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Communication
. A l'heure du téléphone
portable, des milliers d'habitants d'un quartier d'Alexandrie
ne disposent toujours pas de lignes de téléphone fixe. Entre
exaspération et débrouille, ils attendent d'être reliés au
reste du monde. Reportage. |
Fayçal
aux abonnés absents |
| « Tu
auras ta ligne dans une semaine ». Une réponse que
Saïd, qui habite le quartier Khalf Fayçal, en plein centre
d'Alexandrie, entend chaque fois qu'il se rend au central
téléphonique pour demander la mise en service de sa ligne.
Et à chaque fois c'est pareil, la semaine s'écoule, et la
tonalité n'est toujours pas là. Quatre ans ont déjà passé.
Sa fille, Héba,
en subit les conséquences. Elle ne cesse d'avoir des démêlés
avec son fiancé, contraint de l'appeler chez les voisins,
les seuls à avoir un téléphone dans cet immeuble. Mais ces
derniers oublient souvent, volontairement, de lui transmettre
les messages. « Ils font croire à la personne au bout
du fil que nous sommes absents, tout simplement pour éviter
de se déplacer et frapper à notre porte. Très souvent, ce
sont des messages importants et ils ne prennent pas la peine
de nous aviser », explique la jeune fille.
En période d'examens,
Bassant et Nesma, deux lycéennes, sont obligées de passer
des heures au central téléphonique pour réviser des cours
avec leurs camarades ou poser des questions à leurs professeurs.
Cela fait treize ans que les parents de Nesma ont déposé une
demande pour avoir une ligne téléphonique. Ceux de Bassant
attendent depuis 20 ans ...
D'après les responsables
de l'administration, l'absence de service téléphonique est
due à l'encombrement de lignes dans certaines régions, comme
les centraux de Choubra Al-Kheima et d'Al-Marg, au Caire,
et d'Assafra à Alexandrie. Or, Sami George, directeur du central
d'Assafra, responsable du quartier de Fayçal, refuse de nous
donner des explications. Il se contente de répéter aux gens :
« Il y a trop de demandes, il faut attendre, revenez
la semaine prochaine ».
Avoir un téléphone
est donc bien un luxe pour les 15 000 habitants du quartier
de Khalf Fayçal, malgré les promesses des responsables du
ministère des Télécommunications qui se sont engagés à installer
de nouvelles lignes et cabines téléphoniques partout, et à
ouvrir quatre nouveaux centraux à Alexandrie. D'après le ministère,
l'Egypte compte environ 7,85 millions de lignes en service,
et 200 000 personnes sont sur la liste d'attente. L'administration
estime qu'avant la fin de l'année, tous ceux qui ont fait
une demande obtiendront leur ligne. |
Quelques privilégiés |
| A Khalf Fayçal,
seuls quelques privilégiés peuvent décrocher leur téléphone
et avoir quelqu'un au bout du fil. « Par chance ou
par piston », estime Hag Naguib, propriétaire d'un
kiosque. Dans ce quartier, où le style des bâtiments reflète
une grande diversité sociale, de nombreuses bâtisses sont
équipées d'interphones, mais rares sont les bâtiments où l'on
aperçoit des câbles téléphoniques.
Une situation
qui peut avoir des répercussions dramatiques sur la vie des
habitants. Ainsi, Hamdi Khattab, ouvrier dans une usine de
textile, ne peut-il assumer les coûts d'un téléphone portable.
Il doit donc se servir du téléphone fixe de son voisin, Hag
Saber, en cas d'urgence. « Ma mère souffre de problèmes
respiratoires aigus et a souvent besoin d'une bouteille d'oxygène.
Parfois, quand ma mère a une crise parce que la bouteille
est vide, je cours chez mon voisin pour appeler une ambulance ».
Saber est l'un
des rares habitants du quartier à avoir un téléphone chez
lui. Cependant, il en arrive à détester sa sonnerie, car il
est constamment dérangé par des appels pour les autres, à
toute heure de la journée ou de la nuit. Quand il en a marre,
il ne transmet plus les messages. C'est d'ailleurs comme ça
que Naguib, un des voisins, a raté les obsèques de son frère ...
Car ce jour-là, Hag Saber n'était pas d'humeur à communiquer,
quelle que soit l'importance du message.
Pire encore,
certains peuvent y risquer leur vie. « Le fait de
n'avoir pas conduit à temps certains malades vers l'hôpital
a coûté la vie à plusieurs personnes du quartier »,
assure Mohamad Ahmad, chauffeur de taxi. Il explique que l'on
vient souvent taper à sa porte à des heures tardives pour
lui demander de transporter un malade. Il se souvient aussi
du jour où sa mère est tombée dans le coma et a dû être hospitalisée.
« Nous n'avons pu joindre un médecin. Nous avons mis
plusieurs heures avant de trouver un téléphone pour s'enquérir
de sa santé », ajoute-t-il d'une voix amère. |
Mini-central privé
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Al-Sayed, garçon
de café, dont la famille vit dans un autre gouvernorat,
souffre aussi de cette situation. « Mon frère a
fait un accident grave de la circulation et mes parents
ne pouvaient pas me joindre. Il a fallu qu'un de mes cousins
se déplace le lendemain pour me l'annoncer », explique
Al-Sayed, qui se voit obligé de faire le trajet entre les
deux gouvernorats pour s'enquérir de la santé de son frère
ou d'appeler d'un téléphone portable quand cela est possible.
Pour pallier
ce manque de services, Hag Mohamad Naguib a mis à la disposition
des clients de son kiosque, un téléphone portable. « Cela
rend bien service à beaucoup de personnes. J'ai fixé la
minute à 75 pts. J'essaye de rester ouvert le plus tard
possible pour permettre aux habitants de venir téléphoner
en cas d'urgence », explique-t-il. Naguib aussi
attend qu'on lui installe un téléphone depuis 1998. « Lorsque
nous faisons des réclamations au central de Miami, ils nous
envoient à celui de Glim, et c'est toujours la même réponse.
Ils nous demandent d'attendre encore 15 jours, un mois,
et les mois se transforment en années. La dernière fois,
on m'a demandé de verser 5 000 L.E. pour obtenir une
ligne », explique-t-il.
Cependant,
un nouveau business est apparu pour répondre aux besoins
des habitants : ils ont ouvert leurs propres centraux
privés, véritable poule aux œufs d'or. Ironie du sort, l'administration
accélère les formalités pour ce genre de commerce et continue
d'ajourner les demandes pour les domiciles. « C'est
peut-être parce qu'ils réalisent plus de profit étant donné
que le prix de la communication est plus élevé »,
explique Héba, qui travaille dans l'un des centraux privés
et reçoit chaque jour des dizaines de clients. Inaam, femme
au foyer, vient régulièrement pour téléphoner. Son appartement
au Caire fait l'objet d'un litige et elle doit appeler son
avocat pour avoir des nouvelles sur la procédure transmise
à la justice. Inaam explique qu'elle dépense au moins 5
L.E. par jour pour ses appels. Et elle n'est pas la seule
à recourir à ce genre de service. L'endroit ne désemplit
pas.
Soad aussi
est obligée de se rendre au central pour parler à ses amies.
Elle a tout fait pour avoir ce téléphone qui pourrait casser
la monotonie quotidienne d'une femme au foyer. En vain.
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Doaa Khalifa |
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