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Cinéma
. Dans Al-Tagroba al-danemarkiya (L'Expérience danoise),
le cinéaste Ali Idriss cherche la juste place entre humour
et éthique, emportant le public dans une comédie à la fois
sensuelle, fantastique, mais avant tout familiale.
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Par
delà le désir
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Le
film se situe à une intersection, où les genres, les ambiances,
les esthétiques se côtoient. A la fois journal intime, film
comique, fable politique, le film élargit les frontières des
genres. Le cadre est une famille aisée et posée : un
père ministre de la Jeunesse, Qadri (Adel Imam) et ses quatre
fils qui vaquent à leurs occupations sportives, professionnelles
et estudiantines. Pourtant, aucun des personnages ne parvient
à canaliser sa force dans une occupation mature. Le moindre
détail, le moindre événement déclenche des scènes d'une rare
violence, avant de déboucher sur la comédie. Tout est prétexte
à bagarres et à l'étalement de la force physique. Les enfants
de Qadri sont à la fois joyeux, mais inquiétants. L'un des
fils tabasse ainsi des étudiants à l'université. Un autre
enferme des gendarmes et l'officier d'un poste de police pour
l'avoir arrêté pour un délit de mœurs sur la voie publique.
Puis, tour à tour, un match de boxe et une cérémonie de mariage
sont sabotés par les enfants.
Deux
pistes s'ouvrent alors : un durcissement tout d'abord,
enclenchant la mécanique de la violence. Ensuite, le cours
du film s'apaise, dans un repli ludique et fascinant, où seuls
comptent le jeu, la passion et sa résolution finale.
Le
gouvernement décide de passer un accord entre le ministère
de la Jeunesse, que dirige Qadri, et son homologue danois
pour améliorer l'éducation des jeunes par des pratiques danoises.
Par conséquent, le gouvernement danois dépêche Anita (Nicole
Saba), une jeune femme sensuelle qui a réalisé une thèse sur
les 90 façons de faire l'amour. Elle commence sa mission en
Egypte, dans la famille de Qadri, chez qui elle séjourne.
Très vite, la fureur laisse le champ libre à la douceur, face
à l'excentricité et l'érotisme d'Anita. Coincé dans son rationalisme
de père et de ministre, se déclarant hermétique à la sensualité
d'Anita, Qadri se veut en même temps libre de laisser aller
ses pulsions. Ce déséquilibre va immanquablement conduire
à l'introduction d'une alternative. Anita essaye de réactiver
sa vie intime, le plaisir de la chair chez lui et ses enfants.
Une performance qu'elle accomplit devant un public séduit
et médusé.
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Dualité
embarrassante
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Sous
couvert d'un récit comique, le film est une métaphore de la
philosophie freudienne — le ça, le moi et le surmoi.
Il est conseillé à l'individu de se débarrasser épisodiquement
de son système de contrôle pour laisser resurgir des profondeurs
une représentation inédite des choses de la vie, différente
et personnelle.
L'expérience
danoise creuse ce sillon. L'intime, le fantastique, le politique,
la sensualité s'alimentent pour nourrir l'intense existence
des corps, des lieux, des ambiances à l'intérieur du cadre.
Mais comment Qadri va-t-il gérer cette dualité, le pouvoir
paternel et professionnel d'un côté, et sa nouvelle passion
pour Anita ? Le metteur en scène ne fait que guider cette
énergie passionnelle, la prend par la main pour la mener à
son terme. Comme dans le mouvement de la marche, les intonations
de la voix, la chair, les postures d'Anita résonnent pour
Qadri comme une invitation à l'amour. Dans une scène, elle
est debout sur le lit, un drap rouge voile à peine sa nudité,
son visage rend compte de son désir. Lui est debout devant
elle, sensible à cet appel charnel. La caméra posée entre
les deux, observe. Qadri se laisse aller à la contemplation
de ses mouvements d'attraction et d'aspiration. La caméra
transforme le désir de ses enfants et de son entourage pour
Anita, et tout ce qu'il contient d'animalité, en un tango
tonique, sorte de chorégraphie majestueuse, oubliant tout
ce qui a trait aux rites, aux codes et aux valeurs du ministre
et du père de famille, dont la précision de la mise en scène
épouse les moindres battements.
Le
spectateur est quant à lui sous l'emprise de ce spectacle,
comme un lecteur absorbé dans la lecture d'un livre. Son émotion
tient tout autant à ce qui échappe au sens — le suivi
du dialogue se perd lorsqu'Anita se dévoile légèrement —
qu'à ce qu'il perçoit et voit pleinement : la marche,
le découpage, la lumière, la présence, les tenues excentriques
d'Anita, sa présence interprétée comme une musique du corps.
Mais
Qadri se ressaisit à temps. S'il trouve dans son rapprochement
avec Anita un cadre affectif plus riche que celui des gestes
guindés du quotidien, il en subit le sortilège jusqu'à ce
que la logique et le devoir parental s'opposent à sa passion.
Même s'il est impossible de suivre cette voie, le film nous
donne clairement quelques éléments à méditer : sans la
pratique du plaisir, on serait privé d'existence. Mais l'amour
n'est pas que le plaisir charnel. Sinon, on tombe dans le
trivial et le vulgaire. C'est comme si Qadri disait à ses
enfants et à Anita : trouvez le révolutionnaire qui est
en vous ! C'est comme trouver l'idéaliste qui est en
nous. Trouver le rêveur, l'amoureux qui est en nous ...
C'est l'utopie de l'amour. On va à l'essentiel, et cela a
du sens de faire un film qui parle d'érotisme, mais aussi
de morale et d'éthique. Cet élan de sagesse, résumé dans le
rapport entre le père et ses enfants, doit, par ailleurs,
beaucoup à l'univers où l'intrigue se déroule : une jungle
urbaine où tout s'acquiert à la force du poing, une classe
politique fourvoyée où les ministres cherchent à conserver
leurs sièges à tout prix, où les autorités ne s'occupent de
rien. Puis, en parallèle, un prolongement de la vie, dans
laquelle les émotions se croisent, les pulsions, les affects
rendus à l'état de maturité. Si Ali Idriss persiste dans cette
voie, le cinéma divertissement a encore de beaux jours devant
lui.
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Amina
Hassan |
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