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Cinéma
. Pour sa 56e édition, le Festival international du
film de Locarno aborde de nouveaux horizons, avec une
importante programmation centrée sur l'engagement. Le
jazz est aussi à l'honneur. |
Une
édition engagée |
Locarno,
Correspondance —
« On
n'a pas de grandes stars, on a d'autres valeurs »,
lance Irène Bignardi, directrice artistique du festival
pour la troisième année consécutive. Cette année en
effet, le thème de l'engagement est à l'honneur, avec
100 films venus de 46 pays. Ce cinéma courageux donne
un visage et une voix aux victimes de la violence. Nombreux
sont les films qui traitent de la Palestine et de l'Iraq,
comme Beirut-Bagdad de Bassam Fayed 2003, Inhiyar d'Eliane
Raheb 2003, Marattam Ochra, réalisé par cinq Palestiniens,
dont deux femmes, sur la situation actuelle en Palestine
et deux films de Mai Masri, Les Enfants de Chatila et
Les Enfants du feu.
Dans
ce programme on trouve aussi des films des pays de l'ex-Union
Soviétique, Marsho, un film très touchant d'une jeune
Tchétchène, mais aussi des films venus de Géorgie, d'Ouzbékistan,
d'Azerbaïdjan ou du Khirghistan. Une table ronde a été
organisée sous le thème « Pour un meilleur monde — qu'est-ce
que nous pouvons faire pour défendre les droits de l'homme ? »,
à laquelle participaient entre autres Carla del Ponte,
procureur général de la Cour internationale des droits
de l'homme à la Haye, et le cinéaste palestinien Elia
Suleiman. Le cinéma cubain était pour la première fois
présent à Locarno, sous le titre Portes ouvertes. Cuba
a une longue et riche tradition cinématographique qui
connaît aujourd'hui une crise à cause de l'isolement
géographique et politique du pays. On ne peut que saluer
cette initiative visant à encourager le talent des créateurs
qui se manifeste aujourd'hui plutôt dans le domaine
des courts métrages, de documentaires et des vidéos
expérimentales.
Une
autre innovation est le programme « All That Jazz — Jazz
et Cinéma » qui lie les deux formes d'art nées
en même temps à l'aube du XXe siècle. Parmi les 60 films,
certains sont des classiques, d'autres moins. Le jazz
a en effet occupé un rôle tout aussi important dans
le cinéma indépendant et expérimental. Ce programme
est accompagné d'une belle publication « AllThat
Jazz — Un siècle d'accords et de désaccords
avec le cinéma », et des concerts dans Locarno,
dont 8 groupes et 40 musiciens animent les rues, la
nuit.
Les
hommages n'ont pas manqué cette année : le Léopard
d'honneur a été décerné au cinéaste anglais Ken Loach.
Des hommages ont été rendus à Katherine Hepburn pour
commémorer sa mort cette année, et à Fédérico Fellini
à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort. Son
film Casanova sera projeté sur la Piazza Grande. Un
autre hommage est rendu à Vincente Minelli, à l'occasion
du centième anniversaire de sa mort. Son film The Band
Wagon a fait l'ouverture du festival. Mais le Festival
de Locarno rend aussi hommage à un écrivain, dont l'œuvre
a toujours séduit les cinéastes : Friedrich Dürrenmatt,
un des plus importants écrivains du siècle qui vient
de s'achever. La ville de Locarno célèbre l'écrivain
suisse avec une exposition de son œuvre picturale. Son
inspiration pour le 7e art est documentée entre autres
par des films de Ladislao Vajda, Bernhard Wicki, Ettore
Scola, Sean Penn. Au Caire on se souvient de la visite
de Dürrenmatt et de la mise en scène d'une de ses plus
célèbres pièces, La Visite de la vielle dame, par Mohamad
Sobhi.
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Des
milliers de cinéphiles chaque soir
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Venons
à la compétition internationale, où Irène Bignardi a
aussi introduit une nouvelle philosophie. Locarno montre
désormais des films récents, qui n'ont pas encore été
sélectionnés pour d'autres festivals. Néanmoins, cette
année aussi, il y a parmi les 19 films de la Compétition
internationale 9 films qui sont des première ou deuxième
œuvres, par exemple Khamosh Pani (Eau silencieuse) de
la Pakistanaise Sabiha Sumar, ou Malen'kie Ljudi (Les
Petites gens) du Kasakh Nariman Turebayev. Quant à Thirteen
(Treize) de Catherine Hardwicke, ce n'est pas seulement
une première œuvre, mais aussi un film qui traite des
problèmes des jeunes, thème également présent dans d'autres
œuvres.
Depuis
des années, le cinéma iranien a sa place dans le Festival
de Locarno. Cette année, avec Danehaye Rize Barf (Petits
flocons de neige) de Alireza Amini. Le même réalisateur
participe avec Namehaye Baad (Lettres dans le vent)
au programme Cinéastes de présent. Le film Gori Vatra
(Au feu) de Pjer Zalica, qui exprime un certain scepticisme
envers la situation en Bosnie malgré les efforts de
la communauté internationale, est particulièrement remarquable.
La semaine de la critique, qui ne choisit que des documentaires,
a montré l'éblouissant. Weather Underground, de Sam
Green et Bill Siegel, un documentaire qui raconte l'histoire
d'un groupe révolutionnaire actif aux Etats-Unis dans
les années 1960 et 70. Explication du nom du groupe :
tu n'as pas besoin d'un présentateur météo pour savoir
de quel côté le vent souffle.
La
Piazza Granda avec ses projections sur écran géant reste
néanmoins l'attraction numéro un de ce festival qui
attire des foules de jeunes cinéphiles venant de toute
la Suisse et de l'étranger. Chaque soir, pendant dix
jours, 7 000 spectateurs au moins se rassemblent
sur cette place magique pour se laisser emporter par
le cinéma et .oublier un peu la chaleur écrasante qui
a envahi l'Europe. Jusqu'à présent, c'est le film Calendar
Girls, réalisé par Nigel Cole, qui a le plus enchanté
le public par son humeur, sa fraîcheur et sa délicatesse.
Le soir de la projection, même le chancelier allemand
Gerhard Schröder était dans le public. Espérons
que l'humour britannique lui aura fait oublier, au moins
pour quelques heures, ses soucis politiques.
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Fawzi
Soleiman |
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