Homme
. Tiraillé
entre les exigences d'une société patriarcale
qui lui demande d'être un surhomme et les difficultés
qu'il a à assumer son rôle, l'homme égyptien
souffre en silence. Du bureau au foyer conjugal,
il tente de se persuader de sa propre force. |
Le
colosse aux pieds d'argile |
Cela
se passait dans une île du Pacifique. A la nuit
tombée, les hommes s'en allaient dans un coin
éloigné au bord de la mer laissant les femmes
au village. Celles-ci entendaient des rumeurs
effrayantes venant de cet endroit. Les hommes
leur disaient qu'ils combattaient les démons
pour les protéger. Jusqu'au jour où une femme
plus curieuse que les autres est allée regarder
ce qui se passait. En fait rien, c'étaient les
hommes, et non des démons, qui hurlaient et
s'amusaient. Une manière de terroriser les femmes
et de leur faire croire qu'ils les protégeaient
de terribles dangers.
Ainsi est l'homme, ont conclu
les anthropologues. Il doit jouer au protecteur
et apparaître comme un héros aux yeux des femmes.
Mais c'est aussi un colosse aux pieds d'argile.
Ce statut n'est-il pas au-delà de ses forces ?
L'idée vient rarement à l'esprit surtout dans
nos sociétés orientales où l'on n'a jamais,
du moins très peu, examiné le statut de l'homme.
D'habitude lorsqu'il s'agit de revendications,
de besoins, de frustrations, de droits et autres
questions en rapport à l'existence, c'est la
femme qui est toujours citée. C'est elle qui
est discriminée, opprimée, frustrée, celle qui
réclame davantage de soutien, de force et de
tendresse. Lui ? Il est censé donner tout
ça. Comment ? Cela va de soi. C'est l'homme,
il a été créé pour cela. Pour subvenir à tous
les besoins, soulever les fardeaux, au propre
et au figuré, protéger, écouter et comprendre.
N'est-ce pas là le privilège qui lui est accordé
par les traditions et par la religion elle-même ?
Le maître de la famille à qui l'on doit obéissance.
Mais s'est-on jamais posé la
question de savoir comment lui vit cette situation ?
« L'homme oriental est placé sous le
signe de deux obligations très dures. La première
est économique, puisqu'il est obligé de jouer
le rôle de soutien de famille. La deuxième est
psychologique, puisqu'on attend de lui un certain
comportement que dicte notre culture »,
explique Iman Beibars, anthropologue. A l'intérieur
du foyer conjugal, il ne peut y avoir la moindre
excuse s'il n'assume pas toutes les charges,
même si sa femme contribue au budget, et en
dépit de tous les progrès acquis par la femme
qui appelle à l'égalité.
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Le poids d'un foyer
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Tant
et si bien que le rôle principal de l'homme
est devenu de gagner de l'argent. « Les
femmes sont sans pitié. Tout le temps, elles
vous rappellent vos obligations surtout matérielles.
Comment allons-nous régler nos dettes ?
Comment payer les frais de scolarité ?
L'homme est surmené. A la fin, il est frustré,
parce qu'il n'a pu assumer aucun des rôles qu'on
lui demande de manière satisfaisante »,
affirme Ahmad Moustapha, fonctionnaire. On lui
demande de participer à la vie du foyer, aux
décisions concernant les enfants et d'être constamment
à leur écoute. Ceci en plus du travail qui lui
prend de très longues heures. « Beaucoup
de gens ignorent à quel point je peux être stressé
et épuisé. Le jour de congé je ne pense qu'à
rester au lit », ajoute-t-il.
Selon l'écrivain Mohamad Auda,
le problème essentiel de l'homme égyptien est
associé à ses difficultés à assurer sa subsistance.
« Dans une société de plus en plus inégalitaire,
l'homme peine pour tenter d'assurer un meilleur
avenir à ses enfants », estime-t-il.
Dans nos sociétés patriarcales,
où c'est l'homme qui gère et a le dernier mot,
à l'image de « Si Al-Sayed »,
le héros de Naguib Mahfouz, cette suprématie
masculine n'est pas un privilège gratuit. Selon
les études de l'Organisation Mondiale de la
Santé (OMS), au cours des 20 dernières années,
il a été prouvé que l'espérance de vie de l'homme
dans la région du Moyen-Orient est inférieure
à celle de la femme de 1 à 5 ans. Les hommes
sont plus menacés par la maladie d'alzheimer.
Les risques de dépression menant au suicide
sont 4 fois plus importants chez les hommes
que les femmes. La manière dont les hommes appréhendent
la dépression diffère de celle de la femme.
« L'homme cède plus facilement à la
dépression, à cause de sa dignité et de ce statut
de l'homme dans notre société. Il ne supporte
pas l'humiliation. Sa quête du pouvoir est l'un
des facteurs principaux de stabilité. Sinon,
il sombre dans cette dépression masculine si
courante aujourd'hui », explique la
sociologue Nadia Radwane.
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Le culte de la
réussite
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Le pouvoir, le culte de la
victoire font partie de l'éducation donnée aux
garçons, à la maison, et même à l'école. Il
est le privilégié en tout. Il se sert à table
le premier avant sa sœur. Il est davantage poussé
à faire des études. Même lorsqu'il s'agit de
jouer, ce sont des jeux où règne une compétition
féroce. Dans la vie comme dans le jeu, tout
est calculé en fonction du gain. Et tout se
mesure en fonction de son aptitude à réussir.
« La défaite sur le plan professionnel
comme sur d'autres plans, il la compense par
le grand nombre d'enfants qu'il fait à sa femme,
un autre moyen d'exercer son pouvoir »,
explique Iman Beibars.
Deux rôles fondamentaux dans
sa vie : sa carrière et ses rapports avec
sa femme. Les deux sont liés, parce qu'ils sont
régis selon les mêmes critères, ceux de l'échec
et du succès. La réussite dans l'une, plus précisément
la carrière, influence l'autre. C'est elle qui
lui procure le plus de sécurité.
D'ailleurs, les préjugés, l'éducation
et aussi sa propre nature lui exigent de cultiver
une certaine image, celle du meilleur et du
plus fort. Comme la société exige de lui ce
rôle, elle n'est pas tolérante non plus avec
lui. Un homme qui pleure ? Quelle honte ...
Ce n'est pas un choc, mais surtout une dévalorisation
de soi. Gihane, jeune mariée, a découvert que
son mari a considéré le foyer conjugal comme
une prolongation de sa vie avec ses parents,
sa mère surtout. « Elle ne lui a jamais
appris à donner, mais à recevoir toujours. Cela
est souvent du fait de la mère qui ne pense
jamais quel genre de mari sera son enfant. Il
s'attend donc que sa femme devienne une seconde
mère qui le dorlote et lui prépare ses mets
préférés ». D'où cette conclusion de
plusieurs épouses selon lesquelles l'homme égyptien
est égoïste et n'a pas le sens du partage. En
résumé, ce n'est pas un bon partenaire. « Il
est très dur et indifférent, même dans les moments
difficiles. Il n'écoute jamais au point que
parfois je dois me battre pour me faire reconnaître »,
dit Rawya, une jeune épouse.
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Il semble que ce manque de
communication est dû au décalage entre les deux
sexes dans la manière de traiter les problèmes
de la vie. L'idée développée par John Gray dans
son livre Les hommes viennent de Mars, les
femmes viennent de Vénus, selon laquelle
comprendre nos différences pourrait nous aider
à mieux vivre, pourrait paraître limitée à la
société américaine. Pourtant Alaa Morsi, psychiatre,
croit en cette notion et en son application
à l'Egypte. « Il y a des clefs qui facilitent
une connaissance de la psychologie de l'homme
oriental. Si la femme parvenait à le comprendre,
elle ne continuerait pas à le blâmer »,
relève-t-il. Si l'homme préfère s'isoler et
méditer en silence sur ce qui le préoccupe,
la femme, elle, poussée par l'instinct, discute
de ce qui la tracasse. Si elle dit qu'elle est
malheureuse, il le prend pour un reproche et
s'éloigne. Lui, garde ses soucis pour lui-même,
car demander de l'aide est signe de faiblesse.
Deux visions différentes du dialogue, de la
communication et de l'entente qui créent une
atmosphère persistante de tension.
Mais ce genre de différends
serait plus lié, selon Auda, aux classes aisées
qui a le luxe de débattre ce genre de questions.
C'est peut-être aussi particulier à une nouvelle
génération et un nouveau type d'hommes :
« L'homme moderne qui a ses propres
idées et besoins et une autre vision de la femme »,
soutient Amr Sélim, qui publie le magazine He
(Lui), l'une des publications destinées à un
public exclusivement masculin et qui constitue
une nouveauté en Egypte. Le mgazine présente
tout ce qui intérel'homme en tant que « décideur
dans son domaine, lui présente les sujets qui
l'intéressent, du business à l'économie en passant
par la santé, la forme, la mode même et surtout
le sexe, le couple et le mariage »,
précise Sélim. Pour lui, c'est une « ouverture
sur un cerveau masculin différent de l'image
traditionnelle », et surtout une percée
dans un univers où ce genre de magazines était
destiné à la femme. Tout en vantant l'idée de
l'homme moderne plus ouvert, il ne peut pas
s'empêcher de voir dans la jalousie et l'honneur
le véritable caractère de l'homme oriental.
C'est dire qu'il reste toujours des aspects
intouchables liés à l'homme pour qu'il ne perde
pas son rôle dominateur. « Etre un homme
c'est avoir de la dignité. Celui qui accepterait
de vivre sans dignité n'a plus de valeur »,
semble reprendre en écho Amer, peintre en bâtiment
avec sa voix rauque. Au beau milieu des siens,
il parade. Et s'il a des faiblesses et des moments
de doutes, il fera en sorte de les vivre seul,
loin des regards de la société.
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| Amira
Doss
Ahmed
Loutfi |
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Adam
n'a jamais tort |
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Pour
les femmes, l'homme idéal n'existe pas, ce n'est
pas un scoop. Les griefs féminins contre l'homme
remontent à très loin, au plus profond de nos
origines. Aujourd'hui, le moindre détail et
le moindre geste de la vie quotidienne témoignent
que cette vision n'a pas changé. Pour une femme,
il y a beaucoup de choses que l'homme ne sait
pas faire ou plutôt qu'il ne veut pas faire.
« Serviette mouillée sur le lit. Chaussettes
sales et journaux éparpillés sur la moquette.
Objets inutiles accumulés, parce que pour lui
plutôt mourir que se séparer de quoi que ce
soit ». Tout ceci est en rapport avec les
questions d'ordre et de désordre. Beaucoup de
femmes ont découvert après leur mariage que
leur conjoint a l'esprit un peu bohème. A quoi
un homme répondrait que les femmes sont aussi
méticuleuses que les fourmis ...
« Les enfants ?
C'est la responsabilité de la mère. Il ne sait
pas comment les endormir, changer les couches
ou aller les chercher à l'école ».
C'est comme s'il était acquis que tous ces problèmes
sont du ressort de la femme. Ce qu'il ne sait
pas faire aussi, c'est acheter ce qu'il faut
parce qu'il lit la liste de courses à sa manière.
Autre défaillance, il ne sait pas être tendre
lorsque sa femme tombe malade, alors que lorsque
c'est lui qui est alité, c'est quasiment la
fin du monde. Sa mémoire ? Elle est sélective.
« Il ne sait pas me dire que je suis
belle lors d'une soirée, dire pardon quand il
a tort, se rappeler de mon anniversaire, alors
que cette même mémoire est capable de se souvenir
d'une longue liste de chiffres, de dates, de
numéros de téléphones, de comptes en banque ».
Tout en sachant que tout ceci est vrai, la femme
sait aussi qu'il ne sert à rien de le blâmer,
car un homme n'a jamais tort.
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