|
Restauration
. Le musée des calèches
et des chariots royaux s'apprête à renaître. Des travaux
de rénovation sont en cours. |
Le
musée des calèches sort de l'ombre |
|
Délaissé
depuis des années, le musée des calèches et des chariots
royaux de Boulaq s'apprête enfin à renaître. Sa rénovation,
entreprise dans les années 1990, mais rapidement abandonnée,
vient de reprendre il y a quelques mois. Depuis plus
de vingt-cinq ans, le musée souffrait de la négligence
et d'un manque d'intérêt flagrant de la part des autorités.
Ce musée, situé rue du 26 Juillet, dans le quartier
de Boulaq, derrière le ministère des Affaires étrangères,
avait été inauguré dans les années 1980, avant d'être
fermé quelques années plus tard.
Les murs
du musée recèlent pourtant l'histoire, le mode de vie,
le quotidien d'une époque raffinée, qui séduit toujours
le public. Le musée des calèches de Boulaq dispose de
plus de 5 146 pièces, dont certaines remontent
à près de deux siècles. « Ce genre de musée
consacré aux calèches royales existe dans certains pays
du monde qui ont connu la royauté, comme la France,
l'Autriche, l'Angleterre, la Russie et l'Egypte. Ses
pièces sont donc très rares et aussi très importantes
puisqu'elles ont joué un rôle dans l'histoire du pays.
Certaines parmi elles sont même uniques au monde »,
souligne Safaa Moussa, directrice générale du musée.
En pénétrant dans l'édifice, on a d'ailleurs immédiatement
l'impression d'entrer dans une demeure royale.
Ces calèches
sont essentiellement des cadeaux de quelques pays européens
(surtout la France) aux gouvernants de l'Egypte depuis
l'époque du khédive Ismaïl jusqu'à l'avènement du roi
Farouq I au pouvoir. « Le musée possédait autrefois
78 calèches. Onze d'entre elles ont été transportées
vers le musée militaire, celui de l'Assemblée du peuple
et au musée des calèches de la Citadelle (voir encadré).
Les 67 calèches exposées au musée représentent des genres
différents. Chaque véhicule avait une fonction particulière »,
explique Safaa Moussa. Certaines étaient réservées aux
femmes (ou aux harems). Celles-ci sont fabriquées
de telle sorte que l'on ne puisse pas voir qui est à
l'intérieur. D'autres sont destinées au déplacement
des reines, des princes et de leurs enfants à l'intérieur
des palais, d'autres à l'usage des rois et aux cérémonies
officielles. Parmi les objets les plus importants du
musée figure le carrosse offert en 1869 au khédive Ismaïl
par l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugènie.
Il a été utilisé lors de la cérémonie d'inauguration
du Canal de Suez. Cette calèche s'appelait Alay khossoussi.
Elle est tirée par un attelage de huit chevaux et destinée
uniquement au roi. Ce même chariot a été utilisé en
1951 lors du mariage du roi Farouq et de la reine Narimane,
ainsi que lors de l'inauguration du premier parlement
égyptien. |
Pour madame ou pour monsieur
|
|
Un autre
magnifique coupé qui servait toujours au roi est équipé
de marchepied pour les laquais. Le roi s'y asseyait
alors que les gardes se tenaient debout derrière lui.
Une autre splendeur que l'on pourra découvrir au musée
s'appelle Squelette, utilisée lors des funérailles.
Vizavi, elle, servait aux promenades des reines
dans les jardins des palais royaux. Elle était surtout
utilisée par les reines Farida, Narimane et Nazli.
Krit, de couleur verte et tirée par un poney,
servait aux enfants de la cour, et Sabt Nozha
est consacrée aux princesses le samedi. « L'idée
de la construction d'un musée regroupant les calèches
royales revient au khédive Ismaïl. C'est lui-même
qui fut le premier à penser, en 1863, à exposer les
différents genres de calèches utilisées par lui et
par ses ancêtres dans un grand musée. Le bâtiment
actuel du musée ne fut construit qu'en 1928, par le
roi Fouad », souligne la directrice du musée.
Auparavant,
le bâtiment abritait les écuries royales, investies
depuis 1922 par le gouvernorat du Caire, qui les a
transformées en atelier et en garage. Le ministère
des Affaires étrangères s'est octroyé une autre partie
de cet édifice. Le Conseil Suprême des Antiquités
(CSA) a décidé en 1990 d'expulser le gouvernorat du
Caire de ces locaux, pour rénover et agrandir le musée.
En dehors
des calèches, le musée renferme des meubles et des
œuvres d'art de grande valeur dont des chaises, des
tables, des costumes d'époque, des peintures représentant
des portraits de célèbres personnages, ainsi que des
scènes de vie et d'importants événements historiques ...
Il expose également 286 paires de rênes, 395 médailles,
des pièces de monnaie, des statues, les accessoires
des chevaux et des calèches, etc.
Les travaux
commencés il y a cinq mois ne s'arrêtent pas aux calèches
et aux autres objets exposés, ils s'étendent aussi
au bâtiment actuel du musée, à ses salles d'exposition,
ainsi qu'à toute la surface qui l'entoure. La société
chargée a commencé à faire effondrer la plus ancienne
partie du musée, celle construite à l'époque du khédive
Ismaïl. Le comité permanent des antiquités islamiques
et coptes, qui dépend du CSA, a accepté de détruire
cette partie détériorée, après s'être assurée qu'elle
n'avait aucune valeur.
|
Amira
Samir |
|
|
| La
Citadelle
a aussi
ses carrosses |
| L'imposante
Citadelle de Salaheddine Al-Ayyoubi abrite un autre
musée de calèches et de chariots royaux. Inauguré en
1983, il est plus petit que celui de Boulaq. Seules
huit calèches utilisées par le roi Fouad, puis plus
tard par le roi Farouq, sont exposées. L'une de ces
pièces est la reproduction du carrosse qui a participé
aux cérémonies de l'inauguration du Canal de Suez en
1869. Deux autres sont les calèches du roi Farouq :
Teno, qu'il a utilisé lorsqu'il était encore
prince, et Sabt, avec laquelle il se promenait
dans les jardins d'Al-Montaza, à Alexandrie, après être
devenu roi d'Egypte. Landro est une autre calèche
qui a participé à l'époque aux cérémonies d'Al-Mahmal,
un cortège qui a longtemps constitué l'un des plus beaux
spectacles populaires, transportant al-késwa
(le revêtement) de la Kaaba jusqu'à la péninsule arabique.
Le musée
de la Citadelle renferme également de grandes peintures
représentant des scènes de vie de la famille royale
et de la cour. On peut notamment admirer une scène du
voyage de la famille royale à Ismaïliya. |
A.
S. |
|