureaux d’orientation et l’accession
aux universités par l’intermédiaire des examens d'aptitude.
Etes-vous d’accord avec cette idée ?
— Il
est impossible de supprimer entièrement le bureau d’orientation
pour que l’accès aux universités se fasse uniquement par
l’intermédiaire des examens d'aptitude. Le bureau d’orientation
demeure le système le plus juste car il est régi par des
règles strictes qui ne donnent lieu à aucun favoritisme.
En effet, il répartit les élèves en fonction de leurs notes
obtenues au bac en opérant un équilibre entre les notes
et la volonté de l’élève et en prenant en considération
les aptitudes personnelles et les besoins du marché du travail.
— S’il
est impossible d’appliquer un système basé sur les examens
d'aptitude, comment est-il possible d'améliorer l'actuel
système d'admission aux universités ?
— Nous
améliorons actuellement le système d’admission aux universités
en introduisant des tests d'aptitudes dans certaines facultés
comme les mass médias, le tourisme et l’hôtelerie, les beaux
arts et les arts appliqués.
— On
a longuement parlé du développement de l’enseignement universitaire.
Cependant, rien ne change. Pourquoi ?
—
Les conditions de l’enseignement supérieur en Egypte
ont été étudiées dans une conférence nationale tenue en
2000. Cette conférence a abouti à l’élaboration d'un document
sur le développement de l’enseignement supérieur. Ce document
s’est traduit par un plan de développement comprenant 25
projets. Ces projets doivent être exécutés durant la période
2002 -2017. Le gouvernement a accrédité ce plan de développement
et a fourni le financement nécessaire soit 720 millions
de L.E. en plus d’un financement étranger s’élevant à 62
millions de dollars et 11 millions d’euros. Nous avons effectivement
commencé l’exécution de ces projets.
— L’enseignement
supérieur n'est pas adapté aux besoins du marché du travail.
Quels sont les plans du ministère pour faire face à ce problème
?
— Dire
que l’enseignement supérieur n'est pas adapté au marché
du travail serait injuste et imprécis. Cependant, il est
vrai qu’il y a un surplus dans certaines spécialisations
et un manque dans d’autres. Cela fait plusieurs années que
nous avons lancé des programmes pour développer les institutions
éducatives afin qu’elles soient capables de répondre aux
exigences du marché du travail. Ces programmes envisagent
par exemple de créer un plus grand nombre de facultés d’informatique,
d'insister sur les aspects pratiques durant les deux dernières
années d’études dans les diverses universités, de même que
de développer les cursus universitaires afin qu'ils soient
mieux adaptés au marché du travail. Cette expérience est
déjà été appliquée dans les domaines des études médicales,
médiatiques et agricoles.
— Est-il
prévu d'ouvrir de nouvelles universités publiques égyptiennes ?
Comment seront-elles financées ? Encouragerez-vous
la création de nouvelles universités et instituts privés
pour combler le fossé entre le nombre d'universités et celui
des étudiants ?
— Nous
agissons en vue de créer nouvelles universités. Nous commencerons
durant les prochaines années en transformant certaines branches
d'universités gouvernementales en universités indépendantes.
— Vous
aviez déclaré avoir reçu un grand nombre de demandes relatives
à la création de nouvelles universités privées mais que
vous n’y répondriez que si les universités privées actuelles
prouvaient leur compétence. Ne l’ont-elle pas encore fait ?
— Il
existe actuellement 6 universités privées qui constituent
une branche importante de l’enseignement supérieur en Egypte.
Elles en sont à leur 7 ème année académique. Elles évoluent
et se développent et nous les soutenons et suivons leurs
performances et et leurs activités afin de leur donner davantage
de crédibilité auprès de l’opinion publique. Il s’agissait
de l’exercice d’un devoir essentiel de l’Etat et d’un aspect
de sa souveraineté qui est la supervision de son système
d’enseignement supérieur qu’il soit gouvernemental ou privé.
Comme je l’ai dit la situation s’améliore d' année en année
et les universités privées commencent à tirer les leçons
des erreurs qui ont été comises au cours des premières années.
Les aspects négatifs disparaissent graduellement. Il incombe
à présent à ces universités de prouver leurs capacités et
de réaliser un équilibre entre profit d'une part et sérieux
et qualité de l'enseignement d'autre part.
— Qu'entend
faire le ministère pour résoudre la crise actuelle entre
le syndicat des médecins et la faculté privée de médecine
du 6 octobre, le syndicat ne voulant pas recnnaitre
les diplômes décernées par cette faculté ?
— Le
rôle du ministère est de suivre le processus de formation
académique et scientifique dispensé par les universités
privées aux étudiants pour qu’ils puissent à l’avenir exercer
au mieux leur profession. C’est ce qui s’est passé avec
les facultés de médecine de l'université du 6 octobre et
de l'université Misr pour les sciences et la technologie.
Le ministère a suivi de près la création des hôpitaux universitaires
dans ces deux établissements. Puis un plan a été élaboré
par l’intermédiaire du conseil des universités privées pour
la formation pratique des étudiants. Celui-ci est actuellement
en application en coopération avec les facultés de médecine
des universités du Caire et de Ain Chams.
— De
plus en plus d'étudiants choisissent les filères littéraires
plutôt que scientifiques. Pourquoi ?
— C'est
un fait. Les résultats du bac confirment que ce genre de
filières attirent moins les étudiants.
— La
vie politique est quasi absente à l'université. Cette situation
peut-elle changer un jour ?
— Il
faut d’abord nous mettre d’accord sur la notion de vie politique
au sein des universités. Si vous entendez par là le fait
de militer pour des partis politiques alors je peux vous
dire que ceci est inacceptable car il affaiblit la grande
famille que représente l'université. Par contre, si la vie
politique signifie la participation à formation et à la
culture politique, des efforts sont déployés pour donner
de l'ampleur à cet aspect à travers les groupes étudiants
et les activités universités. Cependant nous devons reconnaître
que cet aspect a besoin deplus d'attention. C'est avant
tout la tâche de l’administration et des professeurs.