| Alexandrie,
De
notre envoyée spéciale —
Al-Ahram
Hebdo : Depuis 7 ans que vous évoluez à l'étranger,
vous avez toujours refusé de jouer un match avec la
sélection égyptienne ou même avec un club égyptien.
Pourquoi avoir fait exception pour cette CAN ?
Samir
Gouda : D'abord, parce qu'avant, je n'avais pas
le choix. Dans tous mes contrats passés avec les clubs
étrangers il y avait une clause m'interdisant de jouer
avec un club égyptien ou la sélection égyptienne. Ensuite,
parce que les compétitions africaines et arabes se sont
toujours déroulées à un moment où mon équipe disputait
son championnat national. Mais de toutes les façons,
même si j'en avais eu l'occasion, je n'aurais pas rejoint
la sélection égyptienne. La manière dont est géré ce
sport en Egypte ne me convient plus. L'épanouissement
des joueurs est limité et les problèmes financiers sont
récurrents.
— Alors
pourquoi avoir rejoint la sélection égyptienne cette
année ?
— De
passage en Egypte, alors que mon contrat avec le club
grec était arrivé à son terme, j'ai rencontré Adel Sabri,
récemment nommé directeur technique de la sélection.
C'est un entraîneur que j'apprécie énormément.
Le défi de décrocher la qualification pour les Jeux
olympiques 2004 et la bonne forme de l'effectif m'a
aussi encouragé à rejoindre la sélection.
— De
vos 7 ans à l'étranger, il faut néanmoins décompter
une courte période de jeu avec Zamalek. Pourquoi
avoir quitté ce club alors que vous n'avez joué qu'un
seul match de championnat ?
— Je
n'ai pas supporté l'ambiance. Pour mes coéquipiers,
j'étais une sorte de bête curieuse, en raison de mon
statut et de mon expérience. Ils étaient jaloux de l'argent
que je gagnais. Ce qui s'est répercuté sur le travail
de groupe de l'équipe : pendant certains matchs,
avant le début du championnat national, j'avais l'impression
de jouer tout seul. Et puis quelques joueurs n'assistaient
même pas aux entraînements. Ce laisser-aller m'a dégoûté.
Sans compter que par rapport à la Grèce, d'où je venais,
je gagnais beaucoup moins. Une offre à Chypre m'a été
faite et j'ai saisi l'occasion de partir.
— A
ce jour, quel bilan dressez-vous de votre carrière ?
— Quand
j'ai commencé ma carrière, ce qui intéressait beaucoup
les équipes égyptiennes, c'était ma taille de 2,17 m
et ma détermination à faire des progrès. C'est une fois
à l'étranger que je me suis rendu compte que pour être
bon, il fallait surtout beaucoup de technique. Aujourd'hui,
je peux dire que je détiens une certaine expérience.
J'ai joué à Chypre, en Grèce et en Turquie. En Grèce,
je suis resté deux saisons avec un club dénommé Vas.
J'ai tiré beaucoup d'enseignements de cette période.
Je suis resté 5 saisons dans ce pays au sein de différents
clubs de D1. Physiquement, les joueurs grecs sont très
en forme. Et puis, la présence de nombreux américains
en Grèce rend le championnat national très compétitif.
Mais le problème là-bas, c'est que les joueurs ne sont
pas régulièrement payés. Il m'est arrivé de rester jusqu'à
5 mois sans toucher le moindre sous. C'est pourquoi
j'ai décidé de partir.
— Est-il
vrai que vous cherchez en ce moment à signer un contrat
aux Etats-Unis ?
— J'ai
constitué un dossier comprenant toutes les informations
relatives à ma carrière et mon agent s'est chargé des
recherches. Houston, un club de NBA, m'a proposé
une période d'essai. Je suis donc allé m'entraîner pendant
10 jours avec cette équipe et j'ai même joué la mi-temps
d'un match de championnat national américain. Mais depuis
mon retour, je n'ai pas de nouvelle. Par contre, j'ai
reçu des propositions de Grèce, d'Italie et de Yougoslavie.
L'offre italienne est la plus intéressante que ce soit
en termes d'évolution de carrière ou financiers.
— Vous
ne songez donc pas à rejoindre un club égyptien ?
— J'ai
reçu une offre de l'Ittihad d'Alexandrie. Mais
j'hésite encore beaucoup à l'accepter. On m'a dit que
ce club était sérieux, ce que j'ai pu observer en m'y
rendant pour disputer la CAN.
L'offre
retient toute mon attention, sachant que les conditions
financières seraient les mêmes que celles d'un contrat
à l'étranger.
— Comment
envisagez-vous votre avenir dans le basket ?
— J'ai
aujourd'hui 30 ans et j'aimerais pouvoir jouer encore
3 ou 4 saisons. A l'étranger, il m'est arrivé de jouer
avec des joueurs âgés de 38 ou 39 ans, en très bonne
forme physique. Je me suis blessé plusieurs fois à la
cheville et j'ai parfois un petit mal de dos. Mais rien
de très inquiétant qui puisse à ce jour écourter ma
carrière.
— Quel
type de jeu préférez-vous ?
— Le
jeu américain est excellent. Les bons joueurs rapides
sont très nombreux. D'habitude, la grande taille d'un
joueur le rend plutôt lent. Mais les Américains travaillent
énormément pour éliminer ce défaut.
— Que
pensez-vous du groupe dans lequel s'est retrouvée l'Egypte
pour cette CAN ?
— Le
groupe est bon. En plus de ceux qui évoluent en Europe,
le Nigeria compte dans ses rangs 5 joueurs qui évoluent
aux Etats-Unis. L'Algérie est aussi une équipe difficile.
Quant aux autres (ndlr : le Mozambique, la Côte-d'Ivoire
et le Centrafrique), elles sont composées de jeunes
joueurs. Ce qui les rend à mon avis plus dangereuses
que le Nigeria parce que les joueurs cherchent à faire
de leur mieux sans penser aux résultats. Ce qui est
très fatigant et dangereux pour un adversaire. Cela
risque aussi d'entraver notre objectif de terminer en
première place du groupe pour éviter de rencontrer le
premier d'un groupe adverse, capable de nous éliminer
en demi-finales.
— Si
l'Egypte arrivait en finale de la CAN, pourrait-elle
s'imposer et se qualifier pour les JO ?
— Je
vous garantis que si on a la chance de disputer la finale,
on fera tout pour remporter le titre qui nous échappe
depuis 20 ans. Par leurs encouragements, les supporters
nous aideront énormément. Mais le plus désolant, c'est
que même si on remporte la CAN, le risque est grand
de ne pas pouvoir aller aux Jeux olympiques. Car si
on obtient un rang inférieur à la 8e place aux Jeux
d'Athènes 2004, c'est la fédération qui paiera les pots
cassés. Or, les responsables ont peur de perdre leur
place. C'est vraiment triste pour le basket égyptien. |