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Après un exil
doré de 25 ans en Arabie saoudite, Idi Amin Dada, l'ancien
dictateur ougandais, un des tyrans les plus sanguinaires au
monde, s'est éteint ce samedi sans avoir jamais rendu de comptes
à la justice. Une situation sidérante quand on sait qu'il
est accusé d'avoir fait tuer de 100 000 à 300 000
personnes de 1971 à 1979. D'autres ex-dictateurs n'ont pas
eu sa chance. Ces dernières années, l'ancien président de
l'ex-Yougoslavie, Slobodan Milosevic, ou encore le Chilien
Augusto Pinochet font ou ont fait l'objet de poursuites pour
tous les crimes commis durant leur présidence.
Le décès d'Idi
Amin Dada s’est donc accompagné d’un florilège de réactions
dénonçant l’impunité dont il a bénéficié durant son exil.
La mort de l’ancien dictateur ougandais est « une
triste illustration de l’incapacité de la communauté internationale
à demander des comptes aux chefs d’Etat pour leurs abus en
matière de droits de l'homme », a estimé Georges
Ngwa, représentant d’Amnesty International. « C’est
l’indifférence de la communauté internationale, y compris
celle du Royaume-Uni et des gouvernements ougandais postérieurs
qui lui a permis d’échapper à la justice », a ajouté
le représentant de l’ONG qui réclame « une justice
internationale qui puisse rendre les gens responsables en
cas de génocide, crimes contre l'humanité ou autres graves
abus contre les droits de l'homme ». Pour l'avocat
parisien William Bourdon, l'impunité absolue d'Idi Amin Dada
s'explique par l'ancienneté de ses crimes qui étaient antérieurs
à l'entrée en vigueur des conventions internationales. A cela
s'ajoute la protection dont a profité le tyran ougandais sur
le sol saoudien.
Mais Idi Amin
Dada n'était pas le seul dans ce cas. La justice internationale
court toujours après des ex-dictateurs qui ont trouvé refuge
dans des pays les mettant à l'abri, du moins provisoirement,
d'éventuelles poursuites : l'éthiopien Mengistu Haïlé
Mariam vit ainsi un exil paisible au Zimbabwe depuis 1991
alors qu'il est accusé de « génocide » et
jugé par contumace. Enfin, plus récemment, l'ex-chef d'Etat
libérien, Charles Taylor, a regagné le Nigeria après avoir
été inculpé de crimes de guerre par le Sierra Leonne. Et cette
situation ne risque pas d'évoluer, car même si la communauté
internationale multiplie les efforts pour mettre en place
des moyens juridiques pour arrêter les dictateurs, rien ne
changera tant que des pays continueront de leur ouvrir leurs
portes. Comme en a profité Idi Amin Dada ...
Surnommé le « boucher
de l'Afrique », fasciné par Hitler et accusé d’anthropophagie,
Idi Amin Dada était né en 1925 dans une famille de paysans
appartenant à l'ethnie musulmane Kakwa, installée dans la
région d'Arua, une zone excentrée de l'Ouganda. Adolescent,
il s'engage dans les King's African Rifles (KAR), troupe
coloniale britannique de l'Afrique de l'Est avec laquelle
il participe à l'écrasement de la révolte des Mau Mau au Kenya.
A l'indépendance, en 1962, Idi Amin Dada, s'élève dans la
hiérarchie militaire grâce au soutien du premier ministre,
Milton Obote, qui deviendra bientôt chef d'Etat. En 1966,
il est nommé chef d'état-major. Mais Idi Amin Dada connaît
son heure de gloire en 1971. Avec le soutien de la Grande-Bretagne
et des Etats-Unis, inquiets des sympathies naissantes d'Obote
pour le bloc socialiste, il prend le pouvoir, sans effusion
de sang, en l'absence du président.
Dès sa prise de
fonction, près de 80 000 indo-pakistanais, accusés de
tenir l’économie ougandaise, sont expulsés et leurs commerces
redistribués à des proches. Autoproclamé « président
à vie », Idi Amin Dada étend alors la répression
à tout le pays et développe un terrorisme d’Etat, certains
ougandais suspectés de subversion apprenant par le biais de
la radio qu’ils sont « sur le point de disparaître ».
Extravagant et provocateur, le dictateur ougandais se décerne
les plus hautes distinctions de pays étrangers et nationalise
plus de 40 entreprises étrangères avant de faire passer toutes
les compagnies britanniques sous le contrôle de l'État
ougandais. Ses provocations entraînant d’ailleurs un boycottage
partiel en 1975 d'un sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine
(OUA) à Kampala.
Enfin, en 1978,
une partie de l’armée ougandaise se mutine et se réfugie en
Tanzanie. Ceci conforte les soupçons du dictateur ougandais
à l’encontre du président tanzanien Nyerere, et l’incite tout
bonnement à envahir la Tanzanie le 1er novembre 1978. Cependant,
malgré l’aide de 3 000 soldats kadhafiens, l’armée tanzanienne,
soutenue par le Front National de Libération de l’Ouganda,
parvient à contre-attaquer et rentre dans Kampala en avril
1979. Idi Amin Dada est alors contraint de fuir en Libye dans
un premier temps, puis en Arabie saoudite où il finira ses
jours. |