Une
vive déception s'est emparée de moi après avoir visionné le
dernier film joué par Mohamad Héneidi et réalisé par Mohamad
Yassine. Jusqu'ici, je croyais dur comme fer en l'intelligence
de Héneidi et en sa capacité d'éviter les erreurs du passé,
qui lui ont fait perdre de sa popularité. Cette confiance
était en effet accentuée par sa collaboration avec le réalisateur
Mohamad Yassine, qui a un sens particulier du comique, loin
de toute vulgarité, même lorsqu’il traite des sujets les plus
critiques comme dans son premier long métrage, Mohami kholea
(L'Avocat des femmes). Si ce dernier, avec le comédien Hani
Ramzi, lui avait accordé une place de choix parmi les jeunes
réalisateurs, le nouveau film aurait dû constituer une véritable
chance. Car la seule présence d'une bombe comique comme Héneidi
aurait pu assurer la réussite du film et sortir l’acteur de
l'ornière et confirmer le style du réalisateur. Hélas, l'un
et l'autre ont raté l'objectif.
Askar
fil moaskar (Soldats au camp) est dépourvu du rythme palpitant
et de la bonne direction des acteurs qui caractérisaient son
premier film. Les événements de ce film paraissent lents et
répétitifs. Plus encore, Yassine n'a pu contrôler la vulgarité
de certaines situations, ainsi que le jeu des acteurs dans
d'autres. Du coup, il donne l'impression d'être carrément
sur une autre planète, bien qu'il soit assisté d’un directeur
de photographie et d’un décorateur assez doués, lesquels ont
attribué au film une dimension esthétique. Mais que faire
avec des comédiens qui ont décidé de faire rire comme bon
leur semble ? Yassine s'est retrouvé ainsi au bord du
précipice. Ses comédiens ne voulaient pas céder d'un pouce.
Les
premières séquences de Askar fil moaskar n'étaient
pas sans rappeler certaines comédies d'Ismaïl Yassine et ses
aventures dans l'armée, l'aviation, etc. Seulement, dans cette
nouvelle version, le comédien Magued Al-Kidwani remplace le
fameux Riad Al-Assabgui. Comme si Al-Kidwani devait se substituer
à Alaa Walieddine récemment disparu, faisant duo avec Héneidi.
Malgré
le titre du film, Soldats au camp, les scènes qui se
déroulent dans les casernes se font rares, et le film nous
emmène plutôt en Haute-Egypte pour traiter de la vendetta
de manière très traditionnelle.
L'amitié
qui s'est nouée entre Héneidi et Al-Kidwani va vite tourner
en animosité en raison d'une longue tradition de vengeance
entre leurs familles. D'ailleurs, la comédienne Noheir Amin,
dans le rôle de la mère poussant son fils à agir en représailles,
a été la seule à jouer réellement. Car les autres, y compris
Hassan Hosni et Salah Abdallah, ont opté pour la facilité.
Héneidi
pour sa part semble perdre la boussole ; son rôle n'a
rien de nouveau et le thème abordé non plus. Tous deux donnent
une vive impression de déjà-vu. Et l'ensemble ne s'avère ni
comique, ni sérieux, ni social. Il n'est ni un film autour
de la vendetta, ni une parodie de l'armée ou de la nuit de
noces.
Le
film ne présente qu'un semblant de Saïdi (originaire de la
Haute-Egypte). Le reste des personnages sont des fantoches,
incolores et inodores. Ils se retrouvent dans des situations
usées et forgées de toutes pièces.
Le
seul avantage que peut comporter ce film est de faire comprendre
à Héneidi qu'un comédien à lui seul n'est pas à même de garantir
la réussite. Il doit plutôt compter avant tout sur l'originalité
et la profondeur du sujet. Si Héneidi parvient à saisir cette
réalité, il pourra grâce à ses talents de comique présenter
un autre succès à l'instar de son film Saïdi fil gamaa
al-amrékiya (Saïdi à l'AUC). Le réalisateur Mohamad Yassine
est dans une position plus critique car on a souvent dit qu'il
ne faut jamais juger un réalisateur par son premier film,
et qu'il faut attendre le deuxième. Avec Yassine, nous devrons
attendre le troisième ... |