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Initiative . Ouvert il y a deux ans, le centre d'examen prénuptial de l'Institut Nasser, l'unique en son genre au Moyen-Orient, n'a reçu que 300 consultations. Les réticences sont encore nombreuses, même si ces tests pourraient éviter bien des divorces.

L'examen du bonheur conjugal

Ils s'aiment follement et ont décidé de se marier. Mais un obstacle majeur s'oppose à leur union. Ils sont cousins et les deux familles ont des problèmes congénitaux. Le frère du fiancé est mongolien, et la petite cousine de la jeune fille est atteinte d'hémophilie. Craignant d'avoir des enfants avec une tare physique ou mentale, Samer et Nadia ont décidé de faire un test prénuptial. C'est le père de la fille qui a convaincu le couple pour apaiser ses propres craintes. « Tant que ce bilan ne sera pas positif, je ne donnerai pas mon accord, car je veux voir mes petits-enfants en bonne santé », explique le futur beau-père. N'ayant pas de choix, le couple se résout à contacter l'Institut Nasser, où se trouve le seul et unique centre pour les tests prénuptiaux. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

A 9h du matin, le couple, accompagné du père de la jeune fille, se présente à l'institut, situé sur la Corniche du Nil. Le centre est situé au septième étage de l'hôpital. Il est composé de plusieurs chambres individuelles ou doubles, mises à la disposition des personnes atteintes de diabète et voulant faire un bilan de santé ou des analyses prénuptiales. Traînant les pieds, le couple semble tendu. L'idée d'être séparée si le rapport s'avère négatif les obsède. « Khalliha ala Allah (Laisse les choses aux mains de Dieu). Plusieurs couples dans notre cas ayant des liens de parenté se sont mariés et ont des enfants sains. Ce n'est qu'une formalité », lâche Samer pour tenter de rassurer sa fiancée Nadia, tentant de dissimuler ses propres craintes. Le couple, qui est à jeun, est accueilli par le médecin qui les dirige chacun dans une pièce. Deux infirmières viennent leur faire une prise de sang (fonction biliaire, rénale, glycémie et cholestérol, etc.), ainsi qu'un test de virilité pour l'homme et une échographie pour la fille.

Les deux jeunes passeront 5 heures dans ces murs, les plus longues de leur existence, car ces heures décideront de l'avenir de leur union. La dernière étape arrive. Le médecin les reçoit pour connaître l'histoire et les éventuelles maladies héréditaires de leur famille. Ils peuvent enfin quitter le centre, avant de revenir le lendemain pour connaître les résultats.

La mauvaise nouvelle qui les attend s'abat sur eux comme une foudre. « Il y a 25 % de chance que vos enfants héritent de maladies mentales et physiques », assène le Dr Tareq Rached, directeur du centre. Déçus, ils hésitent un moment, puis se ressaisissent : le mariage est pour le meilleur et pour le pire. Ils décident de se marier malgré cela, mais il leur reste une mission difficile. Convaincre leurs parents qu'ils ne pourront pas avoir de petits-enfants.

Une décision courageuse de la part de ce jeune couple. Faire ces analyses prénuptiales aurait pu faire éviter à plusieurs une catastrophe. Selon une étude faite au Centre national des recherches sociocriminelles, 40 % des cas de divorce en Egypte proviennent de problèmes sexuels ou de stérilité. Ironie du sort, les couples ne réagissent que lorsqu'ils constatent qu'il y a un problème dans leur relation conjugale.

Ce sont souvent les femmes qui entraînent leur mari au centre. C'est le cas de Khouloud, 26 ans, mariée depuis deux mois, qui ne parvient pas à tomber enceinte. Elle a forcé son mari à l'accompagner au centre. Il s'avère qu'il souffre de stérilité, le couple ne pourra donc jamais avoir d'enfants. « Si j'avais fait ce bilan deux mois avant mon mariage, j'aurai évité une telle situation. A présent, je dois décider de me séparer de mon mari ou être privée d'enfant toute ma vie », dit-elle avec tristesse. De même, Mona, âgée d'une trentaine d'années, est venue accompagnée de son futur époux âgé de 50 ans. Elle tient non seulement à savoir s'il est capable de procréer, mais elle veut aussi consulter un gynécologue pour tomber enceinte le plus vite. Pas question de perdre du temps.


Education sexuelle

Etant le premier en Egypte et au Moyen-Orient, le centre des examens prénuptiaux a ouvert ses portes en juillet 2001, mais 300 couples seulement ont ressenti le besoin de consulter. « L'objectif de ce centre est aussi bien préventif qu'instructif. Il vise non seulement à limiter les infirmités chez les enfants, mais aussi à réduire le nombre de divorce dans les familles sous le slogan Enfant et famille saine. Mais il aide aussi les couples à avoir une éducation sexuelle », explique le Dr Rached, tout en ajoutant qu'au départ, il ne recevait pas de couples.

Au début, chacun se présentait seul, l'homme, pour s'assurer de sa virilité et la femme pour savoir si elle est capable de procréer. Ces derniers mois, ils ont commencé à venir ensemble. « C'est un exploit quand même vu le manque de publicité. Il ne faut pas oublier que l'homme oriental est susceptible quand sa virilité est mise en cause. Il est prêt à tout pour dissimuler à son entourage ainsi qu'à sa propre femme ses problèmes d'ordre sexuel », souligne le médecin. Il relate le cas d'un couple qui est venu faire un bilan et dont l'homme souffrait d'impuissance sexuelle. Ce dernier a tout fait pour dissimuler le résultat du rapport à sa compagne. Et d'ajouter : « C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de lire le compte rendu des tests en présence des deux parties. Où est l'utilité de ces examens si l'un deux cache son problème de santé ? ».

Le Dr Rached constate que les examens prénuptiaux sont toujours peu tolérés par la société, notamment en Haute-Egypte. « Non seulement un tel examen risque d'annuler beaucoup de mariages, ce qui pourrait augmenter le nombre de célibataires chez nous, aussi nos coutumes ne nous permettent pas non plus d'accepter que nos filles soient consultées par un gynécologue avant le mariage », dit Hag Salah, originaire d'Assiout, dont la fille est sur le point de divorcer, car elle est encore vierge après un an de mariage.

D'où l'importance de ces examens et surtout la sensibilisation des futurs couples sur une vie sexuelle épanouie. Autre initiative : les nouveaux contrats de mariage réservent une clause sur cette question. Mais, comme il s'agit d'une clause facultative, les maazouns n'y attachent aucune importance et n'importe qui peut présenter un certificat médical de bonne santé remis par un dispensaire ou un médecin généraliste.


Examen salutaire

« Ce sont souvent des personnes instruites et issues de la classe moyenne qui viennent au centre. Mais beaucoup de couples pensaient que de tels examens prénuptiaux étaient gratuits. Une fois sur place on leur apprend qu'ils doivent verser une somme de 430 L.E. Ils repartent ou demandent à passer un seul test (soit celui de la fertilité ou des maladies héréditaires) », explique le médecin.

Si le centre fait rompre le mariage à certains après la lecture du rapport médical, pour d'autres, il présente une lueur d'espoir. Notamment pour Karim, un jeune fiancé de 21 ans, qui a décidé de faire un bilan de santé pour obtenir un certificat médical nécessaire à son travail de pilote. Il a ainsi découvert que le nombre de ses spermatozoïdes était faible. « Grâce à ce centre, on m'a stocké une quantité de spermes qui va me permettre d'avoir un enfant par insémination artificielle », explique Karim avec un brin d'espoir.

Bien que la mission du centre se limite aux examens, le Dr Rached voudrait parfois émettre son avis dans certaines situations, parfois choquantes. Il cite le cas d'un couple où le garçon portait en lui le virus de l'hépatite B. Sa fiancée était au courant et l'avait accepté. Ils ont tenu à venir au centre craignant pour leur progéniture. Les résultats des examens ont montré que le garçon était débarrassé du virus. La jeune femme, quant à elle, avait contracté l'hépatite C, suite à une transfusion sanguine. Le garçon a décidé de rompre le mariage. Reprenant les mots d'une chanson de Nancy Agram, il lui lance : « Ahebbak ah, amout la (Il est vrai que je t'aime, mais pas à en mourir) », avant de quitter le centre en solitaire.

Chahinaz Gheith
Bouchra Chiboub

Le centre des tests prénuptiaux est situé à L'Institut Nasser des recherches et du traitement.
Adresse : Corniche Al-Nil Aghakhane.
Tél. et Fax : 203 88 74.

E-mail : naser_checkup@doctor.com
site Internet :

www.naser.home.icq.com

www.health.masrawy.com

 

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