Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le monde en bref





 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde
en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Ouganda . La mort de l'ancien tyran Idi Amin Dada, relance le débat sur la justice internationale.
Le boucher de l’Afrique meurt impuni

Après un exil doré de 25 ans en Arabie saoudite, Idi Amin Dada, l'ancien dictateur ougandais, un des tyrans les plus sanguinaires au monde, s'est éteint ce samedi sans avoir jamais rendu de comptes à la justice. Une situation sidérante quand on sait qu'il est accusé d'avoir fait tuer de 100 000 à 300 000 personnes de 1971 à 1979. D'autres ex-dictateurs n'ont pas eu sa chance. Ces dernières années, l'ancien président de l'ex-Yougoslavie, Slobodan Milosevic, ou encore le Chilien Augusto Pinochet font ou ont fait l'objet de poursuites pour tous les crimes commis durant leur présidence.

Le décès d'Idi Amin Dada s’est donc accompagné d’un florilège de réactions dénonçant l’impunité dont il a bénéficié durant son exil. La mort de l’ancien dictateur ougandais est « une triste illustration de l’incapacité de la communauté internationale à demander des comptes aux chefs d’Etat pour leurs abus en matière de droits de l'homme », a estimé Georges Ngwa, représentant d’Amnesty International. « C’est l’indifférence de la communauté internationale, y compris celle du Royaume-Uni et des gouvernements ougandais postérieurs qui lui a permis d’échapper à la justice », a ajouté le représentant de l’ONG qui réclame « une justice internationale qui puisse rendre les gens responsables en cas de génocide, crimes contre l'humanité ou autres graves abus contre les droits de l'homme ». Pour l'avocat parisien William Bourdon, l'impunité absolue d'Idi Amin Dada s'explique par l'ancienneté de ses crimes qui étaient antérieurs à l'entrée en vigueur des conventions internationales. A cela s'ajoute la protection dont a profité le tyran ougandais sur le sol saoudien.

Mais Idi Amin Dada n'était pas le seul dans ce cas. La justice internationale court toujours après des ex-dictateurs qui ont trouvé refuge dans des pays les mettant à l'abri, du moins provisoirement, d'éventuelles poursuites : l'éthiopien Mengistu Haïlé Mariam vit ainsi un exil paisible au Zimbabwe depuis 1991 alors qu'il est accusé de « génocide » et jugé par contumace. Enfin, plus récemment, l'ex-chef d'Etat libérien, Charles Taylor, a regagné le Nigeria après avoir été inculpé de crimes de guerre par le Sierra Leonne. Et cette situation ne risque pas d'évoluer, car même si la communauté internationale multiplie les efforts pour mettre en place des moyens juridiques pour arrêter les dictateurs, rien ne changera tant que des pays continueront de leur ouvrir leurs portes. Comme en a profité Idi Amin Dada ...

Surnommé le « boucher de l'Afrique », fasciné par Hitler et accusé d’anthropophagie, Idi Amin Dada était né en 1925 dans une famille de paysans appartenant à l'ethnie musulmane Kakwa, installée dans la région d'Arua, une zone excentrée de l'Ouganda. Adolescent, il s'engage dans les King's African Rifles (KAR), troupe coloniale britannique de l'Afrique de l'Est avec laquelle il participe à l'écrasement de la révolte des Mau Mau au Kenya. A l'indépendance, en 1962, Idi Amin Dada, s'élève dans la hiérarchie militaire grâce au soutien du premier ministre, Milton Obote, qui deviendra bientôt chef d'Etat. En 1966, il est nommé chef d'état-major. Mais Idi Amin Dada connaît son heure de gloire en 1971. Avec le soutien de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, inquiets des sympathies naissantes d'Obote pour le bloc socialiste, il prend le pouvoir, sans effusion de sang, en l'absence du président.

Dès sa prise de fonction, près de 80 000 indo-pakistanais, accusés de tenir l’économie ougandaise, sont expulsés et leurs commerces redistribués à des proches. Autoproclamé « président à vie », Idi Amin Dada étend alors la répression à tout le pays et développe un terrorisme d’Etat, certains ougandais suspectés de subversion apprenant par le biais de la radio qu’ils sont « sur le point de disparaître ». Extravagant et provocateur, le dictateur ougandais se décerne les plus hautes distinctions de pays étrangers et nationalise plus de 40 entreprises étrangères avant de faire passer toutes les compagnies britanniques sous le contrôle de l'État ougandais. Ses provocations entraînant d’ailleurs un boycottage partiel en 1975 d'un sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) à Kampala.

Enfin, en 1978, une partie de l’armée ougandaise se mutine et se réfugie en Tanzanie. Ceci conforte les soupçons du dictateur ougandais à l’encontre du président tanzanien Nyerere, et l’incite tout bonnement à envahir la Tanzanie le 1er novembre 1978. Cependant, malgré l’aide de 3 000 soldats kadhafiens, l’armée tanzanienne, soutenue par le Front National de Libération de l’Ouganda, parvient à contre-attaquer et rentre dans Kampala en avril 1979. Idi Amin Dada est alors contraint de fuir en Libye dans un premier temps, puis en Arabie saoudite où il finira ses jours.

Mathieu Ropitault
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631