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Médias .
Avec une chaîne de télé en arabe prévue dans le
budget américain de 2004, une radio et un magazine
destinés à la jeunesse arabe, Washington mène
une offensive musclée pour conquérir l'opinion
arabe et mettre un terme à l'anti-américanisme.
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Le
plan Marshall des cerveaux |
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Sawa,
Hi et Middle East Televison ...
la guerre médiatique américaine lancée en direction
des Arabes a bien commencé. Des radios, une revue
mensuelle et une télévision, le tout en arabe.
Une propagande, qui serait instrument de déformation
pour les uns, et diplomatie populaire pour les
autres. L'objectif semble le même. Il s'agit d'améliorer
l'image du pays de l'oncle Sam dans le monde arabe.
La
Middle East Radio Network, baptisée Radio
Sawa, dont le nom signifie en arabe « ensemble »,
a été lancée en 2002 et peut-être captée sur la
bande FM et bientôt AM (onde moyenne) en Egypte,
dans les Emirats, en Jordanie, en Iraq et dans
d'autres pays arabes comme le Koweït ou les territoires
palestiniens. Selon son site Internet, cette radio
vise à réaliser les intérêts américains à long
terme et à apprendre la vérité sur l'Amérique.
Pas de malentendu sur ce point, puisqu'elle est
financée par l'Administration américaine. Le Conseil
des gouverneurs pour la radiodiffusion a reçu
près de 35 millions de dollars du Congrès pour
cette station. Elle s'efforce d'être une radio
destinées aux loisirs, diffusant beaucoup de chansons
avec comme intermèdes l'actualité en bref. Mais
à la différence de sa grande sœur, Voice of
America (La Voix de l'Amérique), elle ne cherche
pas à renverser des régimes comme cela était le
cas lorsque cette radio, en russe et dans les
langues de l'Europe de l'est, s'en prenait à l'ex-URSS
et au Pacte de Varsovie.
Les
autorités américaines ont constaté qu'apparemment,
la Voix de l'Amérique qui diffuse également
ses émissions en arabe jouit de peu d'audience
dans le monde arabe, car elle est jugée trop pro-israélienne.
Le président du Conseil des gouverneurs qui supervise
la radiodiffusion des émissions vers l'étranger
a déclaré que les Etats-Unis n'ont pratiquement
pas d'auditeurs de moins de 25 ans dans le monde
arabe où plus de 65 % de la population a
moins de 30 ans. Cette radio vise l'esprit et
le cœur des jeunes, non ceux qui haïssent les
Etats-Unis, mais ceux qui sont irrités par eux.
Ces auditeurs peuvent sur le long terme changer
de sentiment, en devenant compréhensifs. Selon
Hassan Emad, professeur de radio et télévision
à la faculté de communication, « VOA utilise
des moyens plus directs et sa tendance politique
est claire tandis que Sawa a une apparence
de variétés. Mais le but est le même ».
C'est cet objectif déclaré de vouloir changer
l'esprit des jeunes Arabes qui fait que la région
est beaucoup plus réticente à son égard qu'à l'égard
d'autres radios comme la britannique BBC
ou la française Radio Monte-Carlo.
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La jeunesse comme
cible
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Dans
ce grand projet d'offensive sur les cœurs des
jeunes Arabes, l'Administration Bush a lancé
une deuxième arme pour diminuer le niveau de
l'anti-américanisme. Hi (Salut), un magazine
mensuel qui vise les Arabes de 18 à 35 ans en
leur ouvrant « une fenêtre sur la culture
américaine ». Cette publication, dont
le budget annuel va de 3 à 4 millions de dollars,
fait partie du Magazine Group et publie
des articles sur l'éducation, la technologie,
la musique. Mais ne contient pas un seul mot
sur l'invasion de l'Iraq ou sur le conflit israélo-palestinien.
Christopher Ross, coordinateur spécial de la
diplomatie publique au Département d'Etat, a
déclaré dans le Daily Star que « Hi
est un moyen de fonder sur le long terme
des relations avec les individus qui seront
dans l'avenir les leaders du monde arabe ».
Les articles sont relus par un bureau éditorial
du Département d'Etat « pour s'assurer
qu'ils sont complets, intéressants et constructifs »,
ajoute Ross. Par ce magazine Hi, devenu
mot courant pour la plupart des jeunes du monde
arabe, les Américains cherchent à ouvrir un
dialogue avec ceux-ci.
La
télévision, elle, n'est pas encore lancée, il
faudra attendre 2004. Son financement est déjà
prévu dans le budget américain pour un coût
de 30 millions de dollars. Elle s'intitulera
Middle East Television Network (METNA).
Le Département d'Etat a cherché à doubler son
budget, arguant du fait que ce projet entre
dans le cadre de la diplomatie publique. Après
les événements du 11 septembre, les Etats-Unis
se sont sentis isolés sur les plans politique
et populaire. Le Département d'Etat estime que
ce fossé crée une atmosphère négative pour son
propre travail, notamment tout ce qui concerne
la sécurité nationale américaine. Ross avait
déclaré que la rue arabe est devenue « un
phénomène qui mérite notre attention pour comprendre
l'opposition à laquelle nous faisons face ».
Selon le quotidien arabe Al-Charq Al-Awsat,
cette télévision ne sera pas consacrée à l'information
en continu, mais elle sera « La
Fox news en arabe » avec des talk-shows
et des programmes de variétés. Cette chaîne
entre dans le cadre d'un projet plus vaste qui
cherche à lancer des publications indépendantes
des gouvernements arabes. La ligne éditoriale
comprendra de 5 à 10 % d'articles destinés
à améliorer l'image de « l'Ugly American »
comme le dit un célèbre film. Fahmi Howeidi,
intellectuel égyptien de tendance islamiste
modérée, cite un rapport élaboré par des responsables
de l'ambassade américaine au Caire et de l'USAID
selon lequel « les Américains ont bloqué
23 millions de dollars pour restructurer la
presse arabe qui est la seule capable d'assurer
la naissance de sociétés ouvertes et démocratiques
à l'américaine ».
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Diplomatie publique
ou lavage de cerveau ?
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Ces
démarches « de lavage de cerveau collectif »
se sont intensifiés depuis le 11 septembre et
avec la naissance de chaînes satellite arabes
de plus en plus crédibles. Les Etats-Unis les
ont accusées d'être anti-américaines et de faire
« une présentation incendiaire »
des événements, notamment pendant la guerre en
Iraq, et par la suite. L'irritation est d'autant
plus vive que le secrétaire d'Etat américain,
Colin Powell, et d'autres hauts responsables se
sont engagés, pour la première fois, dans une
large série d'interviews avec des médias arabes
dans l'espoir de redresser l'image des Etats-Unis
dans la région où il y a « beaucoup d'anti-américanisme »
selon Powell. Henry Hyde, président de la commission
des Affaires étrangères à la Chambre des représentants,
estime de son côté qu'« une grande partie
de la presse étrangère décrit quotidiennement
les Etats-Unis comme une force maléfique, accusant
notre pays d'un nombre infini de complots malfaisants
contre le monde. Dans notre lutte contre le terrorisme,
nos actions sont généralement décrites dans le
monde musulman comme des actes de guerre contre
l'islam ». Ceci justifie selon lui les
projets médiatiques en cours à destination du
monde arabe. Il l'inscrit aussi dans le processus
appelé diplomatie publique.
Ce
nom collectif est donné aux efforts du gouvernement
américain pour expliquer au monde sa politique
étrangère et familiariser les autres peuples avec
les Etats-Unis. Il comprend la diffusion d'émissions
à l'étranger, les programmes d'échange, un éventail
de services d'information publique. Hyde estime
cependant qu'en plus de cette approche passive,
il existe d'autres moyens et objectifs plus vastes :
« Je parle du recours à la diplomatie
publique pour s'adresser directement aux populations
étrangères et les associer à nos efforts à long
terme en faveur de la liberté ». |
Passer outre les gouvernements
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Il
explique sans ambages, tout comme les membres
du gouvernement américain, comment ils vont changer
la carte du Proche-Orient, comment les Etats-Unis
cherchent à infiltrer la conscience arabe. « Notre
but est de poser des bases de changement à long
terme dans une région du monde à laquelle nous
avons prêté bien trop peu d'attention ».
Le moyen est tout à fait simple à ses yeux. « Nous
devons entretenir de bonnes relations avec les
gouvernements étrangers, mais il faut y ajouter
des contacts directs avec les populations elles-mêmes
sans passer par les gouvernements et les élites ».
Ce
processus est-il réalisable ? Hassan Emad
estime que « ceest fort possible parce
qu'une grande partie de l'élite intellectuelle
dans la région a suivi une formation aux Etats-Unis
et donc adopte, avec nuances, les valeurs de la
politique américaine ». Dans ce contexte,
Howeidi met en garde contre ce qu'il appelle « le
parti pris américain » dans les médias
arabes. Un autre facteur entre en jeu, les peuples
arabes ont pris l'habitude pendant des décennies
d'aller vérifier l'information auprès de radios
et télévisions étrangères, comme la BBC,
parce que les médias arabes n'étaient pas crédibles
à leurs yeux. Selon Hassan Emad, il faudra encore
plus de temps, de liberté et d'expérience pour
des chaînes comme Al-Jazeera, Abou-Dhabi
et Arabiya pour pouvoir convaincre entièrement
les téléspectateurs. « C'est pourquoi
il est difficile pour les Arabes de conquérir
l'opinion américaine, cette dernière étant très
loyale envers ses médias ». Les quelques
millions de dollars que les Arabes ont consacrés
à leur campagne médiatique internationale semblent
presque inefficaces. La tâche n'est pas pour autant
facile pour les Etats-Unis. Ils doivent s'attendre
à une concurrence acharnée. Dans le monde arabe
aujourd'hui, les médias anti-américains attirent
le plus d'audience. Les Arabes ne font pas la
distinction entre la politique des Etats-Unis
et les médias américains. Pour eux, la politique
américaine est pro-sioniste et par conséquent
anti-arabe, et tant qu'elle n'aura pas changé,
l'image de « l'Ugly American »
perdurera. |
Samar
Al-Gamal |
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Le
siècle américain? |
La
Voix de l'Amérique et Radio Free Europe
(Radio Libre Europe), instruments affûtés de la
propagande américaine, ont contribué à démanteler
l'URSS et à mettre fin au Pacte de Varsovie. Si
les Américains n'ont pas inventé la propagande
politique en tant qu'arme de guerre, ils ont été
ceux qui ont le plus perfectionné cet outil. Au
XXe siècle, le fondateur de l'hebdomadaire Time,
Henry Luc, a baptisé cette ère « le siècle
américain ». Mais des analystes ont affirmé
que cette annonce était prématurée. En fait, c'est
probablement le XXIe siècle qui sera le plus fortement
marqué par la prééminence américaine. Et pour
cause. En plus des armes de guerre et autres,
il y a l'information. Joseph Nye et William Owens
l'ont souligné dans un article prémonitoire, dans
le numéro de mars-avril de la revue Foreign
Affairs, repris depuis et jusqu'à l'heure
actuelle, et qui sert même de propagande sur certaines
pages du web. Joseph Nye a été le doyen
de l'Ecole d'administration John Kennedy à l'Université
de Harvard. Il a aussi été ministre adjoint à
la Défense, chargé des affaires internationales
durant le mandat de Bill Clinton. Owen, quant
à lui, a été vice-président du Conseil des chefs
d'état-major du gouvernement Clinton. Pour eux,
le XXIe siècle doit être américain parce que « l'information
est le nouveau matériau de l'édifice international
et les Etats-Unis sont mieux positionnés que quiconque
pour multiplier le potentiel de sources de puissance
dure et douce par l'information ». Et
les auteurs de fixer ce but, celui de soumettre
le monde à la loi américaine : « L'avantage
de l'information, en tant qu'assise de la force,
est que si elle peut accroître l'efficacité de
la puissance militaire brute, elle démocratise
aussi inéluctablement les sociétés ».
A
l'époque, c'était les sociétés ex-communistes
sorties de derrière le rideau de fer qui témoignaient
de l'efficacité de cette arme. « Les régimes
communistes et autoritaires, qui espéraient maintenir
leur pouvoir centralisé, tout en récoltant les
bénéfices économiques et militaires des technologies
de l'information, ont découvert qu'ils avaient
signé un pacte faustien ». Les auteurs
plaident pour que les médias électroniques soient
mis au service de la politique étrangère américaine,
avec des pages d'accueil sur Internet dont le
thème est « la démocratisation, la création
de marchés libres et leur fonctionnement ».
Le
pari américain sur les médias ne date pas d'aujourd'hui.
Mais l'Administration américaine et sa diplomatie
populaire ne se trompent-elles pas en faisant
l'amalgame entre ce qui a marché auparavant et
ce qui pourrait se réaliser à présent ? Devenue
une puissance agressive et conquérante, l'Amérique
ne peut plus plaider de la même manière qu'elle
le faisait du temps de l'URSS.
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Ahmed
Loutfi |
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